Toute grandeur, aime-t-on à croire, est nimbée de mystère, d’abord à sa naissance ! Celle de l’ancien élève de l’ENA président de la Ve République finissante, selon toute apparence, pour céder la place à une VIe dans la roue infernale des républiques qui ne savent se fixer dans un ordre juste et durable – celle des démocraties muées en tyrannies aveugles, comme nous l’apprend Platon – a été  discutée et nous n’y insisterons guère.
Un des points notables et assez peu relevé, sur son lien particulier, par exemple, avec l’Espagne, est qu’il a honoré financièrement la qualité des combattants des Brigades Internationales ; et l’on ne l’aurait pas imaginé en effet se rendre auprès du général Franco, comme le fit Charles De Gaulle au printemps de 1970, quelques mois avant sa mort, comme on appelle en religion chrétienne traditionnelle un confesseur avant de se présenter au Juge Suprême !
Sa vie privée ne nous regarde pas, mais elle exerce toujours une influence sur la tête de l’État : l’on ne saurait se fier entièrement à une volonté enchaînée aux passions plus communes chez ses subordonnés et rien que  tolérables au tout bas de l’échelle,  car elles ont moins d’influence sur la vie sociale et la clarté nécessaire de la volonté.
Il était charitable, il faut le reconnaître. Nous en eûmes des exemples en Corrèze comme à Paris. Et son retour au pouvoir contre Le Pen démagogue qui n’en voulut jamais, car il était réaliste, montrait qu’il avait un visage en qui tous, jusqu’aux anarchistes, pouvaient se reconnaître.
Sa reconnaissance de la culpabilité de l’État français dans ce que l’on sait de la guerre dernière, suivant l’expression commune, a été d’une plus grande conséquence qu’on ne croit, mais est un fait aussi de génération et d’éducation, de perception de l’histoire. Ni Pompidou ni  Giscard, ni Mitterrand n’eussent agi de même, encore moins un De Gaulle, un René Coty ou un Vincent Auriol, pas même un Léon Blum, s’il eût été chef d’État, pourtant militant sioniste de la première heure ! Ces gens là étaient plus près des événements et avaient connu aussi une guerre civile brève mais terrible.
Sur un plan strictement politique deux fautes lui seront certainement reprochées : celle de la transformation du septennat en quinquennat qui rendait le pouvoir suprême dépendant des fluctuations électorales et la dissolution de l’Assemblée nationale qui ouvrit la porte au pouvoir socialiste. S’agit-il d’une légèreté, d’une pression de quelque « Deep State », selon l’expression heureuse américaine pour dire un État souterrain, sorte de dragon qui ferait trembler tout l’édifice ?
Ces observations ne doivent pas effacer un des mérites de son action internationale, qu’aura été le refus de participer à l’abominable guerre du Golfe et qui rendit à la France une popularité en Orient, autour de notre ministre des Affaires Étrangères, M. Dominique de Villepin, aujourd’hui perdue. Sa conduite aussi dans la ville d’Al Qods, lorsqu’il fit éclater sa colère devant les policiers locaux, formés en grande partie par des héritiers du NKVD soviétique, qui l’empêchaient de serrer les mains des Arabes musulmans et chrétiens de Palestine promis à l’expulsion et exposés, dès avant la dernière guerre mondiale, au dynamitage de leurs maisons ancestrales au fil des ans, fut appréciée et aura fait plus de bien que les fusées lancées sur la Syrie par une autre génération qui vit dans l’instant et s’y évanouit bientôt.

On voit mal nos hommes et femmes du jour développer semblable passion, car leur doctrine se résume à « Après moi le déluge ».


Son poste à la mairie de Paris obtenu en 1977, qui nous donna l’occasion de l’approcher pour constater, sur sa mine, une simplicité paysanne, fut apprécié de nos amis de l’École des Chartes fonctionnaires des Musées  la Ville de Paris – dont mes camardes érudits Jean Dérens et Alfred Fierro -, car Chirac ne chercha pas à dicter une politique démagogique et laissa les gens compétents faire leur travail. Il défendit plusieurs d’entre eux, j’en puis témoigner, poursuivis par une haine sectaire des « petits marquis » socialistes ou assimilés.
La fin de Chirac rappelé, comme tout ce qui existe, à Dieu est-elle celle d’une époque paisible qui n’aura pas été marquée par l’aventure sanglante et ethnicide libyenne, lorsque la France suivait avec Nicolas Sarkozy les impulsions de Madame Clinton ou les satisfactions du « bon boulot » accompli par telle organisation terroriste pseudo-musulmane choyée des Saoudiens, selon le mot inoubliable de Laurent Fabius. Autres temps, autres mœurs. Avec Jacques Chirac disparaît aussi une forme d’éducation qui laisse place à des hystéries à courte vue, des impérities graves, des superficialités propres à ceux qui vivent de plus en plus dans l’instant, vrais autistes politiques, et sont incapables d’utopie comme de réalisme, mais rien que d’envie et de jalousie.
Chirac avait des goûts pour le Japon et y eut, dit-on, des attaches solides et affectives, comme en parle ouvertement la presse japonaise. On voit mal nos hommes et femmes du jour développer semblable passion, car leur doctrine se résume à « Après moi le déluge ». Ils ne reflètent que le temps présent qui efface son vrai passé et rêve d’un avenir mécanisé qui les dispense de réfléchir trop profondément. Ils entrent, selon le mot du penseur allemand oublié d’une génération qui ne le mérite plus, Martin Heidegger, dans »la nuit d’un long hiver seulement éclairé par les commutateurs électriques« .
Chirac est le passé de la France, et il n’y a pas de raison à le dire victime de quelque parti-pris de dénigrement. Il est vrai que son attitude fut quelquefois rusée et non sans machiavélisme étroit, à la manière d’un personnage de roman de Balzac, comme lorsqu’il refusa de soutenir la candidature de Giscard contre la vague du front populaire qui est le Phénix renaissant de ses cendres, tous les trente ans environ, pour se terminer par un catastrophique endettement !
Il fut attaqué, caricaturé, mais qui ne l’aura point été, et qualités et vices sont ainsi mêlés dans ce sac que doivent trier ceux qui prennent en charge de trier les âmes des mortels ! Le seul point qui occupe désormais notre attention est celui de l’avenir vraiment incertain, ou dangereux  même, de la France que nos « islamicides » de l’extrême gauche à l’extrême droite, sur la musique d’orchestre des loges, poussent à la guerre civile, à un massacre « républicain », comme leurs « grands ancêtres » firent avec les Vendéens », et, pour reprendre un tour rhétorique imagé du « frère » socialiste (initié au Grand Orient de France depuis 1969) sénateur maire ex ministre de l’Intérieur M. Gérard Collomb, d’extraction simple, (né en 1947), maire de Lyon, agrégé de lettres (élève en khâgne lyonnaise du philosophe « personnaliste » chrétien Jean Lacroix, 1900-1986), et qui sait donc choisir les mots justes : « Aujourd’hui on vit côte à côte, et je le dis toujours, je crains que demain l’on ne vive face-à-face » (mercredi 3 octobre 2018).
Jacques Chirac l’a-t-il pressenti ? Il était, à notre sentiment, trop sensuel ou « distrait » – comme on disait au 17e siècle – pour cela. « Mais la miséricorde de Dieu vaut mieux que les biens qu’ils amassent. » (Sourate 43, Ornement d’or., v. 31).