Ce n’est pas un secret bien au contraire ; la crise du covid l’a seulement révélé à tous : l’industrie pharmacochimique a corrompu toute la filière avec la complicité de professionnels de santé dénués de toute morale et avides de billets verts ainsi que de médias serviles car payés grassement par cette même industrie.




Le Dr Bernard Dalbergue a été cadre de l’industrie pharmaceutique pendant deux décennies.

Dans un livre en forme de réquisitoire qu’il publie aux éditions Flammarion, intitulé « Omerta dans les labos pharmaceutiques », il décrit des pratiques interdites (experts rémunérés sans aucune transparence, essais cliniques orientés, effets secondaires passés sous silence…) et les dérives d’un marketing débridé.

« Je ne suis ni une victime, ni un croisé anti-industrie pharmaceutique (…), assure l’auteur. En 20 ans de carrière, j’ai vu le meilleur puis le pire. J’ai accompagné le lancement de médicaments révolutionnaires et aussi de fausses innovations. »

Discrètes rémunérations

À son dernier poste, Bernard Dalbergue aura eu à gérer le lancement sur le marché de nouvelles molécules. Sur un produit, il raconte : « Depuis des mois, notre entreprise rémunère discrètement un expert public pour qu’il fasse le lobbying de notre nouveau remède. (…) Les montants accordés au super VRP sont exorbitants, mais le plus grave, c’est qu’il officie comme expert auprès de l’Agence du médicament. »

Bernard Dalbergue précise qu’un des rapports écrits par cet expert, « très élogieux pour notre molécule » a permis à son laboratoire de décrocher une autorisation temporaire de commercialisation. « Le hic, continue-t-il, c’est que le docteur a omis de déclarer sa proximité avec nous. (..) Il faudra le drame du Mediator, la réforme initiée par Xavier Bertrand, et la nomination d’un nouveau directeur de l’Agence pour que ces pratiques évoluent. »

Les médecins ? « Des mômes… »

La charge est sévère mais étayée. Dans les 300 pages du livre, coécrit avec la journaliste Anne-Laure Barret, il décrit les relations parfois incestueuses que son entreprise entretient avec quelques leaders d’opinion du monde médical (souvent des médecins hospitaliers réputés qui orientent les prescriptions). Le directeur des ventes de son laboratoire, raconte-t-il, donne le « la » : « Manipuler des médecins, il n’y a rien de plus simple. Ce sont des mômes et nous sommes des dealers de bonbons. Ils n’ont pas été formés à résister à la manipulation. » Bernard Dalbergue se défend de jeter le bébé avec l’eau du bain : « La majorité des industriels pistent les effets indésirables des médicaments et n’hésitent pas, le cas échéant, à interrompre leur développement. »

Mélange des genres

En 2011, Bernard Dalbergue doit valider la rémunération d’un praticien pour une étude clinique. Problème, ce médecin est expert à l’Agence européenne du médicament, pour laquelle il gère un dossier relatif à un autre produit du même laboratoire. Le Dr Dalbergue refuse de valider le paiement. L’expert sera quand même payé. L’auteur sera peu après licencié pour des raisons officiellement sans rapport avec son refus.

Bernard Dalbergue est aujourd’hui en conflit avec son employeur sur les motifs de son licenciement. Un procès devant les prud’hommes est prévu cette année.


Photo d’illustration : Dr Bernard Dalbergue – Crédit photo : DR

6 février 2014