Voici l’ITW réalisée par P.-É. Blanrue dans Rivarol concernant la sortie de son livre Jean-Marie, Marine et les juifs.


Intégralité de l’interview de Blanrue parue dans le n°3159 de l’hebdomadaire Rivarol (octobre 2014). À lire de bout en bout, chaque ligne compte son lot d’information, de révélation, d’analyse et de prospective !

blanrue_jeanmarie_marine_le_pen_juifs_couverture-3d_1RIVAROL : Paul-Éric Blanrue, nos lecteurs vous connaissent pour avoir écrit Sarkozy, Israël et les juifs (Oser dire, 2009), un ouvrage bloqué à la frontière durant six mois par son diffuseur, qui est ensuite devenu un best-seller grâce aux réseaux sociaux. L’année dernière, votre L’Anthologie des propos contre les juifs, le judaïsme et le sionisme (Éditions Blanche, 2007 et Kontre-Kulture, 2011), a carrément été condamnée au pilon par la justice à la demande de la LICRA, alors que sa première édition avait été préfacée par Yann Moix, prix Renaudot 2013. Vous sortez ce mois-ci un nouveau livre qui menace d’être explosif : Jean-Marie, Marine et les juifs (Oser dire) ! Pourquoi vous êtes-vous intéressé aux rapports qu’entretiennent le Front national et la communauté juive, et non pas, par exemple, aux relations de subordination du pouvoir actuel envers les agents d’influence d’Israël, comme vous l’aviez fait sous le président Sarkozy ?

BLANRUE : Quand j’ai écrit mon Sarkozy, j’ai commis un attentat contre la pensée conformiste. Qui n’était pas sarkozyste ? Les milieux “nationaux” étaient eux-mêmes attirés par un homme qui parlaient leur langage alors qu’il n’était qu’un rodomont platement vulgaire et soumis de son plein gré aux ordres de l’étranger. Par soif d’ambition, ce prince “de sang mêlé” s’était mis à la disposition des réseaux sionistes. Il était allé leur faire allégeance aux États-Unis, en Israël, puis en France, où il fut le premier chef d’État à présider un dîner du CRIF. Nul ne s’en scandalisait, ou si peu. J’ai écrit mon Sarkozy comme on tire un signal d’alarme dans un train qui s’apprête à dérailler en haute montagne : “Attention, on vous ment, la France est en passe de basculer dans le camp d’Israël, on prépare de nouvelles guerres dans votre dos, on vous met le corde au cou pour des années”. L’avenir m’a donné raison, chacun l’a vu, notamment en Libye, où la France a massacré au nom de ceux qu’elle prétend exterminer aujourd’hui en Irak. Folie totale ! Le président Hollande est sur la même ligne que Sarkozy, à ceci près qu’il est encore plus va-t-en-guerre et soumis aux diktats atlanto-sionistes que son prédécesseur. Écrire un livre sur la politique menée par ce personnage falot, rubescent, empêtré dans diverses affaires sordides, n’offrait que peu d’intérêt puisque son orientation est claire comme le jour. Chacun sait où il fonce : droit dans le mur !  Si sa capacité de nuisance est réelle, nul ne nourrit plus le moindre espoir sur ce crapoussin dépressif en état de putrescence avancée. En revanche, les sondages et les élections en attestent, le Front national est perçu par beaucoup de personnes sincères et soucieuses de l’intérêt national comme une alternative crédible, une force politique capable de remettre de l’ordre dans le pays et de lui rendre l’indépendance qui lui a été ravie depuis belle heurette. On le présente comme un mouvement d’avenir, celui qui va résoudre tous vos problèmes, le parti providentiel. Or ce qui me fait sortir de mes gonds, c’est que le Front national tente de mettre sur pied un partenariat suicidaire pour notre pays avec des hiérarques sionistes qui ont précipité la France dans le chaos, ceux-là même qui ont contribué à son dépérissement, pour ne pas dire, comme Éric Zemmour, à son “suicide”. C’est dans cette région-là que je devais mener une enquête afin de mesurer l’ampleur des dégâts prévisibles et, à nouveau, sonner le glas pour avertir mes compatriotes d’un danger prochain si la barre n’est redressée pas à temps. À l’origine, je ne pensais consacrer mon livre qu’à la seule Marine Le Pen, mais je me suis bien vite aperçu qu’il fallait tout reprendre à zéro en commençant par revenir de manière critique sur l’histoire de son père.

