Gavin Bowd est le traducteur écossais de Michel Houellebecq. Il a écrit un livre, publié en septembre 2016 aux éditions des Équateurs, Mémoires d’outre-France, dans lequel il nous explique que son ami Michel, fortement alcoolisé, proposait de « faire voter Marine Le Pen » et « appelait à la guerre civile contre les musulmans », rien que ça. Il n’a jamais nié ces propos d’une gravité hallucinante, des propos qui n’ont pas empêché Macron de lui décerner la Légion d’honneur.

Peut-on imaginer une seconde que son nom puisse figurer sur la liste de la promotion du 1er janvier 2019 de la Légion d’honneur s’il avait appelé à voter Marine Le Pen et à la guerre civile contre les juifs ?!! Nous pensons sans aucune exagération qu’il aurait été décapité.

En réalité il est tout à fait logique que ce triste personnage, qui ressemble curieusement de plus en plus à Jeanne Calment, se retrouve dans cette promotion avec l’équipe de France de football ! La symbolique est extraordinaire.

Pour finir, parlons sérieusement littérature, il suffit juste de rappeler les propos de Céline – l’écrivain pas la chanteuse – au sujet des breloques distribuées par l’État :


Tous ceux qui m’ont volé sont, au moins, commandeurs de la Légion d’honneur. Autrefois, on pendait les voleurs aux croix. Aujourd’hui, on pend des croix aux voleurs. Et chacun est content. Merveilleux pays que ce pays de France.


Les plus grands criminels, voyous, voleurs et escrocs de la république ont tous leur petit pin’s accroché à leurs vestes. La liste est tellement longue qu’il est en réalité déshonorant de porter une telle breloque ! Jacques Servier était Commandeur, le délinquant sexuel et patron de Skyrock Pierre Bellanger a eu lui aussi sa Légion d’honneur, le flic voyou Michel Neyret, Harvey Weinstein, les pédophiles Roman Polanski et Woody Allen, Patrice de Maistre, un nombre incalculable de dictateurs africains…

En réalité Michel Houellebecq est très friand des honneurs de la République décadente, ce qui fait de lui tout, sauf un grand écrivain respectable.


Dans « Mémoires d’outre-France », l’universitaire écossais Gavin Bowd, traducteur et ami de l’auteur de « Soumission », raconte une soirée étonnante avec « l’enfant terrible des lettres françaises ». Extrait.

Gavin Bowd a beau être un universitaire écossais, il a choisi la veille de la Fête de l’Huma pour publier ses « Mémoires d’outre-France » (Equateurs). Ce n’est pas tout à fait un hasard. Non seulement sa vie a toujours été placée sous le signe de Marx, mais pour cet ami et traducteur admiratif de Michel Houellebecq, c’est l’occasion de se demander comment nos sociétés sont passées, en quelques décennies, « de la lutte contre le capitalisme à la lutte contre l’islam ».

Gavin Bowd aurait sans doute eu de quoi disserter longuement sur ce sujet d’intérêt général. Il a préféré nous faire éprouver sa perplexité en racontant son propre parcours dans un français impeccablement saupoudré d’humour (écossais ?). C’est celui d’un grand francophile au profil atypique qui, après une adolescence de « teenage stalinist », a par exemple traversé la Manche pour venir écouter Georges Marchais, voyagé en Europe de l’Est, consacré sa thèse au poète communiste Eugène Guillevic, et organisé à la Haçienda, la mythique boîte de nuit de Manchester, le premier colloque sur le situationisme.

Son livre, qui évoque abondamment ses liens avec Michel Houellebecq, et dont « l’Obs » publie ce jeudi 8 septembre plusieurs extraits en exclusivité, s’ouvre sur une scène étonnante : le récit du soir où l’auteur de « Soumission » a dit vouloir appeler à la guerre civile et à voter Marine Le Pen. Le voici.

« Qu’est-ce que je fais ici ? »

« Treizième arrondissement de Paris, janvier 2013.

Nous sommes réunis dans un appartement des Olympiades. Dehors, il fait déjà nuit. Comme panorama nous n’avons que les lumières du 13e arrondissement. Michel Houellebecq se concentre sur l’écran de son téléviseur et une bouteille d’absinthe : elle vit ses derniers moments. Les images sont retransmises d’un des nombreux conflits qui déchirent le Moyen-Orient.

– Y z’ont tué Osama ! ironise l’enfant terrible des lettres françaises.

Finalement j’entends des bruits en provenance de la cuisine. Michel n’est donc pas seul, malgré le départ de sa femme Marie-Pierre et la disparition de son corgi chéri, Clément. Une très jeune femme émerge, vêtue d’une minijupe noire et courtissime. Inès fait des études de lettres à la Sorbonne.

À table, l’alcool coule, en attendant une livraison de fruits de mer. Un ragoût d’agneau cuisiné maison leur succédera. Michel discourt sur sa première obsession, le prix Nobel de littérature. Les triomphes récents de Le Clézio et de Modiano risquent de faire capoter son grand rêve de consécration mondiale. Ayant dénombré les ennemis qui chercheraient à lui nuire, Michel se tourne vers sa deuxième obsession, qui ne lui vaudra certainement pas le prix Nobel de la paix :

 « Je vais donner une interview où j’appellerai à une guerre civile pour éliminer l’islam de France. Je vais appeler à voter pour Marine Le Pen ! »Inès objecte à ce ralliement politiquement incorrect qui semble gagner d’autres intellectuels parisiens jadis de gauche : Renaud Camus ou Robert Ménard…

Michel répond du tac au tac :

– « Le Front national n’est pas un parti d’extrême droite. Ce n’est pas Drumont. Ce n’est pas Daudet… »– Mais tous tes amis sont des gauchos bobos qui votent Mélenchon. Tu n’auras jamais le Nobel avec des propos pareils !Après une demi-heure, la fée verte a disparu, cédant la place à une bouteille de côtes-du-rhône que j’ai portée depuis le faubourg Saint-Denis. Les fruits de mer arrivent enfin. Il y en a beaucoup.

Je remonte l’avenue de Choisy, devant les restaurants de Chinatown, vers la place d’Italie, en réfléchissant à cette rencontre avec un ami de vingt ans que j’ai découvert grâce au Parti communiste français. Comme Jean-Louis Aubert le chantera l’année suivante, je me demande : « Qu’est-ce que je fais ici ? »

Comment sommes-nous passés du communisme au Front national, de la lutte contre le capitalisme à celle contre l’islam, à ce délire idéologique alimenté par l’absinthe ? Y aura-t-il cette interview, cet appel à voter Le Pen et à une guerre civile ? Je redescends dans la Ville lumière et, chemin faisant, dans ma mémoire. »

Gavin Bowd, bio express

Né en 1966 dans le Leicestershire (Angleterre), Gavin Bowd a grandi à Galashiels (Ecosse). Maître de conférences en littérature à l’université de St. Andrews, il est poète, romancier, essayiste et traducteur.

Paru dans « L’Obs » du 8 septembre 2016.

Photo d’illustration : Michel Houellebecq à Barcelone, le 28 avril 2015, pour la présentation de son roman « Soumission ». (ANDREU DALMAU/SIPA)

Grégoire Leménager