Décision prise de manière unilatérale, catastrophique pour l’économie occidentale qui va faire paniquer encore plus la bourse déjà en chute libre.


Les Bourses ont à nouveau plongé jeudi après l’annonce surprise par Donald Trump d’une suspension pour trente jours de l’entrée aux États-Unis des voyageurs ayant récemment séjourné en Europe, à l’exception des citoyens américains, une mesure censée endiguer la pandémie de coronavirus dont l’UE va « évaluer » en urgence les retombées économiques.



« J’ai décidé de prendre des actions fortes, mais nécessaires pour protéger la santé et le bien-être de tous les Américains », a annoncé M. Trump lors d’une allocution solennelle – par moments confuse – depuis le Bureau ovale de la Maison-Blanche.


Cette mesure, qui entrera en vigueur vendredi à minuit heure de Washington (4 h GMT samedi), ne concernera pas le Royaume-Uni, a précisé le milliardaire républicain.

Elle s’appliquera à toute personne ayant séjourné dans l’espace Schengen au cours des 14 jours précédant leur arrivée prévue aux États-Unis, à l’exception des Américains et des résidents permanents.

Fait sans précédent, le département d’État a exhorté dans la foulée les Américains à éviter tout voyage à l’étranger.

Les prix du pétrole chutaient de plus de 6 % jeudi matin en Asie après le discours du président américain, et les Bourses de Tokyo et de Hong Kong dégringolaient elles aussi lourdement, poursuivant une descente aux enfers entamée il y a plusieurs jours. La Bourse australienne a connu sa pire journée (-7,4 %) depuis la crise de 2008.

« Virus étranger »

Au cours de son allocution de dix minutes, le président de la première puissance mondiale a par ailleurs qualifié le nouveau coronavirus de « virus étranger ». Il y a quelques jours, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait provoqué une polémique, et l’ire de Pékin, en parlant lui de « virus de Wuhan ».

Donald Trump a été accusé par nombre d’élus et de scientifiques de vouloir minimiser la crise et d’envoyer des messages incohérents, parfois en contradiction avec ceux des autorités sanitaires.

L’Union européenne va « évaluer » dès jeudi la situation, a réagi dans un tweet le président du Conseil européen Charles Michel. « La perturbation économique doit être évitée », a-t-il ajouté.

Plus de 20 000 personnes (22 307) ont été contaminées en Europe, et 930 en sont mortes. Dans le monde, 124 101 cas d’infection ont été recensés dans 113 pays et territoires, causant la mort de 4566 personnes, selon un bilan établi par l’AFP à partir de sources officielles mercredi à 17 h GMT.

Les États-Unis sont loin d’être épargnés avec plus de 900 cas recensés et au moins 28 morts.

Désormais qualifiée de pandémie par l’Organisation mondiale de la santé, la COVID-19 perturbe chaque jour davantage la vie quotidienne des populations affectées, de la limitation des déplacements aux fermetures en cascade de lieux publics.

Les 60 millions d’Italiens sont de plus en plus cloîtrés à la maison. Mercredi soir, le gouvernement a décrété la fermeture de tous les commerces, sauf pour l’alimentation et la santé. L’Italie compte désormais plus de 12 000 cas, dont 827 morts.

Tom Hanks contaminé


Le secrétaire d’État américain Mike Pompeo – PHOTO JOSE LUIS MAGANA, ASSOCIATED PRESS

Aggravation aussi en Espagne, où les cas ont presque quadruplé depuis dimanche. Les écoles de la région de Madrid ont été fermées.

En France, elle aussi durement touchée, le président Emmanuel Macron devait s’adresser à la nation dans la soirée.

Confrontés aux craintes d’une crise économique majeure, les grands argentiers de la planète ont annoncé des aides souvent massives, l’Allemagne se disant par exemple pour la première fois prête à renoncer à la sacro-sainte règle du zéro déficit budgétaire. La Banque centrale européenne (BCE) doit dévoiler un train de mesures jeudi. L’Australie, craignant une récession, a annoncé un plan de relance de plus de 10 milliards d’euros.


JEROME CARTILLIER

AGENCE FRANCE-PRESSE
La Presse [Canada]
11 mars 2020