RIVAROL : Jean-Marie Le Pen serait-il sioniste, selon vous ? Il a pourtant été attaqué et ostracisé durant de longues années par les “hiérarques” que vous dénoncez. Pour beaucoup de nationaux, il est le rebelle par excellence, le symbole de la résistance aux “mensonges qui nous ont fait tant de mal”. Ne commettez-vous pas une injustice à son endroit ? Après tout, si, dans son désir de respectabilité, Marine tente de couper les ponts avec lui et ses “dérapages”, c’est qu’il n’est peut-être pas si mauvais…

BLANRUE : Je tiens à être le plus juste possible. Mon parti pris est celui de la défense de la souveraineté. Je réfléchis à partir de ce point de vue : l’indépendance nationale. C’est la seule idée qui m’importe. Et se plier aux désideratas d’Israël ne fait pas partie des choses qui y participent. Je ne prétends pas que Jean-Marie Le Pen soit un agent dormant du Mossad dont l’obsession sournoise serait de livrer pieds et poings liés la France à l’État juif. Dans ce livre, je reviens sur la façon ignoble dont il a été traité par les représentants de la communauté juive et les médias à leurs bottes. Un chapitre est consacré à l’affaire du “détail”, dans lequel j’établis qu’il s’agissait d’un piège tendu par un journaliste de Globe relayé par une agence de presse socialisante. J’ai refait l’enquête de Carpentras, avec des dossiers de police, et je démontre que cet odieux montage a été l’oeuvre du ministre de l’Intérieur Pierre Joxe et du président Mitterrand, sous l’égide du CRIF et de ses affidés. Je pointe l’influence néfaste, dans les années quatre-vingt,  du président du CRIF, Théo Klein – celui que Libération définissait comme un “gauchiste” – et qui a été le premier oligarque juif à condamner moralement aussi furieusement Le Pen et à demander qu’un cordon sanitaire – le sinistre “front républicain” – soit dressé autour de lui pour le confiner dans un lazaret sans issue. Enfin, pour être parfaitement objectif, je rappelle, au cours d’un chapitre entier, quel a été le rôle néfaste du B’nai B’rith dans sa mise à l’écart de la vie politique commune, ce que Pierre Péan et Philippe Cohen n’ont pas osé faire dans la bibliographie qu’ils lui ont consacrée. Pour l’anecdote, il se trouve que j’ai été l’ami intime du défunt Dr Herlory, le député FN qui a osé poser à deux reprises à l’Assemblée nationale la question du fameux “serment” que des responsables politiques ont prêté “de ne s’allier en aucun cas” avec le FN devant cette franc-maçonnerie juive internationale. Je suis donc informé de tous ces scandales depuis fort longtemps. Ceci étant posé, prenons de la distance : ces affaires, aussi haïssables soient-elles, ne représentent qu’une face de l’histoire. Il en existe une autre, voilée, cachée, souterraine, qui n’a oncques été écrite et que la plupart des militants et même des cadres du FN ignorent. Pour expliquer la situation actuelle et ses ambiguïtés nocives, je me devais ainsi d’éclairer les relations privilégiées qu’a entretenu et qu’entretient encore Jean-Marie Le Pen avec certains mandataires sionistes. Car au fond, Marine n’a fait que se réapproprier sa propre stratégie, une génération plus tard…

RIVAROL : Ce que vous avez découvert sur Jean-Marie Le Pen vous a-t-il étonné ?

