On a vu exactement les mêmes pratiques crapuleuses en Grande-Bretagne avec des membres éminents du gouvernement qui ont gagné beaucoup d’argent en réussissant à vendre à l’État du matériel médical – masques, blouses, tests PCR et antigéniques… – pendant cette crise en empochant au passage des bénéfices énormes. Du coup, il faut bien comprendre que cette crise doit durer pour certains car elle leur permet de s’enrichir.


Des élus du parti d’Angela Merkel ont touché des commissions, en particulier sur des achats de masques. Les liens avec l’Azerbaïdjan de certains parlementaires conservateurs ont également été dévoilés.

Niels Korte a déjà essayé trois fois, en vain, de se faire élire au Bundestag. Il comptait retenter sa chance cette année. Ce ne sera pas le cas. Mardi 30 mars, cet avocat, membre de l’Union chrétienne-démocrate (CDU) d’Angela Merkel, a annoncé qu’il renonçait à se présenter aux élections législatives du 26 septembre à Berlin. La raison : au printemps 2020, il serait intervenu pour que le ministère de la santé achète des masques de protection à une société dans laquelle il détient des parts. Un contrat de 20 millions d’euros, selon le quotidien Die Welt.

La réaction de la CDU n’a pas tardé. Tout en assurant que M. Korte n’avait « aucun reproche à se faire », le parti a salué son « sens des responsabilités » dans un contexte où la confiance doit être « la valeur centrale » de la vie politique. « Or, les révélations des derniers jours menaçaient de saper cette confiance », a commenté la CDU, manifestement soulagée par ce retrait, qui lui évite de présenter, à Berlin, un candidat soupçonné d’affairisme. Même si celui-ci, jusqu’à présent, n’a pas été inquiété par la justice.

Le cas de M. Korte n’est pas isolé. Depuis février, chaque semaine est marquée par de nouvelles révélations dans ce que les médias allemands ont baptisé « l’affaire des masques ». Les histoires sont similaires : des élus membres de la CDU ou de son alliée bavaroise, la CSU, soupçonnés d’avoir servi d’intermédiaires entre des fabricants de masques et les autorités. Quatre d’entre eux sont accusés d’avoir empoché plusieurs centaines de milliers d’euros de commission et font l’objet d’enquêtes pour corruption. C’est notamment le cas d’un ancien ministre de la justice du Land de Bavière, l’avocat Alfred Sauter (CSU), qui aurait monnayé ses services pour 1,2 million d’euros.

Contraindre à davantage de transparence

À six mois des législatives, un autre scandale de corruption secoue la droite allemande, cette fois en lien avec l’Azerbaïdjan. Le 11 mars, l’élu CDU de Thuringe Mark Hauptmann – dont on a appris depuis qu’il était également impliqué dans « l’affaire des masques » – a ainsi démissionné de son mandat de député après que le Spiegel a révélé qu’un journal régional dont il est le directeur avait touché 16 000 euros pour un publireportage célébrant le capital touristique de Bakou et de sa région.

Une semaine plus tôt, le Bundestag avait levé l’immunité parlementaire de son collègue Axel Fischer (CDU), lui aussi accusé d’avoir touché des pots-de-vin d’Azerbaïdjan. Une troisième députée CDU, Karen Strenz, était également visée par une enquête pour blanchiment d’argent dans la même affaire. Mais elle est morte, le 21 mars, après avoir fait un malaise lors d’un voyage en avion entre Cuba et l’Allemagne.

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Photo d’illustration : La chancelière allemande, Angela Merkel, à Berlin, le 25 mars.

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Le Monde

31 mars 2021