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Cet article est vraiment humiliant, surtout qu’il est rédigé par une des plus prestigieuses publications scientifiques au monde et qu’il traite quasiment la France de guignol, tant la nomination du patron de l’Inserm s’apparente à une mascarade ridicule, sachant qu’il s’agit en fait du mari de l’actuel ministre de la santé. Cet éditorial dénonce l’opacité des candidatures qui relèveraient selon lui de l’ancien temps. Comment est-ce possible en France aujourd’hui ?


Rarement l’édito d’une publication scientifique aura été aussi mordant.

Ce mercredi 13 juin, dans un texte intitulé « La France est de retour, mais les anciennes pratiques persistent au sein de l’Inserm », la revue scientifique médicale de référence The Lancet dénonce « l’opacité » qui entoure, en France, la nomination du nouveau directeur de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Le mandat du sortant, Yves Lévy, a pris fin mardi et, bien qu’il ne l’ait pas encore officiellement annoncé, il pourrait être candidat à sa propre succession. La revue britannique n’a a priori aucun grief personnel à l’encontre du professeur, en poste depuis 2014. Non, son problème, c’est qu’à la ville, Yves Lévy est le mari d’Agnès Buzyn, la ministre française de la Santé.


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@TheLancet

@EmmanuelMacron has the power to effect a change in research culture in … by supporting an open and transparent nomination process » @INSERM CEO nominations come under scrutiny — new Editorial https://hubs.ly/H0cBCsN0  Also available in French https://hubs.ly/H0cBBR70 


Le Lancet, qui a pris la peine exceptionnelle de publier cet édito à la fois en anglais et en français, relève le « potentiel conflit d’intérêts » qu’entraîne un « institut placé sous la tutelle conjointe des ministères de la Santé et de la Recherche ». La question n’est pas nouvelle : dès mai 2017, la nomination d’Agnès Buzyn au gouvernement avait soulevé les critiques. Afin d’y mettre fin, l’exécutif avait décrété que l’ensemble des questions relatives à l’Inserm ne passerait désormais plus par le ministère de la Santé et serait dévolu directement au Premier ministre. « La réputation du milieu scientifique français a été endommagée par cet épisode », estime néanmoins le Lancet, « tant sur la scène nationale qu’internationale ».

Macron interpellé directement

D’autant qu’il n’est pas clair, relève la prestigieuse revue, si pour cette nomination « le rôle de Buzyn reste dicté par le décret de mai 2017 ». Car en principe, le nouveau directeur de l’Inserm doit toujours être « choisi par décret, sur proposition conjointe des ministres de la Santé et de la Recherche et sur avis d’une commission d’examen ». Même si la ministre a assuré dans dimanche dans le JDD ignorer le nom des prétendants au poste, The Lancet met en doute l’intégrité du processus de nomination : « L’identité des candidats et le processus de nomination du nouveau directeur restent entourés d’incertitude », alors que « seuls deux – Philippe Froguel et Jessica Zucman-Rossi – ont rendu leur candidature publique ».

Pour mettre un terme à cette situation, The Lancet prodigue ses conseils à l’exécutif français. « Le président Emmanuel Macron a mené une campagne basée sur la transparence ; il lui incombe maintenant de restaurer la confiance dans un système terni par cette opacité », enjoint la revue, réclamant une nomination plus transparente : « Macron a maintenant l’opportunité de réformer la culture de la recherche en France (…), en soutenant un processus de nomination ouvert et transparent et en encourageant la publication des noms des candidats et des membres du comité, et du contenu des délibérations ». En attendant la […]


Marianne