Crèches : « On crée les conditions pour qu’il y ait maltraitance institutionnelle »

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Sachant que c’est ce qui a été fait pour nos anciens dans les Ehpad, il n’est pas étonnant que ce système ultra libéral mortifère ne fasse pas la même chose dans les crèches en maltraitant cette fois-ci les enfants ! Notre société est profondément malade…


Une directrice de crèche raconte son quotidien, et la difficulté croissante à pouvoir bien faire son métier.

Elle participera au cortège parisien, ce jeudi, contre une ordonnance en préparation, modifiant les conditions d’accueil.

Le collectif « Pas de bébés à la consigne », qui rassemble des personnels de la petite enfance, appelle à une journée de grève ce jeudi. « Ce que nous craignions est en train de se confirmer », explique la voix fatiguée, Birgit Hilpert, l’une des porte-parole, dénonçant « une nouvelle attaque contre le secteur de la petite enfance ».

Pour l’instant, le texte qui l’inquiète n’est pas définitif. Il s’agit d’un projet d’ordonnance, dans le cadre de la loi d’août 2018 pour un État au service d’une société de confiance (Essoc). « La version que nous avons reçue vendredi dernier est rédigée de façon très floue, mais ne laisse rien présager de bon : ils veulent baisser le taux d’encadrement des enfants, diminuer encore la part de personnel non qualifié, et réduire le nombre de mètre carré par enfant …» À dire vrai, ces mesures ne la surprennent qu’à moitié, tant elles s’inscrivent dans la lignée du décret de 2010 qui avait entraîné une forte mobilisation à l’époque. Voici le témoignage de Laure (1), directrice d’une crèche associative à Paris, qui raconte les changements ces dix dernières années.

« Je suis directrice de crèche depuis le début des années 2000. J’ai vraiment vu l’évolution. La porte a été ouverte au privé, alors que pendant longtemps, les crèches étaient soit municipales soit associatives. On a vu arriver de gros mammouths du privé…. Et l’enfant est devenu un produit derrière un beau discours.
Tout a été chamboulé en 2010 avec le décret de Nadine Morano. On nous impose des taux de remplissage élevés, nous obligeant à « bourrer ». Quitte à faire du surbooking. Oui, oui, du surbooking. Pour les enfants, cela veut dire en accepter plus dans la crèche que ce que prévoit l’agrément. Pour les structures de moins de 41 enfants, on a le droit d’inscrire 10% d’enfants en plus. C’est 20% pour les grosses structures…

« Douces violences »

Dans certains secteurs géographiques, on peut vite se retrouver dans une course à l’enfant : il faut trouver des familles pour remplir les trous quand l’un n’est pas là tel matin ou tel après-midi afin de ne pas laisser un berceau vide… Évidemment, cela a des conséquences très concrètes. C’est une surcharge de travail pour les équipes. Des choses toutes bêtes comme devoir changer les draps plusieurs fois dans la journée pour accueillir untel ou untel. Cela enlève aussi des moments de répits, permettant aux professionnelles de donner plus d’attention à un petit groupe. Mais surtout, c’est très déstabilisant…

(1) Le prénom a été changé.


Image d’illustration :  Photo MYCHELE DANIAU. AFP

Marie Piquemal
Libération

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