Lutter contre l’islamisme est une nécessité que personne ne conteste sérieusement sauf que. Quand cinquante avocats, magistrats, anciens bâtonniers et professeurs de droit publient ensemble une tribune d’alarme dans Le Figaro, il faut s’arrêter et lire. La proposition de loi Retailleau, adoptée au Sénat le 5 mai 2026 par 208 voix contre 124, cache dans son article 6 un mécanisme qui n’a rien à envier aux heures les plus sombres de l’arbitraire d’État.
Le problème tient en une phrase. L’article 6 autorise le gel administratif des avoirs — sans condamnation pénale, sans procès, sans juge, sans limite de durée — de toute personne qui « propage des idées tendant à justifier une discrimination ». Pas d’un terroriste. Pas d’un imam radical. De n’importe qui. Une association, un média, un syndicat, un parti politique. La députée Sarah Knafo l’a dit clairement. L’avocat Philippe Prigeant a parlé de « confiscation sans limite de durée ». Maître Sassi a pointé l’évidence : sous couvert d’islamisme, cette disposition permet de bloquer les ressources économiques de tous ceux qui « décrivent le réel ». Les juristes utilisent le mot exact : lettre de cachet administrative moderne.
Cette loi n’a aucun sens, n’importe qui peut le comprendre. C’est stupide car excessif sans aucune possibilité de se défendre. C’est tout simplement la mise en place d’une dictature à la chinoise, rien de plus. Cet article 6 enterre le principe même de démocratie-état de droit. Nul besoin de faire des études de droit longues et complexes pour le comprendre.
Ce qui rend ce dispositif particulièrement redoutable, c’est son piège rhétorique intégré. Critiquer la rédaction de la loi revient, dans le climat actuel, à être soupçonné de défendre l’islamisme. C’est précisément ce que les cinquante signataires dénoncent : cette confusion est « l’un des dangers les plus pernicieux du climat politique actuel ». Aujourd’hui la cible est l’islamiste. Demain, avec les mêmes outils, la prochaine majorité cible qui elle veut.
Les juristes demandent trois corrections minimales à l’Assemblée nationale : un contrôle judiciaire préalable obligatoire, une définition précise des comportements visés, et une durée maximale aux mesures administratives. C’est la moindre des choses. Sans ces garde-fous, la France se dote d’une arme d’arbitraire que n’importe quel pouvoir futur pourra retourner contre n’importe quelle opposition. C’est exactement pour cela que les libertés publiques existent — pour protéger tout le monde, y compris ceux qu’on n’aime pas.
On observe ici un glissement dangereux de la politique publique qui ressemble de plus en plus à ce que fait l’entité sioniste aux Palestiniens en les emprisonnant sans jugement pendant des années sans aucun dossier pénal. Bien entendu, d’aucuns, ils sont nombreux malheureusement à êtres naïfs et stupides, pensent qu’il est question des menaces de terrorisme sauf que ce n’est pas le cas. C’est ce que mettent en place les gouvernements occidentaux depuis septembre 2001 (Patriot Act…) sous couvert de lutte contre les barbus mais en réalité ces restrictions de libertés concernent tout le monde.

