BLANRUE : Oui et non. Je ne suis pas un perdreau de l’année et connais la chanson. J’ai lu Machiavel, Talleyrand et le cardinal de Retz, et je sais que les frontières sont poreuses entre les compromis et la compromission. Ce que j’ignorais, quand je me suis lancé dans cette enquête, c’est que Jean-Marie Le Pen fût allé aussi loin dans son approche des dirigeants sionistes, dans une tentative de ce qui n’était rien d’autre, il faut le dire apertement, qu’une alliance historique nationale-sioniste. L’idée qui la sous-tendait était au fond assez sommaire, on peut la résumer comme suit : « Laissez-nous nous occuper des immigrés, on vous laissera vous occuper des Palestiniens.” Ce n’est pas parce que la manoeuvre a échoué qu’elle n’a pas existé dans son esprit durant des années et qu’il n’a pas essayé de la proposer à plusieurs reprises aux sionistes qu’il fréquentait. Ce qui m’a réellement étonné, c’est que cette quête éperdue d’alliance avec les milieux juifs n’ait pas été stoppée net, de sa part, par les ineptes accusations d’antisémitisme qui ont émaillé sa carrière politique, ni par tous les coups tordus que lui ont fait subir les représentants de la communauté juive. Le Pen a pourtant cherché désespérément ce type de rapprochement jusqu’au milieu des années 2000. Sa “victoire” du 21 avril 2002 est une “victoire juive”, j’en fournis les raisons dans mon livre. Saviez-vous par exemple qu’avant cette présidentielle, il avait fait éditer dans le plus grand secret (même le bureau politique n’était pas au parfum) une luxueuse brochure rappelant sa love story pour Israël et qu’il l’avait envoyée à des personnalités sionistes influentes ? Plus récemment,  mon petit doigt me dit que le livre (nul) de Serge Moati, et la vraie-fausse querelle médiatique qui s’en est suivie avec le président d’honneur du FN, n’est que l’avatar de cette longue série d’approches avec la communauté organisée, parfois réussies et souvent ratées…

RIVAROL : Quand est-ce que selon vous cette “quête d’alliance” de Le Pen vers les autorités juives a commencé ?

BLANRUE : Depuis toujours ! Quand le Front national a été porté sur les fonds baptismaux, une partie de ses cadres avaient pour Israël les yeux de Chimène, à commencer par François Brigneau, celui qui a hissé Le Pen sur le pavois – lequel Brigneau, certes, s’est très largement amendé plus tard de ses amitiés particulières pour devenir le génial pamphlétaire anti-système que l’on sait. Au début des années soixante-dix, c’était ainsi. La guerre des Six Jours avait dopé les nationalistes français. De nombreux sympathisants de la droite radicale étaient hypnotisés par ce pays du Proche-Orient sans frontières mais “où coule le lait et le miel”. Les juifs étaient devenus des soldats. Ils étaient enfin “comme nous”, se disaient les “natios” – ou plutôt comme ceux-ci auraient aimés être : des gagnants. Les Israéliens leur donnaient la leçon. Mon cher Lucien Rebatet lui-même, pour lequel j’éprouve une admiration sans bornes, n’a pas caché dans les colonnes de votre journal sa vénération pour le général Moshé Dayan, à l’instar de Xavier Vallat et de Jean-Louis Tixier-Vignancour, dont Le Pen s’était occupé de la campagne présidentielle en 1965. En ce temps-là, l’armée israélienne semblait venger les Français d’Algérie du sort tragique que le FLN et le général de Gaulle leur avaientt réservé en 1962. Puis l’État juif faisait partie du “monde libre” en guerre contre l’hydre communiste. Viendra ensuite le temps des “refuzniks”, qui se présenteront comme un nouveau tonic contre l’URSS. Bref, toute la droite nationale ou presque (à l’exception notable de François Duprat, Henry Coston ou Maurice Bardèche) était sioniste. Le Pen, sans être un disciple de Zeev Jabotinsky – le fondateur du Bétar dont Mussolini avait déclaré un jour qu’il était un “fasciste juif” – était de cette tendance-là. Il avait participé à la campagne de Suez, en 1956, avec Tsahal, contre Nasser, le Raïs que le garde des Sceaux François Mitterrand avait présenté comme un nouvel Hitler. Par la suite, les attentats palestiniens en France et dans le monde n’avaient certes pas contribué à le faire évoluer sur ce point. A l’orée des années quatre-vingt, on voit Le Pen dénoncer avec vigueur les attentats antisémites (rue Copernic, etc.) comme autant d’opérations du KGB. Les revendications des Palestiniens, le problème israélien et ses mythes fondateurs, les réseaux sionistes en France : connais pas. Il milite pour que la France réintègre l’OTAN, suite logique de la sympathie naturelle qu’il éprouve pour le sionisme. J’ai retrouvé une interview télévisée dans laquelle il affirme préférer nettement Israël, “pays démocratique”, à la Syrie d’Hafez el-Hassad. Même après l’affaire du “détail”, en 1987, le Menhir persistera à demander la fermeture du bureau de l’OLP à Paris. Comme s’il n’avait pas encore compris à quelles forces de déstabilisation il avait affaire, ni l’emprise qu’elles étaient capables d’avoir sur les destinées de la France et la mentalité des Français. Il va même tenter à ce moment-là de mener une “opération séduction” en faisant créer une association relai du FN, le Comité des Français juifs, par Robert Hemmerdinger, un ancien membre de l’Irgoun, l’organisation terroriste de Menahem Begin. Détail piquant : Hemmerdinger était aussi l’un des premiers pirates de l’air de l’histoire !

