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Depuis l’antiquité, les philosophes recherchent l’unité sous la multiplicité sensible. Unité suggérée par l’harmonie sublime de la nature. Cette unité intellectuelle, cette lumière intellectuelle, la plupart l’envisageaient comme intelligence divine (Anaxagore, Socrate, Platon, Aristote, Plotin, mais aussi Averroès, Avicenne, Spinoza… ), l’homme étant conçu, lui, comme perte de l’unité, et l’intellect humain comme intuition laborieuse de cette unité. Maître Eckhardt parlait de Dieu comme « Lumière limpide », une et inaltérable. Pour tous ces penseurs, de l’unité vient la lumière, et de la multiplicité les ténèbres.

Qu’est devenue la multiplicité sensible aujourd’hui ? Eh bien, elle est devenue une multiplicité marchande. Car la valeur marchande a triomphé partout, et que cette valeur est la négation radicale de toutes les autres. Même Dieu est devenu une valeur marchande, on ne compte plus les rabbins millionnaires… Voici la liste des 10 rabbins les plus riches d’Israël, et ce n’est pas une blague (source Forbes Israël, juin 2012) :

1. Rabbin Pinchas Abuhatzeira : 266 millions d’euros.
2. Rabbin David Abuhatzeira : 153 millions d’euros.
3. Rabbin Yaakov Aryeh Alter : 71 millions d’euros.
4. Rabbin Dov Yissachar Rokeah : 37 millions d’euros.
5. Rabbin Nir Ben Artzi : 20,5 millions d’euros.
6. Rabbin Yaakov Ifargin : 15 millions d’euros.
7. Rabbin Yeshayahu Pinto : 15 millions d’euros.
8. Rabbin Baruch Abuhatzeira : 10 millions d’euros.
9. Rabbin Reuven Elbaz : 8 millions d’euros.
10. Rabbin Yoram Abargil : 7.5 millions d’euros !

Voir ces dix rabbins dansant éperdument autour du Veau d’or vous fait-il rire ? Alors vous avez déjà compris l’harmonie des ténèbres. Mais revenons à notre raisonnement, à la multiplicité marchande. La multiplicité marchande est la ténèbre de la multiplicité sensible, la ténèbre des ténèbres. Du coup, quelle unité éclairerait les ténèbres de cette multiplicité marchande ? Est-ce la monnaie unique ? Non, car l’unité de la monnaie vise l’extension tous azimuts de la multiplicité marchande, elle enfonce les ténèbres dans les ténèbres, tout en se faisant passer pour la lumière de l’harmonie. L’unité de la monnaie est bien plutôt une très fugace, très éphémère et illusoire harmonie des ténèbres. Éphémère comme une danse… L’harmonie divine c’est la rotation de planètes autour du soleil, l’harmonie des ténèbres c’est la rotation de rabbins autour du Veau d’or.

L’harmonie des ténèbres c’est celle qui n’en a plus pour longtemps, c’est celle qui à peine mise en place se disloque, c’est un signe d’effondrement imminent. Lorsque les ténèbres écrasent les dernières lumières de l’unité, elles écrasent aussi la dernière possible harmonie et, privées d’harmonie, elles s’effondrent d’elles-mêmes. Reste cependant une question en suspens : comment naît le multiple ? Comment passe-t-on du Un divin au multiple ? D’abord, comment passe-t-on du Un au deux ? Très modestement, je propose que l’on considère Dieu comme Lumière en acte, ou l’Un en acte. Dès lors, il y a l’actant (Dieu) et l’acté (la toute première onde de lumière entraînée par l’acte). Voilà le deux originel : l’actant et l’acté. Et de ce deux vient le trois, et le multiple. Plotin, comme Averroès ou Avicenne, avait bien compris l’origine divine de l’intellect humain qui, en remontant du multiple vers l’Un, retrouve son origine.