C’est extraordinaire le culot que peuvent avoir ces dirigeants politiques qui, lorsqu’ils se font attraper la main dans le pot de confiture et doivent passer par la case prison, jouent tous quasi systématiquement la carte de la santé fragile. Pourtant, la veille ils étaient encore à la tête de leur municipalité et dirigeaient les conseils municipaux de villes de plusieurs dizaines de milliers voire centaines de milliers d’habitants. Sans parler, bien sûr, des présidents qui dirigeaient des pays entiers comme Ben Ali ou Moubarak. Même Tariq Ramadan nous a fait le coup en expliquant qu’il était totalement paralysé et qu’il ne pouvait marcher sans déambulateur ; et pourtant, à sa sortie de prison, on l’a vu marcher sans aucune difficulté. On imagine d’ailleurs que si sa mise en liberté lui est accordée par le tribunal, vous verrez très vite Patrick Balkany diriger les conseils municipaux de Levallois, voire se représenter à la prochaine élection !

Ceci est une insulte à la raison, à la morale, au peuple et bien sûr à la justice qui, comme par hasard, dans ces cas précis n’est pas très sévère. Par contre, dès qu’il s’agit d’un citoyen lambda, les jugements sont beaucoup plus sévères et les peines prononcées applicables immédiatement.


Le maire de Levallois-Perret, incarcéré depuis le 13 septembre, a plaidé sa cause ce mardi devant la cour d’appel de Paris pour obtenir sa remise en liberté.

La décision sera rendue lundi prochain.

La prison, ça casse un homme. Patrick Balkany en fait l’expérience depuis plus de cinq semaines. Ce mardi, l’élu déchu de Levallois-Perret a paru très atteint dans le box de la cour d’appel de Paris, qui examinait sa demande de mise en liberté. Du moins la première, celle qui concerne le mandat de dépôt ordonné lors de sa condamnation pour fraude fiscale prononcée le 13 septembre.

Amaigri, les traits tombants et le regard moins vif que d’habitude, celui qui s’est illustré des décennies durant par sa gouaille et son tempérament éruptif a semblé très fatigué. Et même, l’espace de quelques secondes, au bord du malaise.

« Je suis épuisé, a-t-il clairement lancé aux magistrats. Hier, je suis sorti pour la première fois en promenade avec mon compagnon d’étage. Au bout de trois minutes, j’ai failli tomber dans les pommes. »


« Je demande simplement un peu d’humanité »

Quant à ses arguments pour obtenir l’autorisation de quitter sa cellule de la maison d’arrêt de la Santé, ils sont simples : « Mon âge et mon état de santé », résume-t-il. Revenant sur une opération chirurgicale et d’autres soucis de santé, Patrick Balkany assure « souffrir le martyre » et veut se soigner chez lui. « Je demande simplement un peu d’humanité, je voudrais me soigner, sortir le plus rapidement. »

« Où iriez-vous si la cour décidait d’accorder votre remise en liberté ? » l’interroge le président. « À Giverny, avec mon épouse », répond-il sur le ton de l’évidence. Et Levallois-Perret ? « Les élections ont lieu dans plusieurs mois. Pour le moment, il y a lieu de finir mon mandat. J’ai 71 ans, je ne suis pas sûr du tout de me représenter, le problème pour moi sera de préparer ma succession. »

Le calendrier judiciaire risque de l’y contraindre. Déjà, le procès d’appel pour le volet fraude fiscale est programmé du 11 au 18 décembre prochain.


« Risque de fuite »

Le parquet s’est opposé à la remise en liberté de Patrick Balkany à cause du « risque de fuite » qui se fonde sur « les intérêts de M. Balkany à l’étranger ». Mais aussi, toujours selon l’avocat général, à cause de la « personnalité » de l’intéressé…


Photo d’illustration : Patrick Balkany est détenu à la prison de la Santé depuis sa condamnation pour fraude fiscale le 13 septembre dernier. LP/Guillaume Georges

Valérie Mahaut

LeParisien

22 octobre 2019