Ali Belhadj


L’ex-représentant et numéro 2 du FIS, cheikh Ali Belhadj, appelle le Maroc et le Polisario à rechercher une solution pacifique. Parole sage, juste et mesurée, qui ne peut être dictée que par la raison, car on se demande après tout, combien durera cette mascarade ? 50 ans, 100, 1000 ? Pendant ce temps, les Sahraouis vivent dans des conditions déplorables ; l’insécurité et les trafics règnent dans la région et cette situation arrange les ennemis des musulmans, puisqu’elle est prétexte à toutes les manipulations et déstabilisations entre les deux peuples frères, marocain et algérien.


Dans une interview en arabe à l’agence Quds Press, le cheikh Ali Belhadj, vice-président du Front Islamique du Salut (FIS), a appelé les dirigeants du Front Polisario à rechercher avec le Maroc une solution pacifique à la question du Sahara occidental. « La séparation n’est pas la bonne décision, a-t-il déclaré, parce que si une communauté qui se sent opprimée par celui qui tient les brides de son pays voulait se séparer, il y aurait de nombreuses communautés qui appelleraient à la séparation dans les pays arabes ».

Pour Ali Belhadj, le régime algérien utilise la question du Sahara occidental à des fins politiques, pas pour « défendre une cause juste ». Il a conseillé au Polisario d’agir « avec circonspection » loin de toute « pression extérieure », et au Maroc de « reconnaître des erreurs ».

Partisan du Grand Maghreb, il a lancé un appel à la réouverture de la frontière entre l’Algérie et le Maroc, afin de « resserrer les liens de religion, de langue ainsi que les relations historiques et de parenté » entre les deux pays.

Dans une autre interview, accordée au site marocain Yabiladi, Ali Belhadj a estimé que « le roi du Maroc et le président de l’Algérie devraient se mettre d’accord pour régler toutes les questions ayant gravement nui aux relations politiques, économiques et culturelles entre les deux pays ». Il a ajouté que « la solution de la question du Sahara incombe aux responsables et non aux peuples ».

Ce n’est pas la première fois que le cheikh Belhadj prend position sur la question du Sahara occidental. En septembre 2010, il avait déjà dit qu’il doutait de l’attachement du régime algérien à l’autodétermination du Sahara occidental au nom du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Un article récent paru sur le site Mondafrique semble lui donner raison : le président Bouteflika – ou plutôt celui qui parle en son nom – aurait dernièrement promis à l’Arabie saoudite de « se montrer moins agressif dans son soutien à la cause sahraouie » … en échange d’investissements en Algérie ! Le gouvernement de la République Arabe Sahraouie (RASD) n’a pas réagi. Le peut-il vraiment ?

À noter aussi que Amar Saïdani, très controversé secrétaire général du FLN – proche de Saïd Bouteflika, frère du président – n’a pas assisté aux obsèques de Mohamed Abdelaziz, président du Polisario et de la RASD, décédé le 31 août aux États-Unis. En 2015, Saïdani avait déclaré que « le problème du Sahara était du ressort exclusif des Nations-unies ».

Ali Belhadj, qui a passé 20 ans de sa vie dans les geôles algériennes, n’a jamais reconnu la dissolution du FIS. À la question posée par Yabiladi de savoir si son parti avait encore une présence en Algérie, il a répondu : « Le FIS a été interdit légalement par la loi mais reste présent dans la société algérienne. Toute formation politique ayant un solide ancrage sociétal ne peut être anéantie par un verdict injuste prononcé par une fausse justice ». Pour le vérifier, il suffirait d’organiser en Algérie des élections véritablement démocratiques… et surtout non truquées.

Gilles Munier