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Illustration. Photo DR

Les scandales sexuels de ces dernières années concernant des médecins violeurs se sont tellement multipliés que des professionnels décident d’inclure dans le code de déontologie une interdiction aux médecins d’avoir des rapports sexuels avec leurs patientes. Pourquoi pas, au point où on en est, plus rien ne nous étonne. Par contre, on est en droit de se dire que si une société humaine éprouve le besoin de rédiger des lois afin d’obliger ses médecins à se tenir correctement et de ne pas agresser sexuellement tout ce qui passe sous leurs mains, cette société est déjà morte et enterrée.


Une pétition lancée mardi 27 mars par des médecins et des féministes demande au gouvernement que l’interdiction faite aux praticiens d’avoir des relations sexuelles avec leurs patientes et patients soit officiellement inscrite dans le Code de déontologie médicale.

« Un patient n’est pas un simple adulte libre de ses choix. La relation thérapeutique crée une vulnérabilité bien connue appelée amour de transfert », estiment les premiers signataires de la pétition.

Parmi eux Jean-Paul Hamon, président de la Fédération des médecins de France, Irène Frachon, pneumologue qui a révélé le scandale Mediator, Marilyn Baldeck de l’Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, la dessinatrice Pénélope Bagieu, ou la psychiatre Muriel Salmona.

S’appuyant sur les témoignages de trois femmes qui disent avoir été abusées sexuellement par leur psychiatre, ils demandent à la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, que soit ajouté un nouvel article au Code de déontologie médicale ainsi rédigé « Le médecin doit s’interdire toute relation sexuelle avec les patients dont il a la charge ».

Si les psychiatres sont les plus exposés, une situation identique peut exister avec un médecin généraliste ou avec d’autres spécialistes, font valoir les signataires dans un dossier de presse transmis à l’AFP.

« Empêcher de nuire les prédateurs sexuels »

Selon eux, « si le Serment d’Hippocrate reste essentiellement symbolique et n’est pas opposable au médecin, le Code de déontologie médicale est validé par décret ministériel et s’impose réglementairement aux médecins, passibles de poursuite devant leur Ordre s’ils l’enfreignent ».

L’opération « n’est pas destinée à jeter l’opprobre sur une profession qui fait la preuve au quotidien du dévouement et de la probité de l’immense majorité de ses membres. Il s’agit d’empêcher de nuire les rares prédateurs sexuels qui menacent toute une corporation », est-il précisé.

Manque de chiffres 

« Ce qui est étonnant, c’est que cet interdit ne figure pas déjà dans les textes », juge auprès de l’AFP le médecin généraliste et romancier Baptiste Beaulieu, signataire.

Les chiffres officiels manquent. Dans un rapport réalisé en 2000, intitulé « Pratique médicale et sexualité », le Conseil national de l’ordre des médecins indiquait que sa section disciplinaire avait « eu à connaître une quarantaine d’affaires de ce type au cours des dix dernières années ».

« L’incidence de ces écarts est difficile à évaluer. Elle est en augmentation apparente, entraînant des sanctions aggravées, probablement en raison d’une évolution vers une moindre tolérance à la fois des victimes, du public et du corps médical », est-il ajouté dans ce texte, consulté par l’AFP, qui précise que « psychiatres et gynécologues seraient plus exposés que d’autres ».


Nice matin / AFP