En Algérie le peuple ne se reconnaît pas dans les violences des supporters français, fussent-ils aussi de nationalité algérienne ou seulement d’origine algérienne. Les cinq derniers mois ont vu arpenter le sol algérien et battre le pavé des villes, des dizaines de millions de manifestants sans avoir eu à déplorer le moindre bris de glace ; bien au contraire, les manifestants se sont illustrés par une discipline exemplaire et une propreté sans faille, nettoyant systématiquement les lieux à la fin de chaque manifestation, sachant que les manifestations sont quasi quotidiennes sur l’ensemble du territoire. Il est vrai que la France a connu quelques violences lors de la qualification aux demi-finales notamment sur les Champs-Élysées, mais il faut également dire que pour la finale, les manifestations se sont très bien déroulées et des manifestants se sont même appliqués à nettoyer quelques rues ! Malheureusement, les médias feront toujours des tonnes dès qu’une déclaration ridicule est faite par un jeune inculte, mais si les choses se passent bien, la caméra devient comme par hasard aveugle, même si les vidéos tournent par ailleurs sur les réseaux sociaux.

En d’autres termes, la France et seulement la France connaît un grave problème avec une certaine partie de sa population, une jeunesse à vif qui ne se reconnaît pas chez elle et il serait temps que cette même France des élites politiques et médiatiques s’interroge sur les raisons. Est-ce par rapport à cette ambiance délétère qui dure depuis plusieurs décennies et qui consiste à stigmatiser et « flageller » à longueur de temps les musulmans transformés en boucs émissaires, histoire de camoufler les nombreux et lamentables échecs politico-économiques des différents gouvernements ?

Mais là où l’hypocrisie atteint son comble c’est lorsque certains commentateurs se félicitent des origines françaises de quelques joueurs de l’équipe nationale algérienne en s’attribuant quasiment la victoire de la CAN. Bizarrement cependant, lorsqu’il y a un échec d’intégration, c’est toujours la faute de l’autre !


Vus d’Algérie, à l’heure des manifestations pacifiques, les dérapages français des supporteurs des Fennecs ne passent pas.

Deux identités se font face : l’une, réelle et construite ; l’autre, rêvée et confuse.

« Eux, c’est eux et nous, c’est nous ! » plaisante la voix au téléphone, entre gouaille et irritation. De son balcon du Télemly, joli quartier des hauts d’Alger, Farouk, 28 ans, préparateur en pharmacie, veut remettre la Méditerranée entre lui et « les cousins », comme il appelle les Franco-Algériens descendus en masse dans les rues de l’Hexagone, de Paris à Marseille, le drapeau algérien à la main pour fêter, casseurs hélas à l’appui, la victoire en demi-finale de l’Algérie à la Coupe d’Afrique des nations. Le jeune Algérois n’apprécie pas du tout : « Des pillages l’autre semaine, près de 300 interpellations la nuit du 14 juillet, c’est de la folie ! On n’est pas les mêmes, nous, on crie « silmiya », « pacifisme » dans toutes les rues du pays depuis cinq mois en prenant des risques. Eux, en quoi nous aident-ils ? Le comportement de quelques irresponsables conforte les racistes et le Rassemblement national ! »

« Il y a plus d’interpellations en France après un match de foot que durant cinq mois de manifestations en Algérie ! »

Comme en écho, l’écrivain Kamel Daoud tweete : « La fête doit être digne et responsable partout. Fière et pacifique. C’est comme ça qu’on peut vaincre les adversités… » Et la fête, dans toutes les villes d’Algérie, ils l’ont faite. Sans débordements autres que la joie. Comme si « la transformation » des comportements depuis cinq mois signalée par le romancier Boualem Sansal se transmettait aux…[…]


Photo d’illustration : supporters algériens, le 14 juillet 2019 à Lyon – AFP

Martine Gozlan

Marianne

19 juillet 2019