Voici une très intéressante lettre d’une médecin choquée par l’attitude du Conseil de l’ordre pendant cette crise sanitaire et qui souhaite démissionner de son poste.


Le Docteur Catherine Noël, angiologue nous a fait part d’une lettre qu’elle a adressée au Dr Boue président du CNOM (Conseil Nationale de l’ordre des médecins) ou elle lui annonce sa décision de démissionner de son poste en guise de protestation contre la plainte du CNOM contre les six médecins. 

Cette décision même symbolique montre la position ferme prise par le Dr Noël et confirme la gronde qui monte.

Nous reproduisions entièrement comme une tribune :

Monsieur le président,

Je vous fais une lettre que je joindrai à la lettre de démission que j’adresserai à Pr Alain LEGUERRIER, président du conseil de l’ordre départemental de l’Ille et Vilaine (CDOM 35).

Cette démission, que j’ai failli prendre à plusieurs reprises dès 2018 aura une valeur surtout symbolique puisque mon mandat devait prendre fin début février et que je n’envisage pas de me représenter et  je le regrette. L’annonce début décembre de la plainte du CNOM à l’encontre de 6 médecins aura été le facteur déclenchant. Cette démission témoigne de mon incompréhension et de mon immense déception.

En janvier 2015, lorsque j’ai fait acte de candidature au conseil de l’ordre de mon département, vous n’étiez pas étranger à cette décision. En devenant président du CNOM  vous aviez apporté quelque chose de nouveau avec quelques discours forts : « Remettre le soin et le médecin au cœur des politiques de santé etc.  ». Jusque-là, je l’avoue le conseil de l’ordre, le CNOM  en particulier, m’apparaissait comme une vieille institution éloignée des préoccupations des médecins et de la population avec des discours me paraissant décalés et rigides. Le décès très récent de mon père, qui s’était toujours fortement impliqué dans sa vie professionnelle, y fut probablement aussi pour quelque chose. Mon père venait de passer les 4 derniers jours de sa vie dans un hôpital dans des conditions déplorables avec une toute fin très probablement insoutenable.

En janvier 2015, il me semblait que depuis dix ou quinze ans, la médecine française dégringolait, que les rapports sur le soin étaient devenus plus importants que le soin lui-même, que « l’administratif » avait étouffé « le médical », l’humain. En me présentant, j’espérais pouvoir (avec beaucoup d’autres) défendre une certaine idée de la médecine centrée sur la relation privilégiée « médecin- patient », une médecine centrée sur le patient et le soin à lui apporter dans le respect des professionnels du soin et de leurs conditions d’exercice. Le serment d’Hippocrate paraissait plus que jamais d’actualité et en particulier le principe fondamental de l’indépendance du médecin repris dans l’article 5 du code de déontologie. En 2015, une grande manifestation de médecins  eut lieu à Paris. Il s’agissait alors de la défense de notre indépendance vis-à-vis du pouvoir administratif et surtout vis-à-vis des compagnies d’assurances via le projet de loi sur la généralisation du tiers payant obligatoire. En 2015, je ne savais pas encore que notre indépendance était déjà fortement menacée par le lobbying  pharmaceutique (je pensais tout connaître à son sujet et m’en être préservée à peu près). En 2015, j’étais loin de m’imaginer que la liberté de prescription du médecin (article 8) serait attaquée quelques années plus tard avec l’aval du CNOM.

Début décembre 2020, le CNOM a porté plainte contre 6 médecins, en lien avec leurs prises de position et/ou leur activité professionnelle lors de cette pandémie COVID (motif peut être autre pour Pr Joyeux).

Si je tiens compte de ce que j’ai lu et entendu sur ces médecins, en particulier sur Pr D. Raoult, Pr C. Perronne et à un degré moindre sur Dr N. Delépine ainsi que sur d’autres médecins qui ont déjà dû s’expliquer devant leur conseil départemental respectif, il me semble que ces médecins ont été parmi ceux qui ont le mieux appliqué le code de déontologie et qui ont le mieux défendu l’esprit du serment d’Hippocrate. Il me semble que ces médecins ont eu pour tort essentiel de s’occuper de leurs patients, de tout faire en leur âme et conscience pour leur éviter une forme grave de la maladie, voire un décès et que quand ces médecins ont estimé avoir un médicament efficace, ils se sont exprimés, ceci dans le but essentiel et très louable de sauver des vies ; cela fut tout particulièrement le cas au printemps dernier à une époque où l’on savait encore si peu de choses sur le virus et sa maladie et que la peur avait gagné l’ensemble de la population française.

Il me semble, qu’en décembre 2020, alors que l’on ne peut plus faire semblant d’ignorer l’importance du loobying pharmaceutique qui ira jusqu’au «  scandale du Lancet Gate »,  que ces accusations sont paradoxales et très injustes.

