Deux questions nous turlupinent à la lecture de cet article et de cette révélation dont nous avions déjà parlé sur ce site étant donné que Paul-Éric Blanrue l’avait écrit dans son livre Sécession ainsi que son documentaire interview Ennemi d’État. Premièrement, comment peut-on passer en très peu de temps d’un antisémitisme et d’un révisionnisme aussi fortement ancrés à secrétaire-scribouilleur de Bernard-Henri Lévy ? Comment est-ce possible ? Deuxième question – en réalité question rhétorique qui va répondre à la première – : comment peut-on à ce point se dénigrer et s’insulter soi-même pour essayer de s’en sortir et de sauver les meubles ?! Du coup une troisième question s’impose : quel est le comportement le plus laid, le premier ou le deuxième ? Tout ceci est en réalité très cohérent puisqu’il s’agit d’une personnalité tourmentée et malsaine, ce qui ne fait que conforter et donner plus de crédit aux propos de son frère Alexandre.


Dans sa jeunesse, le romancier a participé à des publications ouvertement négationnistes.

L’Express les a retrouvées. Et publie à la suite les explications de l’écrivain.

Orléans, le nouveau roman de Yann Moix, n’en finit plus de susciter la polémique. L’écrivain y raconte comment ses parents l’auraient atrocement battu durant sa jeunesse et son adolescence. Son père a démenti les faits dans une interview à La République du Centre et son frère Alexandre a taxé l’écrivain d’affabulateur et même de « révisionniste » dans Le Parisien de ce week-end.

Le mot est fort. Mais n’a peut-être pas été choisi au hasard. En explorant la vie de Yann Moix dans la continuité du récit autobiographique qu’il vient de livrer, L’Express a en effet découvert trois publications de jeunesse de l’écrivain aux relents particulièrement antisémites et négationnistes. Elles datent de 1989-90, époque où, après ses années en Maths Sup et Maths Spé contées dans Orléans, le jeune homme était étudiant à Sup de Co Reims, avant d’intégrer Sciences Po. Il s’agit de trois numéros d’un magazine de fabrication artisanale illustrés par le futur auteur de Podium. Chaque exemplaire était vendu dix francs


Le titre donne déjà une idée assez claire des idées véhiculées par cette publication : Ushoahia, avec une étoile de David sur le « i ». Un jeu de mots sur Ushuaïa, la célèbre émission alors animée par Nicolas Hulot, et la Shoah. Sous-titre : « Le magazine de l’extrême ». Et extrême, il l’est. La couverture du numéro 1, due au « talent » de dessinateur de Yann Moix (il fait allusion à plusieurs reprises à son envie de devenir auteur de bande dessinée dans Orléans), montre un déporté jouant de la guitare devant des fours crématoires et un monceau de cadavres.

Obsession antisémite contre Bernard-Henri Lévy

Tout ce premier numéro est à l’unisson. Dès la page deux, après un paragraphe sur le négationniste Robert Faurisson, on peut lire : « Chacun sait que les camps n’ont jamais existé. » Suit une diatribe d’une violence inouïe contre Bernard-Henri Lévy : « Ce philosopheux coprophage et sodomite sioniste au nez long, dont le crâne n’a pas été rasé par les amis d’Adolf, etc. » Plus loin, une caricature de BHL en déporté est ainsi légendée : « Le véritable rêve de BHL : devenir un héros d’Auschwitz ». On a aussi droit à un dessin de Moix représentant un « Club Mickey-Auschwitz » avec un déporté au long nez et aux oreilles décollées. Un autre de ses dessins, mettant encore en scène un Juif dans un camp, se présente comme une fausse publicité pour la boisson « Coca-Créma », « official drink of the Holocaust »… Nombre de ces dessins cohabitent directement avec des tirades négationnistes.

Dans les textes, les traditionnelles têtes de turc de la presse antisémite en prennent pour leur grade : Marek Halter, « vieux père Noël rabbique et zobsédé », André Glucksmann « avec ses deux wagons de Juifs sous les yeux », ou encore Anne Sinclair, prise à partie en des termes orduriers…


Exemple de texte négationniste publié dans le numéro 2 d’Ushoahia. CP

Les deux numéros suivants de Ushoahia, bien que consacrés officiellement à la famine en Éthiopie et à l’abbé Pierre, continuent sur le même mode obsessionnel et ouvertement négationniste : « Après les six millions de Juifs soi-disant morts dans les camps en carton-pâte que la Metro Goldwyn Mayer a fait construire pour le compte de quelques Juifs avides de pognon… », peut-on par exemple lire dans le numéro 2. On trouve également ici ou là des propos grossièrement misogynes et un « conte africain »  ouvertement raciste. Des « poèmes » complètent l’ensemble, tel ce pastiche du Nougayork de Claude Nougaro, qui devient « Nougawald » en référence à Buchenwald.

Des articles signés « Auschwitz-Man »

Inutile de multiplier les exemples, le message est clair. Et rien, strictement rien, ne laisse supposer qu’il pourrait entrer le moindre second degré dans cette logorrhée. Yann Moix a eu la prudence de ne rien signer de son nom dans ces trois numéros. Nous nous sommes procuré des dessins qu’il a signés de son nom à la même époque et que certains de ses camarades ont conservés : on y retrouve exactement les mêmes caricatures de BHL et de Sartre au détail près. Le doute n’est pas possible.


Éditorial du numéro 2 d’« Ushoahia » signé « Auschwitz-Man » et illustré par Yann Moix. CP

Mais si Moix reconnaît être bien l’auteur des dessins, il conteste dans l’entretien qu’il nous a accordé (voir ci-dessous) être l’auteur des textes du journal, qui seraient l’œuvre de deux ou trois de ses camarades de l’ESC Reims. Pourtant, on identifie sans peine son écriture dans certaines pages manuscrites de la publication, notamment la très longue tirade antisémite et négationniste du numéro 1. Il assure à L’Express qu’il s’est contenté de recopier ce texte d’un tiers, son écriture étant la plus lisible de la petite équipe…

Erreur de jeunesse ?

Bien sûr, dira-t-on, Yann Moix était âgé de 21 ans au moment de ces publications amateurs. Une erreur de jeunesse ? Peut-être. Mais cela excuse-t-il pour autant cet antisémitisme ordurier ? Ce négationnisme ? Dans Orléans, justement, l’écrivain explique combien il fut précoce intellectuellement et dévorait, adolescent, des auteurs « convenables » tels que Gide et Péguy. Mais, évidemment, pas un mot sur ses penchants plus sulfureux.



Photo d’illustration :  Yann Moix sur le plateau de ONPC du 12 janvier 2019 – Capture d’écran France2

Jérôme Dupuis

L’Express

26 août 2019