RIVAROL : Vous développez aussi la stupéfiante invitation de Jean-Marie Le Pen chez les sionistes américains en 1987 ! Qu’allait-il faire dans cette galère ?

BLANRUE : En effet, plusieurs mois avant que ne tombe sur ses larges épaules l’affaire du “détail”, Le Pen s’est rendu au début de 1987 aux États-Unis. Le voyage est financé par l’Église de l’Unification, la contestée secte Moon, émanation de la CIA, qui lui offre sur un plateau une photo en compagnie du président Ronald Reagan, dont il se proclame l’alter ego français. L’autre objet de sa visite chez l’Oncle Sam est la conférence – très discrète – qu’il donne au restaurant The Four Seasons dans le Seagram Building d’Edgar Bronfman, sur la 52e rue de Manhattan. Dois-je vous rappeler qui était Bronfman à cette époque ? L’affairiste canado-américain, multi-milliardaire, héritier du groupe de vins et spiritueux Seagram, était membre de la commission nationale de l’Anti-Defamation League, du B’nai B’rith, du comité exécutif de l’American Jewish Congress, et le président, depuis 1981, du Congrès juif mondial. En ce temps-là, Bronfman mènait campagne pour faire déménager les carmélites qui avaient ouvert un couvent près du camp d’Auschwitz. On comprend fort bien le but de Le Pen auprès d’un tel personnage et de sa camarilla : être adoubé chevalier sioniste par la crème de la crème, et pouvoir faire la nique à Théo Klein et ses compères à son retour. Mais à quel prix ? Celui du reniement de la souveraineté nationale ? De l’inféodation de la France à Israël ? On peut sérieusement se poser la question des conséquences funestes que ce genre de rencontres auraient pu avoir sur le mouvement national si elles avaient abouti comme Le Pen l’envisageait.

RIVAROL : Comment ce voyage a-t-il été possible ? Comment s’est-il organisé ? En France, à cette époque, le CRIF et le B’nai B’rith mènent une vaste campagne contre lui pour empêcher les partis institutionnels de s’allier avec lui.

BLANRUE : Cela peut en effet paraître étrange, mais je déroule toute l’histoire dans mon livre, étape par étape. Disons, pour résumer, que les sionistes américains ont le bon goût de ne pas tous être “de gauche”, comme la plupart de leurs homologues français, et ne sont pas davantage fascinés par les interminables crispations franco-françaises, comme celle portant sur l’histoire de Vichy, pour ne citer qu’elle. Le passé OAS de certains membres du FN va faciliter les prises de contact, puisqu’il y eut des liens entre l’OAS et Israël durant les “événements” d’Algérie. L’homme de la situation s’appelle Jacques Torczyner, e’est un diamantaire belgo-américain installé aux États-Unis, ancien président de la Zionist Organization of America. Il est alors membre de l’exécutif de l’Organisation sioniste mondiale en charge des relations extérieures, chef du Likoud en Diaspora et l’un des conseillers du cow-boy de la Maison Blanche. Il rencontre Le Pen à Montretout et lui explique que le voyage que celui-ci envisage de faire en Israël passe obligatoirement par New York. Sur place, tout se passe à merveille, Le Pen se fait applaudir par toute l’assistance qui se lève comme un seul homme après son discours ultra-sioniste. Quand il rentre en France, au début de l’année 1987, le chef du FN se croit le roi du pétrole. Il pense avoir réussi à contourner le lobby sioniste français, mitterrandolâtre, focalisé sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme, la remembrance shoatique, toute la lyre. C’est alors que se met en place la chausse-trape du « détail ». Le Pen espérait rencontrer Ariel Sharon. Résultat : les sionistes de son entourage, Olivier d’Ormesson en tête, qui était le président de son comité de soutien à la présidentielle de 1988, prennent le large… C’est la débâcle.