Retour début 2020 : les premières semaines, le discours politique et médical maintes fois entendu fut qu’un des objectifs principaux, voire l’objectif principal était de créer un maximum de lits de réanimation. À chaque fois que j’entendais ce discours rabâché à longueur de journée par les médias, discours qui finissait par faire apparaître presque comme un idéal ce nombre élevé de lits de réanimation, quand on sait ce qu’est un séjour en réanimation et le taux de mortalité qui va avec, je frémissais et je revenais quelques années en arrière… Il me semble que le discours qui aurait dû être martelé en parallèle de cette communication terrifiante était que l’objectif principal était de tout faire, de tout tenter pour que ces lits de réanimation restent inoccupés.

Alors quand Pr D. RAOULT (de renommée internationale parmi ses pairs) communiqua sur les résultats du protocole prescrit dans son service, un vent souffla sur toute la France, puis en dehors des frontières qui contribua à redonner de l’espoir à beaucoup de gens, dont de nombreux médecins. Pr D. RAOULT et son équipe au sein de l’IHU de Marseille furent les premiers à décrire 2 temps dans cette maladie : un premier temps viral et un second temps dit dysimmunitaire qui faisait toute la gravité de la maladie et à communiquer sur le fait que si les antiviraux devaient être prescrits, ils devaient l’être au début, au temps viral de la maladie. Pr D. RAOULT et son équipe prescrivirent un protocole à base d’Hydroxychloroquine  préconisée en premier par la Chine) et ajoutèrent de l’Azithromycine, deux médicaments que l’institut connaissait particulièrement bien.             

La suite logique aurait été, vu le niveau d’excellence de Pr D. Raoult et de son équipe, que les autorités sanitaires favorisent la prescription de ces traitements par les médecins de premier recours que sont entre autres les médecins généralistes et au minimum de permettre aux médecins qui le souhaitaient de tester en leur âme et conscience ce ou ces médicament(s). Au lieu de ce scénario, au lieu même de se réjouir, une Bronca s’abattit presque immédiatement sur Pr D. RAOULT. Cerise sur le gâteau, le décret du 25 mars interdit même la prescription d’hydroxychloroquine par les médecins libéraux et il fut vivement déconseillé de prescrire de l’Azithromycine. Les interventions de Dr Douste-Blasy (avec sa pétition) et de bien d’autres ne furent suivies d’aucun effet. Paradoxalement, la prescription de Rivotril fut facilitée en particulier dans les EHPAD, après échec du seul Paracétamol !

On s’est acharnés sur Pr D. RAOULT et son équipe puis sur Pr C. PERRONNE. Et peu importait leurs nombreux patients traités et guéris, peu importait le très faible taux de mortalité des patients traités dans un premier temps à l’IHU !

Un premier « plan d’attaque » cibla l’absence d’étude en double aveugle !

Pr D. Raoult eut pourtant une réflexion très intéressante sur les études en double aveugle en élevant le débat. Pr C. Perronne et d’autres soutiendront que dans le cas de cette pandémie, ce type d’étude n’était pas éthique. En effet, lorsqu’un médecin est convaincu qu’un médicament marche, il n’est pas éthique de ne le proposer qu’à la moitié de ses patients et de laisser l’autre moitié sous placébo. Pr Didier Raoult rappela que les études en double aveugle sont actuellement très souvent utilisées pour promouvoir un nouveau médicament et que dans ces études il s’agit en général de comparer le nouveau médicament au médicament de référence. Nous n’étions pas du tout dans ce cas de figure dans le COVID. J’ai eu l’occasion de critiquer ce type d’étude de façon imagée avec l’argumentaire suivant : avec ce type d’étude, il s’agit de comparer 2 médicaments, le nouveau défendu par « un super avocat » (le laboratoire qui paye l’étude) et l’ancien « sans avocat » (vieux médicament devenu très bon marché et génériqué pour lequel aucun laboratoire ne se battra plus jamais). Cela a pour fâcheuse conséquence la disparition de médicaments, parfois vitaux, qui avaient fait leur preuve, qui se voient supplantés par d’autres médicaments, qui s’avéreront parfois (voire souvent) moins efficaces que leurs prédécesseurs ! Certains de ces « bons vieux médicaments » font partie du patrimoine de l’humanité et ce patrimoine est aujourd’hui menacé.

Puis presque simultanément, un second « plan d’attaque » cibla la prétendue toxicité considérable de l’Hydroxychloroquine en particulier cardiaque, ceci jusqu’au scandale du «  Lancet Gate » avec ses conséquences affligeantes au plus haut sommet de l’état qui devraient interroger !

