Le destin des entreprises privatisées ces trente dernières années diffère grandement. THOMAS SAMSON/AFP

Nous savons aujourd’hui avec certitude que toute privatisation d’entreprises initialement publiques n’est rien d’autre qu’un pillage des richesses accumulées par un peuple de travailleurs et que, in fine, la situation économique de l’entreprise privatisée se dégrade pour faire faillite ! Dans tous les cas, la qualité de service chute, l’embauche est divisée par deux, les prix quant à eux sont doublés … Sans oublier le point le plus important : les bénéfices réalisés par ces multinationales gigantesques vont finir dans des paradis fiscaux et donc échapper au Trésor public ! Pourtant, l’État continue de privatiser ses entreprises les plus rentables au détriment du peuple et au profit des mondialistes. C’est justement pour cette raison que nous affirmons haut et fort que la France irait beaucoup mieux sans gouvernement et sans politiciens qui, comme chacun le sait, n’ont jamais cessé de la brader et de la trahir.


Le gouvernement vient d’obtenir le feu vert de l’Assemblée nationale pour privatiser ADP et la FDJ, et passer en dessous de 33% du capital d’Engie.

Ce n’est pas la première fois que l’État se désengage ainsi de grandes entreprises.

Solution miracle pour les uns, aberration pour les autres, la privatisation déchaîne les passions entre les groupes à l’Assemblée. Alors que les députés viennent de valider la première étape vers le transfert d’ADP et de la FDJ au secteur privé, ainsi qu’une possibilité pour l’État de descendre sous 33% de parts dans le capital d’Engie, un retour sur quelques cas emblématiques permet de constater que le sort des activités privatisées ces trente dernières années diffère grandement, selon le secteur, le contexte mondial, l’organisation de l’entreprise avant sa privatisation, ou encore sa gestion du personnel.

Air France: entre conflits et espoirs d’éclaircie

Depuis l’ouverture de son capital, décidée début 1999 sous le gouvernement Jospin, Air France a connu une succession de difficultés, à la fois internes et externes. En 2017, malgré un chiffre d’affaires établi à 25,7 milliards d’euros, le groupe Air France-KLM présente ainsi un résultat net déficitaire, à -274 millions d’euros.

De plus, comme le rappelle le groupe, «le contexte global reste incertain» en 2018. Après un long conflit entre les syndicats et la direction, le nouveau directeur général d’Air France-KLM, Benjamin Smith, a tenu une rencontre «franche et directe» avec les représentants de l’intersyndicale d’Air France. Toutefois, le conflit reste en suspens, et les syndicats attendent une proposition pour fin octobre. De plus, sur le court terme, la hausse des coûts du carburant devrait représenter 150 millions supplémentaires en 2018. Sur le long terme, la concurrence toujours plus sensible des compagnies low-cost ainsi que l’élasticité de la demande en fonction du contexte géopolitique (attentats, accidents) fragilisent le groupe.

L’État reste aujourd’hui le principal actionnaire du groupe, avec 14,3% du capital. Les compagnies aériennes Delta Airlines et China Airlines possèdent chacune 8,8% du capital, les plaçant en deuxième position. Fin juillet, Accorhotels a finalement déclaré que les discussions tenues cet été avec Air France-KLM pour racheter les parts de l’État ne pouvaient aboutir, les conditions nécessaires n’étant «pas réunies».

Les concessionnaires d’autoroutes: le contre-exemple du gouvernement

Bruno Le Maire l’a juré, ce mercredi 3 octobre: l’État ne reproduira pas les erreurs commises lors de la privatisation des autoroutes françaises. Décidées successivement sous les gouvernements Jospin et Raffarin, la privatisation des sociétés concessionnaires met en exergue les atouts financiers immédiats, ainsi que les risques économiques futurs d’une telle manœuvre.

Côté pile, la cession complète des parts détenues par l’Etat dans les SEMCA a par exemple rapporté 14,8 milliards d’euros aux autorités en 2006, selon un rapport de l’Autorité de la concurrence. Côté face, cette rentrée financière ponctuelle s’est traduite par un manque à gagner au long cours. Les différents rapports produits sur le sujet soulignent la «rentabilité exceptionnelle des sociétés concessionnaires d’autoroutes»: l’activité de ces infrastructures étant «un monopole» et un investissement «peu risqué», les repreneurs privés ont pu tirer une manne exceptionnelle de ces opérations.

Les automobilistes ont fait les frais de cette vitalité: selon plusieurs études de l’Autorité de la concurrence (septembre 2014) comme de la Cour des comptes (juillet 2013), «les tarifs des péages augmentent bien plus vite que l’inflation depuis 2004 et ce, quelle que soit l’année concernée». Grâce à ces augmentations successives, les SEMCA se révèlent «très rentables», au détriment des utilisateurs du réseau. L’Autorité de la concurrence ajoute même que les SEMCA augmentent les tarifs des péages pour «compenser» toute baisse éventuelle de la fréquentation du réseau autoroutier.

France Telecom: l’épineuse question de la gestion du personnel

Transformé en société anonyme en juillet 1996, France Télécom a vu la part de l’État dans son capital diminuer progressivement au début des années 2000. Celle-ci passe sous la barre des 50% en septembre 2004, sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie. Il espère ainsi que ce désengagement de l’État donnera à l’entreprise la «souplesse de gestion» dont elle a besoin.

Les années suivantes, cependant, France Télécom fait la une des journaux pour un autre sujet: les nouvelles méthodes de management mises en place au sein de l’entreprise et visant à l’adapter à la concurrence entraînent une vague de suicides chez les employés. Au total, 35 salariés se sont donné la mort entre 2008 et 2009, selon les syndicats et la direction. Les rapports produits sur le sujet, en particulier par l’inspection du travail, font état de méthodes managériales «brutales», qui ont porté atteinte «à [la] santé physique et mentale» des salariés. France Télécom aurait ainsi mis en place un « climat professionnel anxiogène », visant à réduire les effectifs.

Cet exemple met en exergue le caractère épineux de la gestion du personnel lors d’un passage du public vers le privé, de la mise en place d’une nouvelle organisation et de l’adoption d’une logique de rentabilité.

En 2017, la société qui a été rebaptisée Orange présente un chiffre d’affaires de 41,1 milliards d’euros pour un résultat net de l’ensemble consolidé de 2,14 milliards d’euros. Aujourd’hui, l’État dispose encore de 22,95% du capital et 29,29% des droits de vote d’Orange. En […]


Wladimir Garcin