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« Donne-nous des mosquées, République, ô déesse,
Où nous pourrons tenir des meetings du PS ! »
Il faut des sans-honneur pour accepter l’outrage.
Honneur ? Qu’ai-je à user de propos d’un autre âge ?


Une dimension particulièrement négligée par les prêcheurs au sein de la communauté musulmane française est celle de l’honneur. L’on pourra faire remarquer – non sans raison – qu’une situation politique et sociale de dépendance extrême vis-à-vis de la République ne pouvait se traduire autrement que par la mise entre parenthèses d’un tel substantif. En effet, comment parler d’honneur lorsque nous sommes toujours prêts à brader notre religion pour un quelconque confort, une quelconque « nécessité » (ou « besoin », en fonction du choix de chorégraphie sémantique du locuteur) ? Comment parler d’honneur lorsque ce terme seul impliquerait une remise en cause structurelle chez le conférencier docile aussi bien que chez son public docilisé ? Comment parler d’honneur enfin, lorsque même les prêches du vendredi se sont mués en cours de civisme entrecoupés d’odes à l’amour inconditionnel ?

En toute sincérité, peu échapperaient aujourd’hui à une telle description. Je me reconnais moi-même dans la masse médiocre à laquelle des décennies de compromission ont inculqué le funeste réflexe du bradage religieux. Cependant, et j’insisterai sur ce point autant de fois qu’il le faudra, le manque d’une chose ne doit pas nous dissuader de la recouvrer. J’ai en tête cette réponse piquante d’un corsaire français à un officier anglais qui lui reprochait de se battre pour l’argent, contrairement aux Anglais qui se battraient pour l’honneur : « Chacun se bat pour ce qui lui manque ! »

L’honneur, c’est cette barrière qui vient interdire à l’Homme l’utilisation effrontée des moyens sous prétexte de viser une fin dont l’importance annulerait toute considération morale sur ces derniers. L’honneur chérit la réciproque et abhorre le parjure. Réciprocité car l’homme d’honneur, contrairement à la plupart des gauchistes musulmans, ne se permet pas de cautionner moralement l’application sur d’autres d’un procédé qu’il jugerait indigne si on le lui infligeait. Importance de la parole donnée, qu’elle soit orale ou écrite, car s’y conformer donne à la communication humaine toutes ses lettres de noblesse.

On en appelle souvent, pour contourner les rigueurs imposées par l’honneur, à la ruse guerrière. Mes amis, il faut choisir. Pensez printemps, ou pensez hiver. Et à ceux qui qui me reprocheraient une quelconque binarité, je rétorque d’avance : les cinquante nuances de gris que cette société vous a appris à considérer en toutes choses, ces nuances qui vous poussent lentement mais sûrement dans la voie du relativisme le plus absolu, tout en vous berçant dans l’agréable (mais très fausse) illusion de votre complexité intellectuelle, ces nuances-là, donc, de grâce, épargnez-les-nous lorsqu’il s’agit de guerre et de paix. Quel homme honorable passe unilatéralement de la paix à la guerre, de la guerre à la paix, au gré des humeurs et des intérêts, à l’insu même de celui contre qui il prétend guerroyer ? De grâce une fois encore, épargnez-moi vos contre-exemples de tel ou tel espion parmi les Compagnons. Oui, une tromperie a pu permettre à l’un d’entre eux de faire lever le siège des coalisés contre Médine, ces derniers le pensant dans leur camp. Mais ce qui peut valoir pour le diplomate-espion, chargé d’une mission secrète le faisant danser entre les rameaux de la paix et les couteaux de la guerre, ne saurait en aucun cas être élevé au rang de vecteur moral généralisé. Je m’attarderai une autre fois, si l’occasion m’en est donnée, sur l’instrumentalisation du contre-exemple par cet « islam des Lumières », qui s’en sert non pas pour confirmer la règle, mais pour l’abroger perfidement.

S’il se voyait réellement réintroduit parmi les thèmes de prédilection des prêcheurs musulmans, s’il était possible de lui trouver une petite place entre deux envolées droit-de-l’hommistes ou deux cours d’éducation civique, si enfin il se retrouvait sur le devant de la scène religieuse, l’honneur bouleverserait notre perception des alliances plus ou moins tacites que la communauté s’est vue nouer ces dernières années.

Votre serviteur – j’aurais bien ajouté « humble », mais l’humilité n’a pas de valeur déclarative, n’est-ce pas – est persuadé que si l’honneur devait être remis au goût du jour, la communauté préférerait l’ennemi déclaré, le Richard Cœur de Lion, à l’ami faux et corrosif, au Jacques Attali souhaitant contribuer à l’établissement d’une « bourgeoisie musulmane ». Ou le Bernard-termite, venu trouer les fragiles fondations des contrées musulmanes, au nom d’un vocable creux et faux, qui devrait faire rougir son utilisation, et blêmir ceux qui lui accordent le moindre crédit.


Y a-t-il, parmi tous les dignitaires de cet « islam de France », un seul être assez culotté pour oser prétendre que la candidature de François Hollande promettait quoi que ce soit à l’aspect spirituel de l’Islam ?


