Le grand Bruce, par Lotfi Hadjiat

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Ça y est, c’est la consécration ! Je passe à la télévision française, cette vieille putain de télévision française. C’est Bruce, le grand Bruce qui m’invite. J’arrive aux studios mais les locaux sont étrangement vides. Puis, je vois venir vers moi une espèce de grande masse gélatineuse dodelinant à qui mieux-mieux et souriant de-ci de-là. « Bonjour, j’ai rendez-vous avec Bruce Touça », dis-je au loukoum géant avarié. « Toussint Bruce, c’est moi ! », me répondit cet amas de graisse de porc compressée. « Ah, je ne vous avais pas reconnu… C’est un peu désert chez vous », lui fis-je remarquer en regardant les locaux vides. « C’est normal, c’est shabbat », dit-il avec grande simplicité, car le grand Bruce est un homme simple.

« Alors !…, par quoi voulez-vous que nous commencions ?», fit-il après qu’on se soit assis confortablement dans un grand fauteuil Chesterfield. « Par la réduction transcendantale husserlienne », dis-je au quintal souriant. « … réduction transcendentaire… ? Vous avez des problèmes dentaires ? », fit le bêta barbu béat. « Non non, parlons plutôt politique… », marmonnais-je. Bruce toussa et me posa la première question. « Êtes-vous ‘spirationniste et ‘tisémite ?», me demanda-t-il gravement. « Ah ! Comme vous y allez… Je pense que des forces démoniaques dirigent ce monde… », lui répondis-je. « Qu’est-ce qui vous paraît démoniaque dans ce monde, ou plutôt qu’est-ce qui vous paraît incompréhensible au point de vous paraître démoniaque ? », me dit-il d’un sourire satisfait. « Ce qui me paraît incompréhensible au point de me paraître démoniaque, c’est que vous soyez journaliste », lui répondis-je sereinement. « Un journaliste doit nécessairement être conspirationniste pour être un bon journaliste, selon vous ? », répliqua-t-il d’un sourire toujours satisfait. « Vous n’êtes pas un mauvais journaliste, vous n’êtes pas journaliste du tout », lui précisai-je. « Ah ! Première nouvelle ! Alors qui suis-je monsieur le philosophe ? », fit le rondouillard souriant. « Un agent de propagande bien gras et bien servile… une ordure de collabo dégoulinante de lâcheté… », lui dis-je. « Un journaliste doit-être nécessairement un contre-pouvoir pour être journaliste, selon vous ? », fit l’homme barbapapesque de son inébranlable sourire niais se croyant plein d’ironie subtile. « Êtes-vous contre le mensonge ? », lui demandai-je. « Qu’est-ce que vous appelez mensonge ? Qu’est-ce que la vérité ? », dit-il toujours vautré dans son sourire mécanique. « La vérité c’est que les maitres de ce monde sacrifient des enfants à Satan avec la complicité de la caste médiatique, qui fait passer ces démons pour des bienfaiteurs exquis », lui répondis-je en toute simplicité. « Et évidemment vous avez plein de preuves à m’apporter… », fit-il d’un soupir et d’un haussement de sourcil. « Si on vous pointe un flingue sur la tempe en vous ordonnant de ne rien dire de ce que vous savez, le direz-vous quand même, pour que l’humanité sache ? », lui demandai-je. « Ça dépend… », dit-il en baissant les yeux. « Moi je pense que vous fermerez votre gueule jusqu’à la mort. Avez-vous peur de la mort ? », lui demandai-je encore. « Ici c’est moi qui pose les questions », tonna-t-il en fronçant ses sourcils boursouflés. « Revenons à votre thèse principale : la postérité du Serpent… dont la kabbale juive serait la dépositaire principale. N’est-ce pas un peu ‘tisémite ? », me relança-t-il. « Ne trouvez-vous pas significatif qu’il n’y ait pas de Sephira du cœur sur la colonne de l’harmonie de l’arbre des Sephiroth, et que le centre solaire de cet arbre soit Tiphereth, la Sephira du nombril ? ». À ce moment, un énorme projecteur se décroche du plafond et s’écrase sur le crâne du grand Bruce. Étonnamment, il n’eut pas la moindre égratignure. Le grand Bruce jeta un œil perplexe au plafond. « C’est peut-être un complot pour vous assassiner, vous dérangez tellement… », suggérai-je. « Très amusant !», dit-il sèchement. « Allez, on remballe », conclut-il. Et la guimauve pachydermique se leva du Chesterfield.

On se dirigea vers la sortie. « D’où tenez-vous une tête aussi dure ? C’est impressionnant », commentai-je. « J’ai un crâne en métal, je me le suis fais refaire. J’ai aussi des prothèses turbo-cognitives », me révéla-t-il. « … Turbo-cognitives… j’avais pas remarqué », dis-je à l’homme bionique qui ne souriait plus depuis un petit moment, sans doute un dysfonctionnement électronique dû au choc. Au moment de se dire au revoir, le grand Bruce leva brusquement ses deux bras et ses yeux clignotèrent comme les warnings d’une bagnole ; un message étrange sortit alors de sa bouche : « appuyez sur le nez pour valider, bip !… désintégration dans trois secondes, bip !… ». Je reculai de trois pas. Et cette vieille carcasse de Bruce implosa et s’effondra dans un bruit de ferrailles assourdissant. À cet instant, les portes de tous les studios se verrouillèrent automatiquement. Les yeux du grand Bruce clignotaient encore au milieu de la ferraille, et un autre message étrange en sorti : « pour déverrouiller, appuyer sur le nez, bip !… ». Je filai un grand coup de pompe dans la carcasse à l’endroit d’où sortait le son et… les portes se déverrouillèrent ! Enfin dehors, sous le ciel bleu immaculé qui me redonnait espoir en l’humanité, je croisai fortuitement Pascal Pro, et lui racontai tout ce qui venait d’arriver. Il en ria en me traitant de complotiste. J’appuyai alors sur son nez, et il cessa de rire. Tout s’expliquait… J’appuyai alors six fois sur son nez et un hélicoptère surgit soudainement dans le ciel. J’appuyai à nouveau six fois et une alarme résonna alors dans toute la ville, telle une alerte à la bombe. J’appuyai encore six fois et l’hélicoptère se désintégra dans le ciel dans une explosion formidable.

Le lendemain à la une du Figareau, je lus ceci : « Une attaque terroriste de grande ampleur à Paris, le territoire national bouclé ». J’allume la télévision, et qui je vois à l’image en train d’interroger deux spécialistes d’une laideur indescriptible, tellement indescriptible qu’on ne reconnaissait pas leur visage qui semblaient être celui de Laure Adlair et celui d’Elizabeth Lesvies, je crois… il faudrait faire un concours des femmes les plus laides de la télévision… bref, qui je vois à l’écran en train d’interroger ces deux spécialistes hors-concours… : le grand Bruce !


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