Les Canadiens ont détruit leur hôpital public à l’instar de la France. Les conséquences sont dramatiques dès lors qu’une crise sanitaire survient.


Le manque de personnel à l’Hôpital de Gatineau est tel que le Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO) craint ne pas passer à travers la saison estivale sans que des bris de services viennent perturber les activités de l’établissement. 

« L’été, on ne passera pas à travers, a affirmé au Droit Karine D’Auteuil, trésorière et agente syndicale au SPSO. S’il n’y a rien qui est fait, si on laisse ça et on espère qu’il y ait une solution miracle qui tombe du ciel, malheureusement on est déjà sur le chemin du bris de service et on est sur le point d’arriver à l’intersection. À l’urgence de Gatineau, je n’ai jamais vu une équipe aussi fragile. Et on ne se le cachera pas, l’urgence est la porte d’entrée de l’hôpital.»

Selon Mme D’Auteuil, l’urgence et les unités de soins sont à la limite du bris de service, tandis que du côté de l’unité du 7e Nord, qui accueille les patients qui nécessitent d’être hospitalisés après une chirurgie, la situation est d’autant plus critique. Seulement neuf postes sont pourvus sur 29. «Eux je peux dire qu’ils sont en bris de service dans le sens où il y a moins de 40% des postes qui sont comblés. Comment on peut fouler une unité avec moins de la moitié de ton staff, c’est impossible.» Seuls sept lits sur les 35 que comporte l’unité ont été fermés, ajoute-t-elle. «Mathématiquement parlant, ça ne fonctionne pas.»

Départ après départ 

Les départs d’employés se succèdent et il faut s’attendre à ce qu’il y en ait d’autres, ajoute Mme D’Auteuil. « Nous, on a levé le drapeau depuis très longtemps. […] Depuis novembre, il y a l’application de l’arrêté ministériel 007 qui oblige les infirmières du Centre hospitalier de Gatineau et du Centre hospitalier de Hull de travailler à temps complet et de façon abusive. On ne se le cachera pas, on tombe en zone jaune, donc l’arrêté ministériel est utilisé abusivement. Ça décourage beaucoup les employés et ça les encourage à faire le grand saut et à quitter l’Hôpital de Gatineau pour d’autres places du [Centre intégré de santé et des services sociaux de l’Outaouais (CISSSO)] où l’arrêté ministériel n’est pas appliqué de la même façon, ou juste ailleurs complètement.»

« Chaise musicale »

En point de presse mercredi après-midi, la présidente-directrice générale du CISSSO, Josée Fillion, a reconnu que de nombreux départs étaient à noter à l’Hôpital de Gatineau. « C’est certain qu’il y a des défis de couverture, donc les directeurs sont à regarder des stratégies pour assurer une couverture et assurer une offre de service à la population », a-t-elle indiqué.

Selon la PDG, ces départs sont en partie explicables par la période d’affichage de postes présentement en cours, l’une des quatre périodes annuelles, ce qui crée un jeu de chaise musicale. « Pour moi ce qui est important de mentionner, c’est qu’il y a des moments dans l’année ou il y a des affichages de postes, et les employés ont l’opportunité, en fonction de leur choix de carrière, de leur développement professionnel, de prendre un poste dans un autre secteur d’activité. […] C’est important de remettre ça en perspective. Et c’est la réalité qu’on a à chaque période d’affichage, ça crée une espèce de mouvement dans l’organisation, dans l’ensemble des secteurs d’activité où les gens ont pris différents postes.»



« Les mutations de carrière, ce que ça veut dire, c’est qu’ils prennent des infirmières de plancher et les mettent en intérim-cadre, parce qu’il manque autant de personnes sur le plancher que de personnes gestionnaires. Donc oui, c’est de l’avancement, mais ça n’empêche pas qu’on enlève des infirmières sur le plancher pour les mettre en affectation gestion. »
 Karine D’Auteuil

Mme Fillion a néanmoins tenu à se faire rassurante, soulignant que la direction du CISSSO travaille à limiter l’impact sur l’offre de services des personnes mutées dans de nouveaux postes.

« Au contraire, on est à regarder, comment avec la main-d’œuvre qu’on a de disponible, on peut offrir le service et comment on peut l’offrir autrement et comment en amont et en aval on peut répondre pour diminuer l’occupation dans nos urgences.[…] Soyez assurés qu’on met tout en œuvre pour garder les services. Est-ce qu’il y aura des ajustements dans d’autres secteurs d’activité ? C’est ce que les directeurs sont affairés à regarder dans le contexte actuel.»

« À chaque affichage, je regarde. Je les ai avertis, je leur demande ce qu’est leur plan. Mais l’employeur, la direction, attend à la dernière minute pour nous consulter », a ajouté Mme D’Auteuil. « On leur a apporté des solutions depuis des mois, ils ne font mine de rien ou de nous écouter mais [ne mettent pas] en pratique ce qu’on dit. […] C’est aberrant qu’en situation de pénurie, ils n’aient pas mis l’énergie à faire un plan de recrutement.»


Ani-Rose DeschateletsANI-ROSE DESCHATELETS

Le Droit.com

10 juin 2021