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Comment éloigner les SDF des centres-villes et des espaces publics. | DR.

Maintenant que l’on sait que les autorités publiques rivalisent d’ingéniosité pour empêcher les SDF de vivre parmi les humains, on est en droit de se poser une question simple : quand les autorités publiques vont-elles commencer à agir pour mettre fin à la honteuse et misérable situation du SDF dans un pays aussi riche que la France ?!! Pire que tout, les autorités municipales dépensent de l’argent pour mettre en place des sièges individuels spécialement conçus pour empêcher de s’allonger, ou tout simplement répandre des produits chimiques à l’odeur nauséabonde… ce même argent qui n’existe plus quand il s’agit de construire des abris qui rendraient un peu de dignité à ces accidentés de la vie. Il n’y a qu’à voir le scandale du SAMU social de Marseille qui est accusé aujourd’hui d’avoir détourné plus de 5 millions d’euros en emplois fictifs !


À la gare SNCF de Rennes, des haut-parleurs diffusent des airs d’opéra pour faire fuir les SDF.

Une méthode plutôt douce si on la compare à ce qui se pratique maintenant le plus couramment dans les villes.

En diffusant de la musique classique par haut-parleur, la SNCF a choisi la méthode douce pour enquiquiner les sans-abris qui seraient tentés de prendre leurs aises autour de la gare. Un moindre mal. Les architectes urbains rivalisent d’imagination pour perturber la tranquillité des SDF, quitte à utiliser des moyens proprement inhumains.

En 2007, la mairie UMP d’Argenteuil avait founi à ses agents un produit à l’odeur nauséabonde, le Malodor, en leur demandant de l’utiliser dans les lieux occupés par les marginaux. Les employés municipaux avaient refusé, arguant de la toxicité du produit. Pas ceux d’une galerie marchande de la ville qui s’étaient chargés de répandre le répulsif.

En 2014, à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis, le bailleur social Habitat Public avait distribué des tracts à ses locataires en menaçant de les expulser s’ils laissaient dormir des SDF dans le hall de leurs immeubles ou s’ils les nourrissaient.

Mobilier urbain hostile

Depuis une bonne dizaine d’années, c’est surtout le mobiliser urbain qui s’est adapté pour empêcher que des personnes occupent un espace public sur une longue période. Les abords des gares et les stations de métro multiplient les assises individuelles, les bancs publics avec accoudoirs intermédiaires ou les bancs « assis-debout », suffisamment inclinés pour interdire de s’allonger. Et tant pis pour le confort des usagers ordinaires.


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Des sièges individuels plutôt que des bancs dans une station de métro. | DR.

En 2015, la mairie UMP d’Angoulême avait suscité l’indignation en décidant, quelques jours avant Noël, de grillager les bancs publics à la demande des commerçants pour « empêcher les marginaux et autres dealers de drogue de s’y installer ».

Ce n’est pas lié à un clivage gauche-droite. Les villes de droite ne se cachent pas toujours pour utiliser les moyens jugés les plus efficaces, au risque de choquer. Celles de gauche font la même chose, mais de manière plus discrète et sournoise. Piques, galets collés au ciment, jets d’eau détecteurs de présence…. Sans oublier les arrêtés anti-mendicité qui fleurissent selon les périodes, à Paris, Marseille ou La Rochelle. Un site recense toutes les mesures anti-sdf observés dans les villes.


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Sièges anti SDF place Jussieu à Paris. | DR.

Blocs de pierre

La dernière invention anti migrants de la ville de Paris a fait polémique : des dizaines de blocs de pierre ont été installées sous un pont près de la porte de la Chapelle, près d’un centre humanitaire. Des dizaines de migrants dormaient régulièrement sous ce pont. Au centre de Strasbourg, l’Aubette diffuse des ultrasons à partir de 21 h qui font aussi fuir les jeunes désœuvrés.

Le phénomène, on s’en doute, est mondial. Et les idées ne manquent pas. Aux États-Unis, la municipalité de Middle Township (new Jersey) avait imaginé d’imposer aux SDF un permis de mendier, valable un an. D’autres villes américaines ont choisi d’interdire les soupes populaires pour éviter les concentrations de personnes jugées indésirables.

À Prague, les autorités ont opté pour une solution radicale en regroupant les sans-abris dans des centres ouverts en périphérie. À Madrid, fut un temps où toute personne surprise en train de nettoyer un […]


Ouest France