Rohingyas

La situation de ce peuple musulman birman est catastrophique et dure depuis des mois voire des années ; et pourtant, c’est seulement maintenant qu’on en parle ! Des centaines de charniers sont trouvés en Malaisie, les vidéos des massacres sont nombreuses et pourtant aucune mobilisation internationale sérieuse !


Les Rohingyas tentent de fuir la Birmanie qui les persécute en embarquant à bord de bateaux surchargés. Refoulés des pays de la région, ils se retrouvent abandonnés en pleine mer. Une solution temporaire vient toutefois d’être trouvée : la Malaisie et l’Indonésie ont accepté d’accueillir pour un an ces migrants.

La Malaisie et l’Indonésie ont annoncé, ce mercredi 20 mai, qu’elles arrêteraient de refouler les bateaux de migrants en perdition. Le ministre malaisien des Affaires étrangères Anifah Aman et son homologue indonésien Retno Marsudi ont proposé un refuge provisoire à ces milliers migrants. Une concession à la pression internationale qu’ils ont accepté à condition que leur relocalisation et leur rapatriement par la communauté internationale soient effectifs dans l’année.

Un renvoi de balle permanent

Lundi 18 mai, la Birmanie disait comprendre l’inquiétude internationale concernant la situation des migrants en Asie du Sud-Est, parmi lesquels se trouvent des milliers de Rohingyas ayant décidé de quitter le pays. Mais elle se désengage totalement du sort de la communauté, estimant que seuls les pays de la région doivent gérer leur exode.

Depuis plusieurs semaine, la Malaisie, l’Indonésie et la Thaïlande font face à des pressions internationales de plus en plus fortes pour sauver ces migrants abandonnés en mer d’Andaman par leurs passeurs. Leurs filières sont en effet désorganisées depuis que la Thaïlande a décidé de refouler les bateaux de migrants, obligeants les trafiquants à chercher de nouveaux itinéraires puis à les laisser à la dérive pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois.

Jusqu’à cette décision fatale, la Thaïlande ne se préoccupait pas vraiment de ces migrants rohingyas. De passage en Thaïlande, ils partaient ensuite pour la Malaisie où ils étaient embauchés illégalement. Mais la Malaisie, comme l’Indonésie, reconnaît depuis peu craindre pour ses emplois locaux. Ces pays empêchent donc les navires de migrants d’accoster pour ne pas créer « d’appel d’air ».


Human Rights Watch, relayé par Le Monde Diplomatique, dénonce les exactions commises par la Birmanie contre les Rohingyas : installation de camps de rétention, esclavage, tortures sexuelles, viols, pogroms, arrestations arbitraires etc.


Qui sont les Rohingyas ?

La communauté musulmane Rohingya, l’une des plus persécutées au monde selon l’ONU, est minoritaire en Birmanie. Depuis 1982, et la mise en place de la loi sur la nationalité, le gouvernement de Ne Win les a destitué de leur citoyenneté car ils n’appartiendraient pas, selon lui, aux « races nationales ». Aujourd’hui ils sont près d’1,3 million d’apatrides à vivre clandestinement dans leur propre pays, la Birmanie.

La plupart des Rohingyas vivent dans l’état d’Arakan, où ils sont persécutés par la majorité bouddhiste de la région, les Rakhines. Human Rights Watch, relayé par Le Monde Diplomatique, dénonce les exactions commises par la Birmanie contre les Rohingyas : installation de camps de rétention, esclavage, tortures sexuelles, viols, pogroms, arrestations arbitraires etc.

En Birmanie, le sujet des Rohingyas est un tabou. Même Aung San Suu Kyi, prix Nobel 1991, n’a jamais pris position en leur faveur. Le 17 mai, son parti, la Ligue nationale pour la démocratie, est cependant sorti de son silence et a appelé au respect des droits de la minorité Rohingya.

Privés de droits et de dignité, les Rohingyas souhaitent donc partir pour la Malaisie et l’Indonésie, pays plus prospères à majorité musulmane. Ils font ainsi appel à des passeurs peu scrupuleux et embarquent à bords de navires pour des traversées aussi périlleuses que leurs conditions de vie en Birmanie.

La situation des Rohingyas en Birmanie est particulièrement confuse. Il est très difficile pour les ONG d’avoir des données précises en raison d’importants flux migratoires. Compte-tenu de ces difficultés, le Comité international de la Croix-Rouge présent dans l’Etat birman de Rakhine indiquait ne pas être en mesure de connaître les chiffres exacts et les raisons pour lesquelles les Rohingyas choisissent d’émigrer.