RIVAROL : Avant le “détail”, Le Pen se comportait donc un peu comme Marine aujourd’hui, puisqu’elle s’est elle-même rendue aux États-Unis en 2011 pour y rencontrer l’ambassadeur d’Israël Ron Prosor ?

BLANRUE : J’en parle longuement. D’un certain côté, oui, car il s’agit toujours et encore de contourner le CRIF et de tenter de nouer une alliance au plan international. Mais, contrairement à sa cadette, dans les années quatre-vingt Jean-Marie Le Pen n’excluait pas de son mouvement les patriotes marginaux ou radicaux, non plus qu’il interdisait les pensées taboues, et il n’hésitait pas, quand il l’estimait bon, à fustiger la “police juive de la pensée”, selon l’expression d’Annie Krigel. Il y a dans le Trinitain de la graine d’insoumis, je n’oublie jamais son psyschisme breton et sa tendresse pour l’anarchisme. Et puis nous vivions aussi dans une autre époque, moins abêtie par le Shoah-bizness, avec un personnel politique encore cultivé et bénéficiant par le fait d’un recul historique plus vaste que nos jours où tout commence en 1933 pour s’arrêter au tribunal de Nuremberg. Tout en considérant le professeur Faurisson comme un “salaud”, Hemmerdinger se disait ainsi prêt à combattre “jusqu’à la mort” pour défendre son droit à l’expression. Mais, pour revenir à nos moutons,  sur le fond, il y a une ressemblance entre le père et la fille, c’est certain. Marine n’a pas le même parcours que son père, elle n’a pas vécu la guerre, mais elle partage avec lui de nombreux traits de caractère. C’est le “clone” de Jean-Marie, comme dit sa mère Pierrette. On a parlé à son propos de “stratégie poutinienne” pour accéder au pouvoir. Entendez : elle lâcherait du lest sur les sujets brûlants, sectiles, pour parvenir à nouer des alliances politiques avec les partis traditionnels et complaire aux coryphées qui forgent l’opinion. Je suis en désaccord partiel avec cette théorie. Si Marine veut à tout prix dédiaboliser le parti, c’est d’abord parce que la ligne light qu’elle a imposée au Front correspond à son mode de vie et sa mentalité, celle d’une fille qui a fréquenté les milieux huppés de la bourgeoisie clodoaldienne, avec tout ce que cette promiscuité comporte : absence de résistance morale au déferlement du prêt-à-penser médiatique, laxité générale, connivence avec les gens à la mode, goût certain pour la facilité au détriment de l’effort sur soi. Quant à l’héroïsme, mieux vaut ne pas aborder la question. Le Front new wave qu’elle a conçu lui va comme un gant. Elle ne joue pas à la politicienne modérée, située à peine plus à droite que Valéry Giscard d’Estaing (qui parlait dès 1991 d’immigration-invasion) : elle l’est. Quand en 2006 Jean-Marie Le Pen condamne chez Michel Field, sur LCI, les propos du président iranien Mahmoud Ahmadinejad sur l’Holocauste, on est libre de le croire sincère ou non (j’ai mon idée), mais quand Marine déclare que les “camps sont le summum de la barbarie” et ajoute qu’elle aurait aimé vivre dans les années quarante pour se battre contre le nazisme (risible envolée digne d’une préciseuse ridicule de Saint-Cloud !), elle livre le fond de sa pensée. Même chose quand elle condamne sans réserve les révisionnistes : elle les déteste de tout son coeur, ce n’est pas un rôle de composition. Mon analyse de sa trajectoire démontre qu’au fond, son désir de collusion avec la droite sioniste lui est coexistant, même si le fait d’être coachée par le président de l’Association France-Israël, Gilles-William Goldnadel, n’est pas pour peu dans la publicité qu’elle a décidé de donner à ses émois judéocentriques. On peut noter que, dès son entrée au bureau politique du FN, l’une de ses premières sorties a été de se rendre à Ground Zéro en compagnie d’un comité de femmes républicaines pour y proclamer que “contrairement à Jacques Chirac elle ne condamne pas les États-Unis sur un plan moral”. Or, condamner l’immoralisme de l’impérialisme américain et sa folie guerrière, c’est très exactement ce que son père s’échinait à faire depuis la première guerre du Golfe, en 1991, avec un remarquable courage ! Dans mon livre, je souligne une à une toutes les compromissions de Marine avec les hiérarques sionistes, depuis sa fuite piteuse lors de la venue de Dieudonné aux BBR en 2006 jusqu’à sa légitimation de la LDJ l’été dernier. Lorsqu’elle ne peut pas agir par elle-même en ce sens, elle délègue. En 2010, une délégation de frontistes, sous la garde de militants de la Ligue de défense juive, participe à la manifestation pour la mémoire d’Ilan Halimi. En 2011, le propre compagnon de Marine, Louis Aliot, vice-président du FN et directeur opérationnel de sa campagne pour la présidentielle 2012, se rend dans deux colonies de Cisjordanie qu’il se croit autoriser à appeler, à l’instar des autorités israéliennes, « la Judée-Samarie ». Sur place, son sherpa est Michel Thooris, candidat FN de la huitième circonscription des Français établis hors de France, couvrant Israël. Thooris est le conseiller à la sécurité de Marine Le Pen pour la présidentielle. Ce policier est un ultra-sioniste ne se cachant pas de soutenir « de manière totalement inconditionnelle Israël ». Il ne dissimule pas être un aficionado la LDJ et clabaude : « Pourquoi la communauté juive n’aurait-elle pas le droit de se défendre La LDJ et Bétar accomplissent une mission de service public en défendant les personnes et les biens ? »

