La défense du couple Fillon est tellement catastrophique que c’en est pathétique, le malaise est palpable dans la salle d’audience. Les leçons de morale et d’exemplarité données par Fillon depuis des années ne font que le ridiculiser et le discréditer encore plus. Cela va augmenter encore plus le taux des abstentionnistes, dégoûtés par tant d’hypocrisie de la classe politique.



Estimant que les emplois d’assistante parlementaire de Penelope Fillon revêtaient un « caractère fictif et artificiel », le parquet a requis ce mardi 10 mars cinq ans d’emprisonnement, dont deux ferme à l’encontre de François Fillon, et trois ans d’emprisonnement avec sursis à l’encontre de son épouse, assortis de 375.000 euros d’amende.

« Un tel comportement traduit un mépris du bien commun », estime le procureur de la République, Bruno Nataf. Ce mardi 10 mars, le parquet a requis cinq ans de prison, dont deux ferme, à l’encontre de François Fillon, et trois ans d’emprisonnement avec sursis à l’encontre de son épouse, Penelope, ainsi que 375.000 euros d’amende.

Estimant que le tribunal devait prononcer une peine à la hauteur de « la légitime exemplarité attendue d’un parlementaire », le parquet a insisté sur la « systématisation » des pratiques de François Fillon, alors même que l’ancien Premier ministre avait fait de « la probité une marque de fabrique ». Selon le ministère public, ce dernier a « pris en otage son épouse et son suppléant », pour « obtenir un supplément de revenu significatif ».

Le parquet national financier (PNF) a déroulé un féroce réquisitoire contre « l’appât du gain » de l’ancien Premier ministre François Fillon, en s’attelant à démontrer que les emplois d’assistante parlementaire de son épouse Penelope étaient « fictifs et artificiels ».

« Caractère fictif et artificiel »

À l’issue de la première partie d’un réquisitoire à deux voix, le procureur Aurélien Létocart a demandé au tribunal correctionnel de Paris de condamner les époux Fillon et l’ex-suppléant de François Fillon Marc Joulaud, maire de Sablé-sur-Sarthe, dans le principal volet de ce retentissant procès : les emplois de collaboratrice parlementaire de Penelope Fillon. Le magistrat a longuement égrené ce qui constitue pour le PNF les preuves du « caractère fictif et artificiel » des trois contrats de Penelope Fillon entre 1998 et 2013, pour lesquels elle avait touché plus de 613.000 euros d’argent public.

Un travail tellement « impalpable, désincarné » que Penelope Fillon ne prenait ni congés maternité ni congés payés, dont « aucune trace » n’a été retrouvée des mémos et fiches qu’elle était censée préparer pour son mari et dont elle est « incapable » de donner des exemples précis. Et de poursuivre : « La preuve ultime, c’est l’incapacité de Penelope Fillon elle-même à décrire le contenu précis de son activité. Quel salarié n’est pas en mesure de décrire précisément le contenu de son travail ? »

« Attribuer un caractère professionnel à la moindre de ses activités, même les plus anodines comme rapporter du courrier ou discuter avec des gens en faisant ses courses relève de la mauvaise foi », a tancé le procureur. Selon le ministère public, le rôle de Penelope Fillon se cantonnait à celui d’une « conjointe d’un homme politique d’envergure nationale, le seul à l’époque dans la Sarthe ». Une femme dont « l’investissement social et culturel évident » ne saurait, selon le PNF, constituer un emploi d’assistant parlementaire, tenu d’être en rapport direct avec le mandat du député.

Pour le parquet, « les habitudes de captation des reliquats d’argent public » dans l’enveloppe dédiée au « crédit collaborateur » « ont été prises dès le début de la carrière politique de François Fillon » en 1981. Une « inclinaison à s’affranchir du bien commun pour conforter son intérêt personnel », « dans une forme de comédie humaine que Balzac ou Claude Chabrol n’auraient sans doute pas reniée », a insisté le procureur.

S’agissant du travail de collaboratrice parlementaire de son épouse auprès de Marc Joulaud, « imposé » par François Fillon à son suppléant, « elle gagnait plus tout en travaillant moins », a asséné Aurélien Létocart, détournant le fameux slogan sarkozyste.

Il avait entamé son réquisitoire avec les propres mots de l’ex-député, prononcés en septembre 2012 : « Il y a injustice sociale entre ceux qui travaillent dur pour peu et ceux qui ne travaillent pas et perçoivent de l’argent public ». Commentaire du magistrat : « Du cynisme à l’aveuglement, il n’y a parfois qu’un pas. » C’est également par une citation de François Fillon, prononcée à Cannes en 2014, que le procureur a conclu son réquisitoire : « La politique, cela ne sert pas à se servir mais à améliorer le quotidien des gens. »

«  Le propre artisan de son malheur »

Retraité de la politique après une campagne présidentielle phagocytée par cette affaire en 2017, « François Fillon a été le propre artisan de son malheur » et « ne doit ses déboires politiques qu’à ses propres turpitudes », a encore asséné le magistrat. Vilipendant la « stratégie de défense » de François Fillon consistant à « distiller le poison du soupçon » et « à décrédibiliser ses accusateurs », Aurélien Létocart a estimé qu’une « telle stratégie sonne toujours, toujours comme un aveu ». Dès l’ouverture de l’enquête en janvier 2017 après un article du Canard enchaîné, les époux Fillon ont produit une masse de documents attestant selon eux de la réalité du travail de Penelope Fillon. Mais « ils se sont révélés au final traduire en creux l’inconsistance du travail » de cette dernière, a taclé le magistrat.

Au sujet de l’emploi de conseillère littéraire de Penelope Fillon à la Revue des deux mondes, Bruno Nataf, a quant à lui fait mine de s’interroger : « Sommes-nous en présence d’un emploi réel, d’un emploi fictif, d’un emploi partiellement fictif, d’un emploi devenu fictif ? » Avant de lui-même répondre : « Pour ma part, il s’agit d’un emploi totalement fictif. » Concernant la fin du contrat avec la revue de Marc Ladreit de Lacharrière, le parquetier s’est fait caustique : « On est à la limite de l’abandon de poste depuis chez soi ! »

La défense plaidera la relaxe mercredi et le tribunal mettra ensuite son jugement en délibéré.
Le récit du procès Fillon, jour après jour



Photo d’illustration : Le parquet estime que François Fillon a « pris en otage son épouse et son suppléant » pour obtenir « un supplément de revenu significatif ». – PHOTOPQR/LE PARISIEN/MAXPPP

Louis Nadau

Marianne
10 mars 2020