Disparition de Yagg.com, l’un des principaux médias LGBT français

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La presse LGBT est à l’image de ce que représente le mouvement LGBT dans le pays : pas grand chose pour ne pas dire rien du tout. Déjà le magazine Têtu a disparu l’été 2015, maintenant c’est le site Yagg qui disparaît car économiquement non viable. Comment peut-on expliquer une telle contradiction entre le réel et le virtuel ? Comment expliquer qu’un lobby surpuissant qui se fait fort d’imposer ses désirs au gouvernement alors qu’il représente moins de 1 % de la population n’arrive pas à financer un simple média communautaire ?


En ligne depuis 2008, le site yagg.com a été mis en liquidation judiciaire. Une perte pour les lecteurs et internautes hexagonaux, où la presse LGBT n’existe (pratiquement) plus.     

Ils avaient, pour une bonne partie d’entre eux, d’abord travaillé à Têtu, le premier magazine LGBT français, dont le dernier numéro papier est paru en juillet 2015. Créé en 1995 (avec le soutien financier de Pierre Bergé) par Didiel Lestrade et Pascal Loubet, les deux fondateurs d’Act Up-Paris, Têtu avait dû mettre la clé sous la porte, lui aussi, pour des raisons économiques. Également ancien président d’Act Up, Christophe Martet – dont la sortie au Sidaction 1994 sur toutes les chaînes du petit écran qualifiant la France de « pays de merde » pour son traitement des malades du sida défraya la chronique – avait quitté Têtu, emmenant quelques-uns de ses journalistes, pour tenter l’aventure Yagg. Uniquement sur Internet, l’équipe avait fait le pari de la création du « premier media social LGBT français ».
Lancé en ligne en novembre 2008, Yagg avait pris son envol et s’était rapidement imposé comme une voix de référence pour l’actualité LGBT, particulièrement en pointe durant la longue bataille en faveur du mariage pour tous. Diversifiant ses contenus, il n’était pourtant pas seulement un site militant, couvrant nombre de sujets culturels, économiques, de santé (avec, en particulier, de remarquables papiers sur le sida et les IST), mais aussi « gay-friendly »… Le site avait aussi ouvert ses colonnes à de nombreux blogueurs et était toujours attentif à tout ce qui concernait les personnes LGBT et leurs amis aux quatre coins du monde.
Mais le modèle économique tenait de plus en plus difficilement depuis au moins deux ans, l’équipe multipliant les initiatives promotionnelles et les campagnes d’abonnements et de souscription. Malheureusement, cela n’a pas suffi et le tribunal de commerce de Paris vient de prononcer ce matin la liquidation judiciaire de la société éditrice, considérant que le plan de reprise proposé ne pourrait faire face à ses charges. L’entreprise peut néanmoins encore être rachetée… si un repreneur se présente. Yagg devrait rester en ligne encore quelques semaines. Il est toujours triste de voir un titre de presse disparaître, après huit ans de travail rigoureux ; c’est encore plus triste lorsqu’il s’agit d’un titre de qualité, engagé pour la défense des droits des personnes LGBT et, plus largement, d’une société diverse et tolérante.
Olivier Doubre — Politis

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