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Une vieille éditrice me disait souvent que j’étais une vieille âme. Ce qui m’amena à me demander ce qu’est une jeune âme. Est-ce que la jeunesse c’est jouer jusqu’à s’égarer ? Se jouer de son exil ? De son égarement ? Dès lors, peut-on jouer sans s’égarer ? Peut-on aimer sans s’égarer ? Aimer sans s’égarer, voilà me semble-t-il la jeunesse éternelle, voilà l’amour éternel, l’alchimie qui nous métamorphose, nous transmute vers le terme de l’exil. La jeunesse est une promesse d’alchimie, une occasion de transmutation de l’âme. Occasion manquée le plus souvent. Occasion qui revient à chaque nouvelle vie. Aux notions de « réincarnation » ou « transmigration », je préfère celle de « transmutation ». Car l’âme en exil ne se meut pas, mais elle suit une longue, très longue transmutation dans son retour vers son essence. La transmutation spirituelle de l’âme, Voilà la seule vraie alchimie, toutes les autres visées des alchimistes n’étaient et ne sont que foutaises. L’âme ne se meut pas mais elle revêt des vêtements, des enveloppes différentes, charnelles ou plus subtiles, causes de multiples souffrances, afin d’expier complètement ses errements, ses égarements, ses fautes, ses crimes… Le plus grand bonheur de l’âme c’est quand elle se retrouve enfin complètement nue, s’il y a une joie de la nudité c’est celle-là, car c’est la joie de la liberté, la vraie liberté ; cette nudité de l’âme, les hindouistes l’appellent « nirvâna », la nudité complète de l’âme, qui n’est rien d’autre que sa plus grande pauvreté. Jésus-Christ était le plus pauvre parmi les pauvres, tout comme le prophète de l’islam, qui ne possédait à sa mort qu’une tunique et un pagne. La véritable pauvreté est celle qui ne désire pas la richesse. Voilà pourquoi il n’y a jamais de véritable pauvreté chez les Juifs ! Sauf chez Spinoza, juif lumineux que les rabbins ont tant haï… Une âme pauvre est celle qui renonce à l’orgueil, à la présomption, au ressentiment, au confort du mensonge, à la gloire, aux savoirs du monde, à la puissance, aux honneurs, au renom, à la reconnaissance, à l’estime sociale… aux vêtements brillants qui attachent l’âme a de vaines illusions… l’illusion de se mouvoir pour atteindre les sommets de l’orgueil… un peu comme Erdogan… Ça sert à quoi de libérer Jérusalem du joug sioniste si c’est pour mettre Erdogan à la place ? Ô Melchisedech, où es-tu ?…

Jérusalem n’appartient ni aux musulmans ni aux Juifs ni aux chrétiens, Jérusalem appartient aux âmes pauvres. Mais entendons-nous bien, on peut être pauvre financièrement et ne pas être une âme pauvre, inversement on peut vivre dans une aisance financière relative et être une âme pauvre. Le meilleur message qui puisse être envoyé à la jeunesse est le suivant : on a réussi sa vie si et seulement si notre âme s’est appauvrie. Appauvrie de toutes les richesses illusoires et vaines… face à la mort. Les jeunes ne devraient étudier que l’alchimie de la pauvreté, la vérité ne se manifeste qu’à l’âme véritablement pauvre. Malheureusement, il n’y a aucun professeur pour enseigner cette alchimie subtile, aucun cacadémicien, aucun nuliversitaire… Personne pour enseigner la sagesse qui procède de la pauvreté. Et toute la sagesse procède de la pauvreté, de l’humilité… l’humilité qui, par exemple, fit écrire à Nicolas de Cues La docte ignorance, qui inspira plus tard le criticisme kantien… Kant, une des plus grandes sinon la plus grande lumière philosophique, quoi qu’en pense cet âne sanguinaire de Bernard-Henri Lévy. Kant, que les « néo-kantiens » israélites ont tellement défiguré… Pour Nicolas de Cues, la science humaine finie ne pourra jamais connaître l’infini divin, tout comme les sommets d’un polygone ne pourront jamais constituer la circonférence du cercle qui lui est circonscrit, même si on multiplie ces sommets interminablement. La seule sagesse est celle qui nous permet de nous émanciper du dualisme infernal constitué par la connaissance et l’ignorance. La vie divine est au-delà de ce dualisme. Il faut mépriser la vie humaine empêtrée dans le dualisme pour approcher la vraie vie, la vie divine. Aujourd’hui, c’est l’inverse, le mépris de Dieu triomphe partout.

« Deux amours ont bâti deux cités : celle de la terre pour l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu et celle du ciel pour l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi », écrivait Saint-Augustin dans le chapitre 23 du livre XIV de La Cité de Dieu. Voilà résumée toute la sagesse politique. Idolâtrer l’égarement de la vie humaine et mépriser le chemin de pauvreté vers Dieu, telle est la si nuisible idéologie à laquelle l’humanité est désormais convertie aujourd’hui. Et ce ne sont pas les idolâtres de Johnny qui me contrediront.

Lotfi Hadjiat