Pendant tout ce temps : le discours officiel restait le même : N’allez pas ou peu voir votre médecin (consultation à distance de préférence), prenez du Paracétamol, restez chez vous et si vous avez des difficultés à respirer, appeler le 15 et vous serez pris en charge à l’hôpital.

Il était urgent d’attendre, quelques semaines tout au plus ! De nombreuses études très prometteuses testant des médicaments très prometteurs étaient en cours, en particulier l’étude Discovery (qui soit dit en passant n’était pas une étude en double aveugle !). De nombreux médecins (hospitaliers pour la plupart) se relayaient sur les plateaux télévisés sans jamais (ou presque) déclarer leurs conflits d’intérêts. Des semaines plus tard, l’étude Discovery a fait pschit… et ces médicaments très prometteurs, nous les attendons toujours !

DÉCEMBRE 2021 : par ces différentes plaintes, on a reproché entre autres à ces médecins de ne pas avoir respecté l’article 39 du code de déontologie :                                     

  « Les médecins ne peuvent proposer aux malades ou à leur entourage comme salutaire ou sans danger un remède ou un procédé illusoire ou insuffisamment éprouvé. Toute pratique de charlatanisme est interdite ». 

Comment peut-on raisonnablement tenir de tels propos au sujet de l’Hydroxychloroquine et de l’Azithromycine, médicaments pourtant tant et tant éprouvés en particulier par l’équipe de Pr D. Raoult ? Comment traiter de charlatan, à l’heure ou « le variant anglais » fait la une de l’actualité, un médecin chef de service d’un des rares établissements performants en France, (si ce n’est le plus performant) dans ce domaine du séquençage de génomes ?

Que dire alors du Remdesivir, le qualificatif de « remède illusoire ou insuffisamment éprouvé » n’est-il pas particulièrement approprié ? : médicament mis sur le marché pour traiter EBOLA et qui s’est révélé inefficace, médicament désavoué par l’OMS le 20/11/2020, pour résumé : médicament qui pour le moment ne s’est montré efficace pour traiter aucune maladie, et qui de surcroît  donne des effets secondaires conséquents. Que dire alors des très nombreux médecins qui ont prescrit ce médicament ? Faut-il les qualifier de charlatans ? Sous prétexte d’étude en double aveugle, on serait peu regardant sur les médicaments testés, au moins pendant quelques semaines, voire plusieurs mois ?  La forme l’emporterait-elle sur le fond ?

Pourquoi, au printemps dernier, à une époque où l’on connaissait encore si peu de choses sur le virus SARS-CoV-2 et la COVID-19, à une époque où il n’existait pas de traitement spécifique (et c’est toujours le cas), pourquoi la communication des autorités sanitaires soutenue par le CNOM n’a-t-elle pas été au contraire de faire appel à tous les médecins en leur demandant de veiller sur leurs patients, de les traiter en leur âme et conscience (en respectant le code de déontologie) et de faire part de leur retour d’expérience ? Comment s’être privé du concours de très nombreux médecins, en particulier de l’expérience de terrain des généralistes, connaissant leurs patients quand on sait que la majorité des patients sont et resteront suivis en ambulatoire, quand on sait que les patients hospitalisés ne sont pas représentatifs de l’ensemble des patients, quand on sait que de très nombreuses découvertes ont été faites par hasard…

Il semble que pour promouvoir un (ou des) médicament(s) (souvent très chers), on a empêché toute autre alternative thérapeutique. Et cela continue. La recommandation reste au premier temps de la maladie, Paracétamol et rien d’autre. On refuse toujours aux médecins de terrain de faire part de leur retour d’expérience même si certains traitements prescrits leur paraissent avoir été très efficaces ! Remdesivir, Kaletra, Interféron à peine abandonnés. Place à la vaccination. Vacciner le plus de monde, le plus vite possible et rien d’autre. L’espoir semble reposer maintenant tout entier sur cette vaccination. Est-ce bien raisonnable ? Pourquoi par exemple ne jamais communiquer sur la recherche de médicaments ciblant de façon spécifique tous les coronavirus ? (recherche plus longue certes, mais pourquoi ne jamais ou presque jamais communiquer à son sujet ?)

Dans l’éditorial du dernier journal du CNOM de 2020, vous écrivez que l’ordre des médecins veillera à ce que l’indépendance des médecins soit préservée de toute pression...

On ne peut que se réjouir que le CNOM défende cet article phare du code de déontologie ! Le scandale du « Lancet Gate » qui éclata en juin, démontre, si cela était encore nécessaire, la puissance de la pression exercée par le lobbying pharmaceutique et ses conséquences dramatiques.

