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L’oraison funèbre de Cohn-Bendit


Dans un récent entretien paru sur la toile, qui s’accorde avec la politique spectacle que ses séides dénonçaient dans cette révolution de palais que fut l’année 1968, où la jeunesse fut agitée par cet homme aux mœurs détestées par les Anges, Dany le Rouge, que nous connûmes en 1966 titulaire d’une bourse de réparation allemande, dont la mère était réputée sioniste de gauche, et avait lui-même reçu une formation secondaire non laïque, né à Montauban en 1945, et qui vient, comme il s’en félicite, de retrouver une nationalité française par les soins du ministre actuel de l’Intérieur, déclare que la France a 1/100 d’influence dans le monde, et ajoute qu’il a comme vœu ultime, une fois envisagée quelque élection prestigieuse européenne, une fois octogénaire, de composer son oraison funèbre.

Pareil entretien est scandé de rappels, en forme de slogans moqueurs, sur sa confession d’origine, dont il est fier, et que l’illustre Kant en Allemagne prétendait n’être absolument pas une religion ! Sur ce point, Cohn-Bendit confirme que l’aspect associatif, la loi statutaire, comme Kant y insiste dans sa Religion dans les limites de la pure et simple raison de 1793, l’emporte de loin en intérêt, pour Cohn-Bendit sur la voie énigmatique vers l’essence et l’existence divine.

La décrépitude financière du pays, qu’il met en avant, ne suscite pas chez lui d’émotion particulière, ce qui ne manquera pas d’étonner ceux qui imaginent la jubilation d’un révolutionnaire recevant la dignité d’être Français, comme la Révolution génocidaire débutée en 1789  en distribua à toute l’Europe illuminée ! En fait, cet homme, s’il nous était permis de le guider dans sa rédaction d’un éloge funèbre, ressemble à un Don Juan, au sens moral bien sûr, sa vie sexuelle étant trop connue pour figurer ici, qui méprise ses victimes ! Il rappelle qu’il fut adjoint au maire de Francfort, et il pourrait se présenter ainsi : homme de peu, né dans une France hospitalière, et homme mûr, et point pauvre, qui s’identifie encore, de son propre aveu, à cet enfant, les bras levés entourés de femmes aux permanentes remarquables, tant le spectacle des guerres offre des situations paradoxales que la foi démocratique doit admettre, je devins, dans ce règne actuel de la quantité, ce qu’un auteur autrichien, Robert Musil, nomma un homme sans qualités propres ! Dans une langue que je ne parle point, on me nommerait un sophiste, mais le saccage que j’ai déclenché à Paris, ville corbeille où étaient, aux temps heureux que nos écoles exaltent, recueillies les têtes des braves gens sous la Terreur tricolore qui devait s’étendre aux provinces et ensuite à nos établissements ultramarins, des Barbaresques jusqu’en Indochine, a porté ses fruits. Ce que les bombes n’ont pu jamais produire, car l’âme se ressaisit toujours, ma ruse libertaire a réussi à l’instiller dans les cœurs, parce que ma voix triomphait d’autant plus que je visais bas, au point que la boue que je remuais me sautait au visage !

Je n’ai pas exactement, malgré mes charges, vécu en Allemagne, je l’ai occupée et ai réussi, sauf si la Providence y est un jour contraire, d’y séparer la jeunesse de sa culture, de  développer cette haine de soi que Méphisto expose en un vers :  » je suis l’esprit qui toujours nie ! »

La mort sera un pont aisé, car j’ai quitté depuis mon adolescence ce monde des vivants que représente le goût de la terre, l’odeur des forêts vertes, le sublime des hauteurs, de la culture, de la poésie, je trône déjà au milieu des démons qui nourrissaient mon âme ! Je vous attends chez celui que de détestables penseurs imbus de religion, nomment en allemand  le vieil ennemi mauvais !