Irak : double attentat de l’EI à Nassiriya, 84 morts, 93 blessés. Qui en a entendu parler ?

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En arrière-plan, une photo de Nassiriya en Irak après le double attentat, le 14 septembre 2017.


On peut parfaitement lier cet article au précédent, La diaspora face à la facture du terrorisme !, afin de démontrer l’absurdité du raisonnement qui consiste à exiger des musulmans occidentaux de réagir dès qu’il y a un attentat daechiste alors que l’on n’a vu personne réagir aux milliers d’attentats et de carnages quotidiens dans les pays musulmans à cause de l’ingérence occidentale ! Le sang des victimes est-il hiérarchisé ? Obéirait-il à une échelle de valeurs ?


Il y a moins d’un mois, le 14 septembre 2017, dans la province de Dhi Qar en Irak, aux alentours de la ville de Nassiriya, 84 personnes ont trouvé la mort dans un double attentat revendiqué par daesh ; 93 personnes ont été blessées.

84 morts, c’est plus que dans les tueries de Marseille Saint-Charles (2 femmes poignardées et égorgées) et de Las Vegas (58 morts) réunies, survenues respectivement le 1er et le 2 octobre derniers.

Pourtant, c’est peu de dire que le massacre de Nassiriya n’a pas généré autant d’émoi dans « la communauté internationale » et dans la presse occidentale que ceux de Marseille et de Las Vegas.

Dans le jargon médiatique, c’est ce qu’on appelle la loi du mort-kilomètre.

Attentat-suicide à Damas le jour de la tuerie de Las Vegas

Le 2 octobre, le jour même de la tuerie de Las Vegas, un double attentat faisait d’ailleurs 16 morts dans un commissariat de police de Damas. Ce meurtre a également été revendiqué par daesh. A l’image de l’attentat de Nassiriya quelques semaines plus tôt et en comparaison de la tuerie de Las Vegas le même jour, ce massacre n’a pas ému grand monde non plus dans les cabinets diplomatiques et dans les conférences de rédaction d’Europe et d’Amérique du Nord.

Mettre les vies humaines sur un pied d’égalité

Il est hors de question ici de mettre les horreurs et les morts en concurrence. Il s’agit bien au contraire, de mettre les vies humaines sur un pied d’égalité. Il est doublement scandaleux que ces massacres, revendiqués par la même organisation mafieuse que les deux autres, n’aient pas troublé un instant le cours du récit médiatique de l’actualité internationale.

Premièrement, parce que cette indifférence témoigne de manière flagrante du mépris avec lequel les puissances médiatiques occidentales considèrent la vie humaine hors de leur pré carré. Deuxièmement, parce qu’une telle indifférence conforte l’opinion majoritaire des populations d’Europe et d’Amérique du Nord dans une forme d’angoisse nombriliste entretenant le fantasme du choc des civilisations, en les laissant penser qu’elles sont de loin les principales victimes du réseau crapuleux de daesh. Ce qui factuellement, est faux.

Afghanistan, Irak, Syrie, Pakistan, Égypte,  l’indifférence

Dans un article publié durant l’été, peu après les attaques de Manchester, du London Bridge et de Notre-Dame de Paris, nous réalisions le décompte suivant. De janvier à juin 2017, les assassins de daesh et affiliés ont perpétré le massacre de 412 personnes en Afghanistan, 247 en Irak, 228 en Syrie, 132 au Pakistan, 108 en Égypte, et 58 en Amérique du Nord, Europe et Russie tous trois confondus. Sur ces six mois, la disproportion entre les victimes d’attentats perpétrés en occident d’une part, au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique d’autre part est flagrante.

Fabrication médiatique du choc des civilisations

Cette disproportion est criminelle. Elle déforme la réalité, laissant croire que la guerre contre daesh est une guerre opposant « l’orient » musulman  à « l’occident » chrétien/laïque, là où en réalité, athées, musulmans, chrétiens, juifs, mais aussi yézidis et membres d’autres confessions religieuses sont tous les cibles de daesh.

Petits jeux pleins de conséquences

Et ce en particulier, faut-il le rappeler, dans les pays arabes qui avaient instauré un certain équilibre, voire une certaine distance entre pouvoir théologique et pouvoir politique. Nous pensons en premier lieu à l’Irak et à la Syrie, dont les structures étatiques ont été affaiblies par les stratégies des complexes militaro-industriels occidentaux, tantôt en concurrence les uns avec les autres, tantôt travaillant main dans la main pour se partager les parts des gâteaux riches en matières premières du Moyen-orient. Des petits jeux pleins de conséquences.

La guerre déclenchée par la coalition occidentale en Irak (2003-2011), ainsi que les deux guerres civiles qui s’ensuivirent (2006-2009 et 2013-…), dont l’une est toujours en cours, ont causé la mort de plus de 180 000 personnes. L’émergence et la prolifération des milices de daesh à travers le monde, et par voie de conséquence, des crimes qu’elles perpètrent, sont en partie des conséquences de cette guerre. Barack Obama le reconnaissait lui-même dans un entretien accordé à Vice News en mars 2015.


Galil Agar – Cercle des Volontaires


La diaspora face à la facture du terrorisme !

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