Voici la situation lamentable de la France en 2016 : les élus et autres députés sont corruptible par un vulgaire gueuleton dans un restaurant 3 étoiles. Les politiques qui engagent et impactent la vie de centaines de milliers de personnes se fait dans les restaurants et non à l’Assemblée…


Dans l’espoir d’influencer plusieurs parlementaires, des patrons de sociétés de VTC les ont invités à déjeuner dans un restaurant très huppé. La scène a été filmée.

Il y a des tableaux, des dorures, une glace vanille à 30 euros et un « menu de saison » à trois chiffres. Et puis surtout : des petits salons individuels pour la tranquillité. On est chez Laurent, à deux pas de l’Elysée.

Le mardi 28 juin, les PDG de SnapCar, AlloCab, Chauffeur-Privé, MarcelCab et LeCab y ont invité quatre députés, un sénateur, et un membre de cabinet ministériel – comme on le découvre sur une vidéo que s’est procurée Rue89.

Les sociétés de VTC multiplient en effet les opérations de séduction auprès des parlementaires, pour dire tout le mal qu’ils pensent de la nouvelle proposition de loi sur les transports publics du député PS de la Côte d’Or, Laurent Grandguillaume, examinée en commission à l’Assemblée à partir de ce mardi 5 juillet.

Des mesures qui leur font froid dans le dos

Cette nouvelle proposition de loi, les plateformes numériques qui mettent en relation chauffeurs et passagers ne la portent vraiment pas dans leur cœur.

Il y a dans ce texte toute une gamme de petites mesures qui leur font froid dans le dos. Parmi elles, la transparence totale et la diffusion systématique des données des courses pour éviter que « les revenus des conducteurs baissent alors que les tarifs augmentent pour les consommateurs », ainsi que l’écrit sur son blog Laurent Grandguillaume.

Il y est aussi question de supprimer :

  • Les clauses d’exclusivité qui empêchent un chauffeur de taxi de travailler pour plusieurs plateformes.
  • La possibilité d’infliger des sanctions à des chauffeurs VTC quand ils refusent des courses. (Quand vous êtes chauffeur VTC, refuser des courses vous expose à des pénalités puis des sanctions, et cela sur toutes les plateformes. Hors de question donc, d’ouvrir cinq applications différentes et de choisir la course la plus avantageuse : vous seriez bientôt exclu de chacune d’entre elles.)

« Ecouter ce qu’ils avaient à dire »

Christophe Caresche, député socialiste de Paris, fait partie de la petite troupe qui a accepté l’invitation des patrons de VTC. Il dit :

« Je suis allé écouter ce qu’ils avaient à dire, cela ne veut pas dire que je leur mange dans la main.

D’ailleurs, si vous voulez parler des différents lobbyings en cours, évoquez aussi celui des dirigeants de la G7 qui m’ont également invité à un dîner. Eux aussi ont un peu de mal à avaler cet article du projet de loi qui les obligerait à mettre un terme à la clause d’exclusivité qu’ils imposent à leurs chauffeurs. »

Même type de réponse du côté du sénateur LR de L’Hérault, François Commeinhes, où l’on nous invite à nous intéresser plutôt au lobbying des chasseurs, avant de nous envoyer un wagon d’e-mails attestant de « tous ces autres groupes de pression dont on ne parle pas ». Un de ses collaborateurs ajoute :

« On nous reproche d’être isolés dans nos beaux palais du Sénat et de ne pas nous confronter à la réalité des entreprises et le jour où on le fait, on nous le reproche encore ! »

Inquiétudes des VTC

Député PS des Côtes d’Armor, Michel Lesage était lui aussi présent chez Laurent. Et lui aussi réfute tout lobbying :

« Je ne vois pas de quel lobbying vous voulez parler. Quand les agriculteurs nous empêchent de rentrer dans nos permanences personne n’en parle, mais là…
Les dirigeants de ces sociétés nous ont surtout fait part de leurs inquiétudes concernant les nouvelles modalités des conditions d’examens, ils ont peur qu’elles deviennent trop dures et qu’elles ne freinent trop l’accès à la profession. Moi je n’ai pas encore d’avis là-dessus car je ne connais pas les conditions actuelles d’examens. »
Yves Weisselberger, le fondateur de SnapCar, assume les petits plats censés faciliter la conviction des élus :
« C’est le projet de loi le plus hostile aux VTC qui ait jamais vu le jour, bien plus que la loi Thévenoud. On va lutter de toutes nos forces pour qu’elle ne passe pas. A cause d’elle quelques dizaines de milliers d’emplois risquent de sauter. »

Le PDG fait allusion aux capacitaires LOTI qui auraient l’obligation, si la loi passait, d’avoir des véhicules de transport de dix places afin de ne pas pouvoir se faire passer pour des VTC.

« Comment faire pour leur parler ? »

Pourtant les chauffeurs LOTI peuvent déjà, depuis un décret d’application de mars 2014, demander une équivalence VTC pourvu qu’ils aient exercé depuis douze mois au minimum. Via un décret, le projet de loi promet aussi de faciliter encore ces « transitions » à tous les chauffeurs LOTI qui seraient en mesure de prouver qu’ils sont en règle…