Il n’y a pas de crime qui soit inexpiable. Même le crime le plus abominable trouve son expiation, la plus longue des expiations, qui passe par la plus insupportable souffrance, comme de juste. C’est cette expiation toujours possible qui fait l’harmonie universelle et éternelle, harmonie dont rien ne peut sortir, ou être supprimé.

Dès lors, il ne faut pas vouloir supprimer le mal, car le mal n’est rien d’autre qu’un bien qui a mal tourné, étant entendu que la création divine a le bien pour seul principe, le bien étant antérieur au mal. Il s’agit donc de vouloir faire retourner le mal au bien, de le faire expier plutôt que de le supprimer, tel est le principe de toute justice. C’est très difficile à admettre, mais pour en venir à bout, il faut en quelque sorte vouloir du bien au mal ; en faisant passer celui-ci par une expiation aussi longue et dure que nécessaire pour son retour au bien. La haine n’est, par exemple, que de l’amour qui a pris la mauvaise direction, de l’amour tourné exclusivement vers soi, de l’amour que l’on capitalise pour soi, pour son image, de l’amour que l’on monopolise tant et si bien qu’on finit par mépriser les autres et les haïr. Ceux qui capitalisent l’argent, l’or, la richesse, le pouvoir, capitalisent surtout l’amour exclusif d’eux-mêmes, ou de leur communauté… L’amour de soi à l’exclusion totale des autres devient donc une haine sans limites, que l’on représente souvent par Satan. En d’autres termes, lutter contre Satan c’est faire prendre à l’amour la bonne direction, la direction la plus droite, la plus juste, la direction divine, celle qui triomphe de ce qui lui est le plus radicalement opposé. Je me suis souvent demandé s’il y a une expiation possible pour Satan. Et si cette expiation durerait l’éternité.

En tout état de cause, voilà le combat : le mal veut faire tourner le bien en mal, et le bien veut faire tourner le mal en bien. Ou pour le dire plus précisément : l’ex-bien veut faire tourner le bien en ex-bien, et le bien veut faire tourner l’ex-bien en bien. Le bien qui, déclinant, se transforme progressivement en mal et celui-ci qui, s’inclinant vers le plus faible, se retransforme progressivement en bien, décrit comme un cercle, un cycle : telles sont les métamorphoses du bien, le bien en acte. Car le bien ne peut être qu’en acte ; don du bien et retour du bien, à l’infini.

Lotfi Hadjiat


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