Cet article a au moins le mérite d’inviter à la réflexion et non à condamner immédiatement l’adversaire politique, ce qui est une chose de plus en plus rare dans le paysage politico-médiatique français dégénéré. Rappelons également qu’une des bases de la réflexion d’un commissaire ou d’un enquêteur de police, payé par le contribuable, pour élucider des énigmes est : cui prodest ou à qui profite le crime. C’est véritablement le b.a.-ba de l’enquête de police (avec l’arme du crime et le mobile).

Le slogan le plus scandé en Algérie, celui que vous pourrez entendre dans tous les stades de foot ou dans les manifestations, est : « Pouvoir assassin » ! Le peuple algérien accuse d’ailleurs la France d’avoir soutenu la junte criminelle, notamment lorsque Charles Pasqua était aux affaires ! Tout le monde sait d’ailleurs que ce dernier était un très proche des réseaux mafieux et du SAC comme en témoigne Monsieur Gérard Fauré, le prince des nuits parisiennes, un des plus grands dealers de cocaïne de l’époque, qu’il a connu personnellement. Ce membre du grand banditisme qui a connu intimement Zampa et Francis le Belge explique sur C8 que le parti politique du RPR a été financé par le trafic de cannabis marocain, et ça passe comme une lettre verte à la poste !

À partir du moment où on est dirigés par des criminels et des assassins, tout est possible et ce n’est certainement pas cette petite affaire strasbourgeoise qui risque de choquer tout initié aux arcanes du pouvoir occulte.



Les faits :

Le 11 décembre au soir, la ville de Strasbourg a été violemment secouée juste avant la période des fêtes par un acte de violence commis par un homme de 29 ans, fiché, bien connu de la police locale puisque condamné 27 fois par la justice. A 19h50, l’homme ouvre le feu sur le site du marché de Noël. Jusqu’à 21h00, des échanges de tirs ont lieu avec les militaires mobilisés dans le cadre de l’opération Sentinelle dans plusieurs points de la ville. Blessé, le suspect s’échappe en taxi en menaçant le chauffeur. Il a été condamné plusieurs fois, en France et en Allemagne, et a fait l’objet d’un signalement à la DGSI pour radicalisation et faits de prosélytisme en prison. Il aurait purgé toutes ses peines. Dans sa folie furieuse, le meurtrier tue 3 personnes et en blesse une dizaine. Par respect pour les victimes, il ne s’agira pas ici d’instrumentaliser ce fait dans le cadre de la révolte des Gilets Jaunes, qui va certainement pâtir de ce fait violent.

Complotisme, thèse officielle… Et si on sortait du dualisme et qu’on se mettait à penser ?

Sur la toile, des thèses conspirationnistes diverses et variées sont avancées, mettant en avant l’excellent timing de cette attaque, qui survient au bon moment pour casser la révolte des Gilets Jaunes. Les plus enhardis mettent directement en cause le Président de la République et le gouvernement, les services secrets français et d’autres théories faisant état d’un complot, d’une conspiration et d’une implication de l’exécutif dans cette histoire.

Quoi qu’il en soit, il n’est pas ici question d’accréditer ces thèses, ni d’ailleurs de les infirmer. Votre serviteur n’est pas là pour dire où est la vérité, mais il s’évertue à déterminer la manière dont ces événements prennent place dans le tintamarre médiatique. Je le redis : je fais de l’explication analytique d’une situation, je ne prends pas parti pour une thèse ou pour une autre. La première chose qu’il convient de noter, c’est que cette attaque est qualifiée « d’attentat terroriste » depuis que l’on sait qu’il y a eu une attaque; et son auteur est affublé d’un qualificatif désormais habituel : c’est un terroriste. Tout comportement délictueux et contraire à la loi est-il un acte terroriste ? Non. Lorsque vous vous rendez au marché et que vous décidez de tirer dans la foule, vous n’êtes pas nécessairement un terroriste, il est prématuré et peu professionnel d’établir le lien d’emblée sans que cela ne soit justifiable ni justifié. Si on décrypte analytiquement ce qu’est un terroriste avec méthode : Le terroriste est un animal pathologique dont l’objectif est de diffuser un message en commettant un acte d’une violence frappante canalisant l’attention sur lui. Le terroriste n’est d’ailleurs pas un animal solitaire, il s’organise dans des structures et des organisations qui poursuivent un but précis et qui coordonnent des actions violentes qui diffusent un message politique ou idéologique (Corse indépendante, Anarchisme pour tous, Antiparlementarisme, fondamentalisme religieux ou puritanisme…). Le terrorisme est donc une action conditionnée par la finalisation qu’elle poursuit : l’acte terroriste est commis à dessein pour diffuser un message en profitant de l’attention attirée par la violence d’un acte.

