En réalité nous avons absolument toutes les données nécessaires pour faire les comparaisons entre les régions où le port du masque a été rendu obligatoire en extérieur afin de constater ou non l’efficacité de cette mesure quant à la diffusion du virus. Pourtant, bizarrement, aucune étude n’a été réalisée pour adapter les politiques sanitaires et voir si c’est efficace ou non. Hélas, ces choix ont des conséquences économiques sérieuses sans oublier tout ce qui est pollution et stress. C’est pourtant un article du Figaro dont il est question et qui termine l’étude par une information simple : le port du masque en extérieur ne sert absolument à rien. Il se pose ensuite la question de l’impossibilité de prendre en compte ces données cruciales afin de changer de politique sanitaire. Aucune évaluation n’a été mise en place par Santé publique France ou la Direction Générale de la Santé et certainement pas le gouvernement et son très mauvais ministre de la santé.


Avec deux confinements, des comparaisons entre les régions peuvent-être tirées afin de juger l’efficacité des différentes mesures sanitaires prises par le gouvernement, estiment le professeur de physique-chimie Samra Bouazza et le professeur d’économie Serge Blondel.

Lors de la première vague, des mesures ont été prises essentiellement au niveau national et très rapidement. Pour la seconde (espérons que le terme restera le bon), il y a eu une large variété de décisions en fonction des territoires. Ainsi, il devient possible de comparer des lieux où des mesures ont été prises avec des voisins « témoins » qui permettront d’évaluer l’impact de la mesure.

Sans le dire, le gouvernement a mené des expérimentations naturelles mais a juste omis d’en tirer des conclusions. Si le territoire Alpha impose le masque quand son voisin Bêta laisse les citoyens libres de le porter ou non, il est attendu une évolution meilleure dans Alpha. Qu’en a-t-il été ? Nous alors voir quelques résultats. Nos dirigeants nous disent faire évoluer les mesures en fonction des chiffres, ils devraient aussi analyser l’impact de leurs décisions.

Depuis fin août, l’Île-de-France est un cas d’école. Le port du masque est devenu obligatoire dans tout l’espace public, y compris en extérieur, dans Paris et la petite couronne. Les quatre autres départements l’ont imposé beaucoup plus tard, à commencer par les Yvelines le 26 septembre. Ainsi un ensemble assez homogène, relié par un réseau de transport unique, avec des personnes se déplaçant souvent d’un département à l’autre pour le travail, a été confronté à des mesures différenciées.

Les départements où le masque a été imposé en extérieur fin août ont vu leurs décès accroître de 129.2% contre pile +100% dans les départements périphériques de la région

La fermeture des bars, toujours dans la même zone centrale, a suivi le 6 octobre, avant le couvre-feu dans l’ensemble de l’Île-de-France le 17 octobre. Pour évaluer ce qui s’est passé, nous utiliserons les chiffres des décès à l’hôpital (les Ehpad ne sont pas concernés par ces mesures car les patients sortent peu). Le schéma joint permet d’apprécier les évolutions.


Décès hebdomadaires par 100 000 habitants.
Décès hebdomadaires par 100 000 habitants. Serge Blondel et Samra Bouazza

Quel a été l’effet de l’imposition du masque le 28 août dans Paris et la petite couronne? La comparaison ne porte que sur le port du masque en extérieur car il était déjà obligatoire partout dans les espaces publics clos. Comparons les semaines 35, juste avant la mesure, et 39, en fin de cette expérimentation. Les départements où le masque a été imposé en extérieur fin août ont vu leurs décès s’accroître de 129.2% contre pile +100% dans les départements périphériques de la région: résultat inverse de celui attendu, échec de la mesure.

Au fond, dire que les masques ne servent à rien n’était peut-être pas si faux car la seconde vague, en étant massivement masqués, a déjà fait au pic (19 novembre) 12 810 morts en hôpital contre 7 719 au pic de la première, le 8 avril. Elle sera bien plus meurtrière. Lors de son dernier point hebdomadaire, Jean Castex a répondu vertement à la presse que l’on en avait pour des mois encore à porter le masque. Est-ce utile en extérieur ?

Nous sommes nombreux à chercher à aider en analysant les chiffres de l’épidémie et cependant la Direction Générale de la Santé qui en a les clés ne les exploite pas suffisamment

La situation est paradoxale : nous sommes nombreux à chercher à aider en analysant les chiffres de l’épidémie et cependant la Direction Générale de la Santé qui en a les clés ne les exploite pas suffisamment. Il faut évaluer toutes les mesures à la lumière de ces données. Les conclusions ne sont pas toujours très nettes mais certaines le sont comme l’effet de porter des masques en extérieur. Cela n’a pas d’effet et ne fait qu’ajouter du désagrément aux citoyens, par ailleurs très disciplinés.


Photo d’illustration : Le Premier ministre Jean Castex. CHARLES PLATIAU/AFP

Serge Blondel* et Samra Bouazza**

Le Figaro

11 décembre 2020
*Serge Blondel est professeur d’économie au GRANEM (université d’Angers), fédération Théorie et évaluation des politiques publiques (TEPP) et LIRAES (Université de Paris).
**Samra Bouazza est professeur de physique-chimie à l’Éducation nationale.