RIVAROL : Comment voyez-vous la suite des événements ?

BLANRUE : Marine a failli se rendre dans l’État juif en 2006 grâce au Parlement européen où elle était inscrite à la délégation pour les relations avec Israël (elle y figurait avec Patrick Gaubert, président de la LICRA), sauf que l’aventure a capoté à 48 heures du départ. Depuis, elle ronge son frein. Il est probable qu’avant la présidentielle de 2017 (si François Dernier s’accroche jusque là) elle va tenter de s’y faire un petit tour pour témoigner à quel point le FN a changé de visage. Yad Vashem est devenue une étape obligée pour l’accession au trône de France. Aymeric Chauprade fait tout ce qui est en son pouvoir pour lustrer les marches du palais. Goldnadel donnera son petit coup de main habituel. Geert Wilders passera peut-être un coup de fil à ses amis du Mossad. Il n’est pas sûr que le CRIF se laisse faire de bon gré, ni que Jean-Marie ne glisse pas une « quenelle » à sa façon à cette occasion, pour montrer qu’il existe encore. Il y aura des querelles intestines dans les rangs sionistes (rien ne bien grave pour eux, rassurez-vous). Mais il n’existe aucune raison objective pour que Marine se s’engage pas davantage dans le processus qu’elle a enclenché de son propre chef depuis plus de 10 ans. Pour ma part, je ne vois pas ce que la France a à gagner à cet aplatissement du plus grand parti d’opposition, censé résister à l’apocalypse française, si toutefois elle veut rester le « pays des hommes libres », comme on le dit, et non celui des ilotes serviles. Pour finir, je vais vous confier mon sentiment, car mon siège est fait sur la question « stratégique » qui agite beaucoup sur les réseaux sociaux : si on ne désigne pas l’ennemi quand on est dans l’opposition, on le désignera moins encore le jour où les voix afflueront, et on le taira tout à fait le jour où on aura des responsabilités. Ne pas faire preuve de courage en disant la vérité lorsqu’on le peut, c’est-à-dire quand on n’a pas de clientèle spécifique à satisfaire, revient à annoncer qu’on en sera totalement dépourvu une fois qu’on aura gravi les échelons, avec une clientèle à défendre, des alliances à passer et du Gros Argent à faire entrer dans les caisses. À l’image d’Arthur Schopenhauer, je professe qu’un homme politique, comme un écrivain, doit être le “martyr de la cause qu’il défend”.

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