Chroniques-Dortiguier


La France, ou, à parler la langue de bois, la République, va mal et est en passe d’accoucher d’un sixième enfant, après la chute prophétisée par le polytechnicien Jacques Attali, d’Emmanuel Macron, cet élève des Jésuites nouvelle vague  d’Amiens dont le mage de l’économie avait prédit la montée et la durée limitée du mandat, et mieux même, tant la science des élus est insondable, annoncé qu’une femme le remplacerait, le féminisme succédant ainsi au socialisme rendu par là plus illusionniste : il va de soi que les enfants de la République ne porteront pas au pouvoir une femme aussi remarquable et instruite de bien des malheurs de sa patrie opprimée par l’artificieuse et criminelle Yougoslavie qu’est la belle, énergique et combien instruite Présidente patriote de la Croatie. Ils resteront dans la société du spectacle, tout comme le sont les Gilets au  jaune fluorescent.
Que Macron parte, après avoir tout fait, volontairement selon nous, pour énerver par l’insolence de son tempérament l’opinion française, cela se produira, selon le même prophète Attali, au plus tard un an avant la fin légale de son mandat, le temps d’imposer des mesures répressives, politiques, culturelles, financières, son objectif n’étant pas de pressurer « le peuple », mais bien un état social déterminé, objet de tout bolchevisme, marxisme ou autre nom que l’on voudra de la perpétuelle maladie jacobine de l’esprit, la classe moyenne, cette « petite bourgeoisie » à laquelle les ancêtres du XIXe siècle donnaient le nom, Marx et Engels en premier, de Philistins, par allusion aux Gaulois, pour ainsi dire, ou Gals de Palestine évincés par les porteurs du message divin, à leurs propres yeux, et diabolique pour les victimes !
Examinons le point de départ des Gilets ayant la couleur des maris trompés : une pétition d’un million et demi de signatures contre une hausse  du prix de l’essence, lancée par une certaine Priscilla (orthographiée par ignorance du latin en Priscillia, sur le modèle de Cécilia) Ludowsky, versée dans les cosmétiques proche de plusieurs partis ou sociétés de pensée, dont la République en Marche. Cette jeune femme de Seine et Marne, peu loquace, faisant montre d’une maîtrise de soi quand elle est présente sur un plateau de télévision, formée donc politiquement, ayant  un ton ou un genre assez nord-américain, a été, sans mandat de « la base », pour reprendre le jargon révolutionnaire des grandes gueules qui défilent fréquemment sur la scène du théâtre de la France, reconnue comme  interlocutrice valable, dès le début des manifestations, par les autorités.

Le pouvoir occulte qui mène la République transformée en poupées russes sorties du même moule, a conçu cette trappe ou provocation pour mieux égarer le troupeau dont les bergers n’ont rien à dire, sauf le mot de Cambronne !


Et maintenant le point d’arrivée : une démobilisation par incapacité de s’accorder sur une politique, car les Gilets jaunes, soutenus par l’académicien Finkielkraut, passent d’une protestation contre une augmentation de prix reposant sur une argumentation gouvernementale fallacieuse que sont le réchauffement climatique et autres balivernes présentées comme des vérités d’expérience, avec l’appui du commissaire politique Cohn-Bendit,  à une exigence de démission. Que ne savent-ils que le Grand Duché de Luxembourg en est  à sa septième baisse annuelle sur l’essence sans plomb, attirant ainsi comme un aimant les Mosellans frontaliers ? Ce qui est tenu ignoré des Français républicanisés  est l’état de leur  pays, son endettement abyssal, son chômage en pointe ; ce n’est pas en accusant le voisin allemand, comme les nouveaux Grecs taisant combien ils ont accumulé, avec les Polonais, de réparations de guerre ou, en montrant du doigt l’Europe ou aussi les aristocrates qui n’existent plus depuis longtemps, ni une bourgeoisie ruinée insensiblement, que la magie des mots révolutionnaires, entre deux ou trois  voitures de l’Ambassade de Géorgie brûlées ou des brisures de vitrines pillées, fera son effet.
Le pouvoir occulte qui mène la République transformée en poupées russes sorties du même moule, a conçu cette trappe ou provocation pour mieux égarer le troupeau dont les bergers n’ont rien à dire, sauf le mot de Cambronne !
On les laisse manifester, on y mêle des hommes de main ou « casseurs » et les statues de la démocratie se taisent, transformées en idoles, cependant que le mage Attali contemple, en conseiller de Dieu même, suivant certaine superstition orgueilleuse et ridicule à la fois, le cours des événements, tel un chef d’orchestre sa partition!

Pierre Dortiguier