Ici, l’individu qui a commis cet acte a incontestablement commis un crime violent, très violent, qui semble se présenter à un moment qui peut certes profiter à certains. Mais quand vous regardez n’importe quel fait faisant la une des médias, il y a toujours quelqu’un pour tirer profit de la focalisation de l’attention. Certains conspirationnistes de haut vol ont même avancé que la révolte des gilets jaunes était un écran de fumée destiné à cacher la signature du Pacte Migratoire de l’ONU. Vous voyez. Tout fait mobilisant l’attention en cache un autre. Il ne faut pas confondre la question « à qui profite le crime ? » et la question « qui est le commanditaire et l’auteur du crime ? ». De la même manière que dans la vie il vous est peut-être arrivé de recevoir par erreur un versement, disons de la CAF, qui vous profite sans que vous n’en soyez l’auteur ou le commanditaire, il arrive souvent dans la vie que des faits aient lieu au moment opportun pour quelqu’un. Plus le fait est frappant et plus il bénéficie d’une couverture large, plus il bénéficie d’une couverture large, et au plus il va occulter de faits qui passent à la trappe, profitant à plus de monde à mesure que le fait a de l’impact. En bref, il faut bien avoir à l’esprit que ce n’est pas parce que le crime profite à quelqu’un que le profiteur en est nécessairement l’auteur. Ce n’est pas parce que l’attaque risque de réduire l’impact de la révolte des Gilets Jaunes que le commanditaire de cette attaque est l’exécutif. On pourrait tout aussi bien dire que l’attaque occulte la signature du Pacte des Migrations et que c’est donc l’ONU qui l’a commandité, ou que cela étouffe la diminution de l’Exit tax par le Sénat, faisant de ce dernier le commanditaire de l’attaque. Non, il faut sortir de cette logique en courte focale et irrationnelle, et considérer l’imbrication des événements avec les situations.

Le terrorisme : celui qui en parle le mieux, c’est François Hollande[1]

Venons-en maintenant au vif du sujet. Depuis le 11 Décembre au soir, les médias et les chaînes d’information en continu ont fait un énorme focus sur cet « attentat terroriste ». Si j’étais un stratège terroriste, j’aurais commandité une attaque en pleine manifestation des gilets jaunes à Paris, lors de l’acte V par exemple. Ici, l’auteur de ces crimes a manifestement manqué de sel et d’iode dans son enfance (c’est une manière élégante de le traiter de crétin) puisqu’il commet son crime à Strasbourg en début de soirée, avant les vacances et en pleine semaine. Si son but était de commettre un acte de grande ampleur diffusant un message idéologique ou politique, ce sauvage s’y est vraiment mal pris. Clairement, il s’agit ici de dire que l’attaque qui a eu lieu n’était pas un attentat, et que le criminel qui en est l’auteur n’était ni un grand stratège, ni un terroriste. La presse rapporte que des témoins auraient mentionné le fait que le criminel pourrait avoir crié « Allah akbar » avant l’attaque. Pour autant, la véracité de ce fait est questionnable, compte tenu des circonstances de l’attaque, qui s’est tenue dans plusieurs lieux sur plusieurs heures. Et quand bien même ça serait vrai, il est possible pour n’importe quel être humain de perpétrer une attaque sauvage en criant, le faire au nom de telle ou telle cause, cela n’atteste pas du caractère terroriste de l’attaque. Le terrorisme diffuse un message, ici aucun message n’a vraiment été diffusé, ni contre Noël, ni contre la France, ni contre Strasbourg. De plus, la presse avait déjà sorti les qualificatifs avant que cette information ne soit rapportée, donc s’il s’avère que c’est un attentat terroriste, cet article vaudra pour la hâte avec laquelle la presse a qualifié cette attaque de « terroriste » sans aucune preuve. C’est un meurtrier qui a commis une attaque, chapeautant une longue carrière de crimes puisqu’il a fait l’objet de 27 condamnations. Plutôt qu’à un terroriste, on a plutôt affaire à un récidiviste chevronné. D’ailleurs le cas d’un fait de violence n’est pas isolé, cette année a en effet été marquée par la multiplication des attaques au couteau[2] dans toute la France à l’été. Si on veut faire un parallèle, une attaque au couteau a été perpétrée à Paris[3], faisant 4 morts, sans que le qualificatif de terroriste ni d’attentat n’ait été employé par qui que ce soit.

