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Et dire qu’un grand brasseur figure parmi les sponsors officiels de l’Euro 2016, Calsberg pour ne pas le nommer ! Ce chaos entre supporters alcoolisés était prévisible, ce qui ne saurait exonérer les responsables locaux de toute responsabilité. Rappelons que l’UEFA a privatisé les abords des stades sous le prétexte fumeux de la sécurité alors que les précédentes compétitions ne se déroulaient pas sous la menace terroriste et privatisaient quand même les abords des stades, dans le seul but d’offrir aux sponsors l’exclusivité des ventes. Argent quand tu domines le monde…

Si on ajoute à cela l’incompétence ahurissante de nos élus, dont Caroline Pozmentier en ce qui concerne la mairie de Marseille, on ne peut que craindre le pire pour les jours à venir. D’autant que personne ne veut limiter la vente des boissons alcoolisées, alors qu’il suffit d’observer les scènes de carnage à Marseille pour être saisi par les milliers de bouteilles, canettes et cartons des plus célèbres marques de bière, jonchant le sol, ça et là. Peut-être, réagiront-ils au 10e mort !


Qui sont les fauteurs de trouble ?

15 000 Anglais et 12 000 Russes étaient attendus samedi soir au Vélodrome. Des supporteurs plus jeunes que d’habitude côté anglais pointe une source policière locale : « Issus de petits clubs, ils n’ont pas l’habitude des déplacements internationaux. Pour eux, la France, c’est open bar, l’alcool y est beaucoup moins cher que chez eux. » Parmi les belligérants, certains avaient un billet pour le match, d’autres avaient seulement prévu de se rendre dans la fan-zone. Sont venus s’ajouter des Marseillais, revendiquant leur identité. « De nombreux supporteurs de la ville s’étaient donné rendez-vous pour taper des Anglais », confirme un témoin.

Officiellement, les 3 254 hooligans anglais « purs et durs » fichés par la police avaient été privés de passeport et donc interdits de séjour en France. Côté Russes, une liste de seulement 30 interdits de séjour a été établie. Même s’il n’est pas exclu que certains aient quand même passé la frontière… ou qu’ils soient venus en voisins de la Côte d’Azur. « Ce sont bien des hooligans, violents et déterminés », affirme une source policière locale.

Benoît, caméraman à Marseille, a vu lui « beaucoup de supporteurs lambda ». « Ils n’avaient ni battes ni barres de fer. D’ailleurs, je n’ai pas vu de vitrine cassée, de mobilier urbain  dégradé, raconte-t-il. C’est juste la façon qu’ont les Anglais de s’éclater. Ils investissent la ville, boivent. Ça dégénère dès que les flics s’en mêlent et évacuent les terrasses. »

Ces violences étaient-elles prévisibles ?

Oui. Ce match figurait au nombre des cinq rencontres « à risques » qui « bénéficient de dispositifs de sécurité renforcée », précise le ministère de l’Intérieur. En tout, 1 300 policiers étaient mobilisés. Le dispositif mis en place dès vendredi soir était donc adéquat, avec notamment la présence dans le centre d’unités pouvant intervenir vite. Les bagarres d’hier ont d’ailleurs été dispersées en l’espace d’une heure et demie. « Ce n’était pas évident dans ce lieu public, situé en centre-ville, un samedi, il fallait agir avec discernement », insiste- t-on Place Beauvau. « Il n’y a pas de constat d’échec », assure le commissaire Antoine Boutonnet, chef de la division de lutte contre le hooliganisme.

« Nous avons recruté 650 agents de sécurité privés pour surveiller la fan-zone et installé une quarantaine de caméras supplémentaires en plus des 825 déjà en place, pointe de son côté Caroline Pozmentier, l’adjointe au maire de Marseille déléguée à la sécurité publique. Et tous les supporters venus en bus ont été encadrés jusqu’au stade. Le problème, soupire- t-elle, ce sont tous ceux qui sont venus sans billets, par leurs propres moyens. » Des policiers anglais et russes travaillent par ailleurs avec les Français, pour identifier les éléments les plus violents. « Mais beaucoup de supporteurs russes ou d’Europe de l’Est, jeunes, ne sont pas encore fichés », décrypte Philippe Broussard, auteur de « Génération supporteurs » (Ed. Sopress). Une source policière marseillaise, elle, est bien plus critique : « On ne nous a pas autorisés à prendre en charge les supporteurs qui arrivaient en train, pour les mettre dans des bus jusqu’aux stades. On aurait pu organiser des arrivées séquencées. »

Marseille, un chaudron ?

1998 est encore dans tous les esprits. A l’époque, sur fond de rencontre Angleterre – Tunisie, la bagarre avait fait rage entre Anglais et Marseillais. « Les Anglais ont eu le sentiment d’être tombés dans un traquenard, ils en ont gardé un goût amer », pointe Philippe Broussard. Et côté Marseillais, 1998 est resté comme le jour où Marseille a su résister aux Anglais. Ce que dément le commissaire Antoine Boutonnet. « C’est un effet mémoire de la presse qui ne concerne pas les groupes de supporteurs. »

Fallait-il interdire la vente d’alcool ?

« Non. Quand on organise un événement comme l’Euro, c’est aussi pour avoir des retombées économiques, rétorque Caroline Pozmentier. Et de toute façon, il n’y aurait aucun intérêt à interdire l’alcool, des sauvages comme ça peuvent en trouver n’importe où. » L’Italie l’avait fait pourtant, en 1990. Cela avait permis de limiter les débordements. Pourtant, depuis vendredi soir, deux arrêtés interdisent de transporter et de consommer de l’alcool à bord des trains comme dans les gares. Par ailleurs, tous les bars sont fermés dans les TGV, alors que 3 à 4 rames devaient ramener des supporteurs vers Paris après le match. « Le vrai problème reste la suralcoolisation inquiétante des supporteurs », pointe le commissaire Boutonnet.

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