La presse hexagonale commence à parler de l’activité anti Françafrique de Kemi Seba en essayant toujours de la diaboliser, on se croirait en 2007 ! À les lire, le système de pillage du richissime continent du Sud est une pure invention, le Franc CFA non plus n’existe pas et les dictateurs africains ne passent pas le plus clair de leur temps dans les capitales européennes dans lesquelles ils ont caché leurs butins !


L’activiste Kemi Seba s’est rendu à Rome pour rencontrer des cadres du Mouvement 5 étoiles, dont le secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Manlio Di Stefano.

Il affirme leur avoir fourni les arguments qui ont été au centre de l’incident diplomatique de janvier entre la France et l’Italie.

Sur une grande chaîne italienne, dimanche 20 janvier, l’un des cadres du Mouvement 5 étoiles (M5S), Alessandro Di Battista, déchire un (faux) billet de 10.000 francs CFA, fustigeant le néo-impérialisme français, censé s’exercer par le biais de cette monnaie utilisée par une quinzaine d’États en Afrique subsaharienne.



Le même jour, Luigi Di Maio, président du M5S et vice-président du Conseil italien, lance une violente charge contre Paris, accusée «d’empêcher le développement» des pays utilisant le franc CFA. La France «contribue aux départs des migrants, qui vont ensuite mourir dans la Méditerranée ou débarquer sur nos côtes, dénonce Di Maio. Il est temps que l’Europe ait le courage d’aborder le thème de la décolonisation de l’Afrique.»

Peu importe que l’immense majorité des migrants ne provienne pas des pays où le franc CFA est en vigueur ou que Paris ne finance pas sa dette avec cette devise, comme l’a aussi affirmé le vice-ministre: l’exécutif italien a trouvé un nouvel angle d’attaque contre la France, sa meilleure ennemie du moment. La critique, violente, vient nourrir la crise diplomatique qui couve entre les deux pays. L’ambassadrice italienne à Paris est convoquée pour explications.

Une figure radicale

La virulence des attaques italiennes est en partie due à leur origine. Elles ont été inspirées par le sulfureux Kémi Séba. Ce franco-béninois est connu pour avoir été le leader de la Tribu Ka, groupuscule suprémaciste noir qui avait effectué en 2006 une descente rue des Rosiers, un quartier juif de Paris, lançant menaces et insultes antisémites. Une action qui avait poussé le gouvernement français à dissoudre ce groupe, sans parvenir à mettre fin à l’activisme politique de Séba. Un temps proche d’Alain Soral et Dieudonné, ce dernier a peu à peu délaissé le thème de la race pour un sujet plus fédérateur: le panafricanisme. Dans ses mots, la France a aujourd’hui remplacé l’homme blanc comme origine de tous les maux des Africains. Ainsi le clamait-il le 19 août 2017, à Dakar, lors d’une petite manifestation au cours de laquelle il a brûlé un billet de 5000 francs CFA. Un vrai, celui-ci. Ce qui lui a valu une expulsion du Sénégal, son pays d’accueil depuis 2011, vers la France, son pays de naissance.



C’est en Italie que l’on retrouve l’activiste sur la question du franc CFA, comme il l’a révélé dernièrement sur Facebook. «Secret bien gardé depuis des mois», il a été reçu à Rome, en septembre 2018, dans les locaux du Mouvement 5 étoiles, afin «de leur fournir des dossiers sur la Françafrique, le franc CFA». Kémi Séba diffuse une photo sur laquelle on le voit, main dans la main, avec le secrétaire d’État italien aux Affaires étrangères et à la Coopération internationale et membre du M5S, Manlio Di Stefano. Les services de ce dernier confirment au Figaro que la rencontre a effectivement eu lieu entre les deux hommes. «Il y a une discussion franche sur l’Europe et l’Afrique», nous précise-t-on.


Sur Facebook, Kémi Séba s'affiche avec le secrétaire d'État italien, Manlio Di Stefano.

Le secrétaire d’État semble en avoir été particulièrement inspiré. Dans la foulée de Luigi Di Maio, il participe aussi à la campagne anti-française, publiant sur un long texte contre le franc CFA ou une chronologie de coups d’État qu’il estime avoir été téléguidés par la France

Photo d’illustration : Kemi Seba, ici en 2008,- FRANCK FIFE AFP

 Julien Licourt