Il semblerait de fait que les termes de terroriste et d’attentat soient devenus une monnaie courante, employée à dessein dans certains cas et occultés dans d’autres cas. Parfois, une attaque en centre-ville est un attentat, et puis parfois c’est un fait violent sans connotation autre qu’un pur acte de violence. Pourquoi ce distinguo ? Ma réponse, c’est la réponse de François Hollande :

« On est en train de faire des confusions. C’est-à-dire que celui qui n’est plus dans la norme, (…) qui peut parfois même être au-delà de la loi peut être assimilé à un terroriste, ce qui est une atteinte aux libertés. Je crois qu’il y a une espèce de mouvement politique qui donne le sentiment qu’il y a une menace et que le pouvoir y répond. Il y a une intention politique qui lui donne un sens qui n’est pas le bon et une portée qui en fait un acte terroriste justifiant l’intervention sécuritaire du pouvoir et son efficacité. Deuxièmement, il y a une forme de dérive sécuritaire qui justifie des lois répressives justifiées par une menace. On a suffisamment à faire avec le terrorisme réel pour qu’on n’aille pas en inventer qui relève d’autres procédures. (Le pouvoir l’invente) pour montrer une efficacité qui sur d’autres terrains, notamment économique et social, qui n’est pas au rendez-vous. »

Que nous dit François Hollande sinon que l’exécutif a une tendance fâcheuse à employer le terme de terroriste et d’attentat pour justifier une intervention sécuritaire et pour faire étalage d’une efficacité qui ne saute pas aux yeux dans les domaines économique et social? Rien de moins, l’ancien Président de la République, avant d’arriver à l’Élysée, nous disait donc que « terrorisme » et « attentat » sont dans certains cas des termes employés à dessein pour donner le sentiment qu’une menace coordonnée et conjuguée existe (une force du mal) face à laquelle l’exécutif se montre efficace (le super-héro). Tout est dit là-dedans, et je pose la corrélation :

Cette attaque qui a eu lieu à Strasbourg n’est ni un attentat, ni perpétré par un terroriste. Déjà parce que d’une part, il n’y a aucune finalité à cette attaque, c’est un acte de violence qui n’a pas porté de message, et parce que le criminel n’est apparemment rattaché à aucune organisation terroriste puisque l’attaque n’a été revendiquée par aucune d’elles. D’ailleurs même s’il y avait eu revendication, il est envisageable de garder le droit d’émettre des réserves sur les revendications de l’État islamique. Puisque c’est une organisation qui tue, qui viole, qui assassine, qui commet des meurtres de masse et qui décapite et égorge des personnes humaines, pourquoi ne seraient-ils pas aussi des gens capables de mentir, profitant d’un fait criminel dans un pays pour se faire de la publicité à peu de frais et pour se parer d’une capacité d’action qui ne serait pas réelle ? La question se pose évidemment. Il faut garder à l’esprit que ce qui atteste du caractère terroriste d’une attaque, c’est la préméditation qui prévoit le moyen de mettre en œuvre une fin : c’est-à-dire la réflexion et la planification d’une action dans un but donné et affiché. Ici, il ne semble y avoir aucun but, ni aucune planification, et aucune revendication par un groupe. Il y a un multirécidiviste qui se livre à un énième fait de violence. Si terrorisme il y avait eu, il y aurait eu une stratégie pour l’attaque et pour le message, comme à Nice où on a attaqué le 14 Juillet, ou le 8 Janvier où on a attaqué un siège de journal. Car la communication n’est pas le seul apanage des hommes politiques. Cette attaque sanglante pose une question, celle de savoir quand est-ce que les fichés S seront encadrés dans un statut particulier dès lors qu’ils sont identifiés comme dangereux. Une autre en découle : comment peut-on, après 27 condamnations, être à 29 ans dans une situation telle qu’on peut détenir une arme, vaquer en liberté, et être fiché S avec un tel casier sans qu’aucune mesure ne soit prise ?


Sébastien Rihani


Seuls les propos tenus dans cet article, qui concerne une actualité encore chaude et susceptible d’évoluer, sont de ma responsabilité. Les propos qui pourront y être greffés par les différentes publications et les différents partage en réseau ne me concernent pas.

Références

[1] La Télé Libre, Affaire Tarnac : pour Hollande, le gouvernement invente des terroristes

[2] Sputniknews, Coups de couteau, viols et rixes mortelles, en France, c’est l’été meurtrier

[3] La Dépêche, Agression au couteau à Paris : 4 blessés graves, l’auteur en garde à vue