Sans aller jusqu’aux extrêmes, normalement évidents pour tout le monde – en théorie, mais on enseigne à l’IESH de Paris que George Soros est un philanthrope bienfaisant – sans aller jusqu’à déterrer ce pauvre Richard, je veux énoncer clairement que les Musulmans qui s’allient avec la gauche contre la droite ou l’ « extrême-droite » se fourvoient. Si les compromis passagers que la première semble prête à accorder à l’Islam au nom de la « tolérance » contrastent avec l’animosité apparente des deux dernières, bien fou celui qui s’imaginerait les canons de l’anticléricalisme gauchiste uniquement orientés vers la citadelle catholique. Nombre de partisans de ladite « extrême-droite » sont arrivés à le croire – ou feindre d’y croire – en pensant l’Islam à l’abri des hussards de la République, ou ménagé par ces derniers. L’heure est venue de clamer haut et fort que leur fourvoiement est plus compréhensible que le nôtre. L’heure est venue de comprendre le moins belliqueux, le plus proche de nos adversaires, contre lequel nos ennemis jurés se plaisent à nous dresser.

Pourquoi leur fourvoiement est-il plus compréhensible que le nôtre ? Parce qu’ils nous voient – nous et nos aïeuls, n’en déplaise au Sénégalais Ousmane Timera, qui se juge « plus français que Pétain » – arriver chez eux sous l’impulsion idéologique et politique de leurs ennemis de gauche. Ils voient ensuite une légion d’imams collaborer honteusement avec ladite gauche, moyennant quelques simplifications administratives relatives, entre autres, aux permis de construire des centres religieux. Enfin, ils nous voient constamment main dans la main avec cette gauche, qu’il s’agisse de voter pour le président du mariage gay, de cracher avec la meute sur le sacerdoce au sujet des cas isolés de pédophilie (en croyant suivre l’adage « attaquer pour mieux défendre », mais qui s’agit-il ici d’attaquer ou de défendre ?), ou d’adjoindre nos voix aux bêlements des européistes les plus abrutis.

Le vrai Français de droite, celui qui a vu une part de lui-même mourir en 1793 et une autre en 1905, celui-là peut en effet nous percevoir comme des collaborateurs à l’idéologie mortifère qui occupe son pays depuis plus de deux siècles. Et les alliances philosophiques contractées par nos élites ne sont pas pour le démentir. Nos prises de position personnelles non plus, en ce sens qu’elles répondent souvent à l’appel de la jouissance, de l’intérêt immédiat constituant un idéal aussi bien gauche que de gauche.

Préférons l’animosité franche, virile, affirmée, voire teinte, pourquoi pas, d’un esprit chevaleresque, d’une touche d’honneur, au coloris péripatéticien des alcôves. Et même si nous pouvons trouver, parmi les gens se disant de gauche, des personnes sincèrement convaincues par leurs idéaux droit-de-l’hommistes, sincèrement dévouées à des causes relativement nobles, le respect dû à leurs efforts ne doit en aucun cas se transformer en source de gêne lorsqu’il s’agit de contredire fermement leurs pérégrinations métaphysiques.

La dernière cartouche de cet écrit sera destinée aux curieux schizophrènes qui disent faire primer l’aspect spirituel de la religion sur son aspect extérieur (deux aspects normalement indissociables), et qui en même temps compromettent leurs voix en appelant à voter Hollande (ou Macron) sous l’unique prétexte qu’il serait « le moins pire » pour l’Islam… dans son aspect extérieur. Si mon style ampoulé a pu brouiller le message de cette dernière phrase, permettez-moi de la reformuler plus clairement, un exemple à l’appui : le sieur Ousmane Timera – encore lui – considère que nous sommes trop attachés à des signes extérieurs comme le voile, qu’il considère ne pas faire partie de la religion. Mais le sieur Timera s’est engagé en première ligne pour nous appeler à voter Hollande (certes, il reviendra sur cet appel à un moment opportun pour expliquer qu’en fait, il avait lui-même, dans le religieux secret de l’urne, voté Mélenchon ; cela lui vaut, de notre part, le doux sobriquet de tiraillé sénégalais). Y a-t-il, parmi tous les dignitaires de cet « islam de France », un seul être assez culotté pour oser prétendre que la candidature de François Hollande promettait quoi que ce soit à l’aspect spirituel de l’Islam ? Et pourtant, ils l’ont soutenue, et nous ont enjoint à la soutenir.

Vous pouvez choisir d’y voir l’expression d’une incohérence propre à l’Homme. J’y vois au contraire une cohérence parfaite. D’une part, l’appel à voter Hollande, Macron, peut-être Mélenchon la prochaine fois, et d’autre part, le fait de mettre la pratique islamique en arrière-plan de la spiritualité, se rejoignent en tant que réponses à une injonction sociétale. Les principaux concernés s’en défendront tant qu’ils le veulent, mais il ne fait pas le moindre doute pour n’importe quel esprit un tant soit peu mathématicien que leur alignement systématique sur des positions lumiéro-compatibles ne peut, en toute vraisemblance, constituer une succession d’innocents hasards. Moteur bien peu honorable que celui par lequel ils veulent régler la trajectoire de notre foi !

Ayoub H.