En 2017, les circonstances ont fait que je me devais d’alerter sur ce scandale sanitaire consécutif au changement de formule du Lévothyrox. Je ne comprenais pas pourquoi tant de médecins et de pharmaciens paraissaient si peu réceptifs à mon argumentation qui me paraissait d’une logique simple et irréfutable. J’ai longtemps pensé que cela venait de moi, que je n’utilisais pas les bons mots, ou que je les utilisais mal. Paradoxalement, j’avais bien  noté que les personnes qui exerçaient une toute  autre profession étaient plus réceptifs. Je ne compris vraiment qu’avec la pandémie COVID ce qu’était le lobbying pharmaceutique, ce qu’était sa force de frappe, ses moyens (humains aussi). Je ne compris vraiment qu’en 2020 que c’était ce lobbying le premier responsable de façon directe et indirecte de ce tel déni de réalité, ceci avec la complicité des autorités sanitaires et de professionnels de santé. Au discours de vérité, on préféra parler d’hystérie collective puis d’effet Nocebo. Ce sera la double peine pour les patients. Le laboratoire Merck ne pouvait avoir (officiellement) failli. Cela empêchera toute recherche scientifique. La relation « médecin-patient » fut très altérée pour de nombreux patients. En 2018, je vous écrivis 2 lettres à ce sujet, lettres restées sans réponse et suivies d’aucun effet.

Défendre l’indépendance des médecins. Noble et lourde tâche.

D’autant que depuis 20 ans on est passé d’une médecine de conseils et de recommandations émises par les autorités sanitaires et les « sociétés savantes » (le lobbying pharmaceutique dans les coulisses) à une médecine de fortes injonctions et récemment à une médecine d’interdictions ; les médecins étant de plus en plus incités à appliquer des protocoles, à obéir et par conséquence à de moins en moins réfléchir par eux-mêmes.

 Pourtant, l’article 69 du code de déontologie est là pour le rappeler : « L’exercice de la médecine est personnel ; chaque médecin est responsable de ces décisions et de ses actes ».

Et la médecine est loin d’être une science exacte ! Ne dit-on pas que l’exercice de la médecine est un art ?

Pourtant un nouveau décret publié pendant « la trêve de noël », modifiant l’article R 4127 du code de santé publique  porte atteinte à cette indépendance en limitant la liberté d’expression des médecins. L’article R 4127-13 : « Lorsque le médecin participe à une action d’information du public à caractère éducatif, scientifique ou sanitaire, quel qu’en soit le moyen de diffusion, il ne fait état que de données confirmées, fait état de prudence et a le souci des répercussions de ses propos auprès du public… »

Mais qu’est-ce qu’une donnée confirmée ?

Une donnée publiée dans une prestigieuse revue médicale telle le Lancet ?

Ou une déclaration émanant de Dr Agnès Buzyn (alors Ministre de la santé) ou de l’académie de médecine, affirmant en chœur avec certitude la supériorité de la nouvelle formule du Lévothyrox ? Ceci en s’appuyant sur une étude de bio-équivalence, étude qu’ils n’ont bien sûr jamais regardée ? (Et peu importe si on apprit le 04/04/2019 par des chercheurs indépendants qui analysèrent cette étude de près que pour plus de 60% des volontaires sains, il n’y avait pas de bio-équivalence entre les 2 médicaments !) Il faut croire que l’ANSM avait toute confiance en Merck ! Les effets du lobbying pharmaceutique sont beaucoup plus puissants que ce que l’on ose imaginer.

Qu’est-ce donc qu’une donnée confirmée ? Et à qui faire confiance ?

Pour se préserver de la pression très forte exercée par le lobbying pharmaceutique, préserver l’indépendance du médecin, n’est-ce pas le minimum que l’on puisse exiger ? Et pour se faire, n’est-il pas indispensable de favoriser la liberté de pensée et d’expression des médecins ? D’autant que de tout temps la recherche a progressé parce qu’à un moment donné des individus ont remis en cause les données acquises du moment.

Pour conclure, de nouvelles élections arrivent, une nouvelle année débute, l’occasion de tourner cette page sombre au plus vite, l’occasion de vous demander d’abandonner ces plaintes. Il y a tellement autre à faire et la tâche est immense ! Ne revient-il pas au conseil de l’ordre, garant du code de déontologie médical, d’ouvrir le débat, de favoriser un état des lieux approfondi, et d’émettre des propositions pour éviter un second « Lancet Gate », ceci pour que les paroles et les écrits des uns ou des autres soient à nouveau crédibles, au moins dans le domaine qui nous concerne, celui de la santé.

Dr Catherine NOEL


Photo d’illustration : Lettre du Dr Noel au président du CNOM – Pexels

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8 février 2021