L’étude du cerveau suscite aujourd’hui des questions qui demeurent toujours sans réponses. Comment une combinaison aussi particulière de changements du cerveau, du développement, du langage, de la cognition sociale et de la culture cumulative a-t-elle émergé ? Les chercheurs reconnaissent eux-mêmes que les mécanismes moléculaires, cellulaires et neuronaux qui produisent les différences cognitives humaines restent largement incompris. Un article de Nature Neuroscience intitulée « Approches génomiques pour comprendre l’évolution du cerveau humain », publiée le 21 avril 2026, le dit explicitement. On sait identifier des régions du génome ayant subi une sélection et des variantes propres à notre lignée, mais relier ces modifications à « pourquoi nous sommes devenus capables de cette cognition » reste difficile, comme l’indique cet article. On ne sait toujours pas expliquer les mutations qui ont produit le langage, la conscience symbolique, l’imagination et la culture cumulative de Sapiens, comme le souligne un article, toujours dans Nature Neuroscience, publié le 17 février 2026 et intitulé « Sélection naturelle et gènes du langage chez les humains ».
On trouve dans la Genèse biblique une possibilité d’explication, qui suppose l’hypothèse du spirituel présidant au devenir des changements matériels. Adam reçoit le langage comme instrument d’ordonnancement du monde, mais il nomme sans s’approprier. Nommer implique déjà une opération cognitive considérable : distinguer, catégoriser, établir des relations. Mais chez Adam, cette connaissance s’inscrit encore dans l’ordre de la création. L’intelligence, la connaissance servent alors l’harmonie naturelle. Adam initie le néolithique. Avec Caïn, la capacité de structuration du monde est donc toujours là, mais elle change de finalité. L’opération qui produit ce changement est le fruit défendu, qui représente une réorientation de la connaissance : il ne s’agit plus de connaître le monde pour y vivre en harmonie mais de le connaître pour en prendre possession. La rupture avec l’harmonie naturelle, divine, est commise par Caïn. Celui-ci initie les innovations exceptionnelles à Sumer, mais aussi l’exploitation et l’aliénation à un pouvoir institutionnalisé et les extrêmes violences qui en découlent. Caïn est la figure archétypale de la rébellion contre la souveraineté divine, de la transgression de l’harmonie divine naturelle et de ses lois, ainsi que des lois morales découlant de l’arbre de vie adamique.
Caïn maudit par Dieu, Caïn auquel la terre fut rendue hostile, fut le premier roi de Sumer. Sa transgression le pousse à vouloir transformer cette nature qui lui fut rendue hostile, la transformer jusqu’à la posséder, jusqu’à la soumettre à son pouvoir. Caïn ne veut pas reconnaître la souveraineté divine, ne veut pas s’amender, ne veut pas se corriger, se transformer moralement, ne veut pas « réparer » moralement sa nature transgressive héritée du Serpent, mais veut transformer le monde pour se le soumettre. La kabbale juive reprend ce motif de transformer le monde, avec son fameux Tikkun Olam, littéralement réparation du monde, considérant que le monde est défectueux, mal fait, et qu’il faut donc le réparer. La Torah affirme pourtant que la création était bonne, très bonne, que tout ce que Dieu a fait, אֶת־כָּל־אֲשֶׁר עָשָׂה, est très bon, טוֹב מְאֹד.
Manifestement, la kabbale juive reprend le point de vue de Caïn, et conçoit l’œuvre messianique comme une réparation du monde, une réparation de ce que Dieu a pourtant déjà bien fait, tout bien fait. Le messie de la kabbale juive serait donc une figure d’inspiration caïnite qui viendrait réparer ce que Dieu a pourtant déjà bien fait. Cette kabbale juive reprend donc le motif gnostique bien connu de la création mal faite par le Démiurge. Le judaïsme classique, lui, ne conçoit pas de réparation du monde, considérant que le monde est bien fait, comme indiqué dans la Torah. Et si on remonte aux prophètes Esaïe, Jérémie et Ezechiel, l’œuvre messianique consiste en une réparation morale, une transformation du cœur. Le cœur de ce « peuple à la nuque raide » comme s’en plaignait Yahvé, ce peuple rebelle aux lois morales fondamentales, transgressif, finalement porteur de l’archétypale transgression rebelle de Caïn, comme son nom Israël l’indique. Isra voulant dire combattre, et El voulant dire Dieu ; Isra-ël voulant donc dire : combattre Dieu, combatte la souveraineté divine, ne pas la reconnaître, tout comme Caïn ne la reconnaissait pas. Cette Kabbale juive détourne donc la réparation morale de l’atavisme caïnite, dont le peuple d’Israël est dépositaire, vers la réparation du monde, refusant ainsi de réparer cet atavisme, et perpétuant ainsi la rébellion de Caïn.
Cette conception messianique de la réparation du monde va se poursuivre avec Sabbatai Tzvi qui voudra hâter la réparation messianique du monde en transgressant, comme Caïn, les lois du monde. Son successeur, Jacob Franck, passera à une transgression plus radicale pour assumer pleinement l’archétypale transgression de Caïn ici-bas dans la chair, en transgressant toutes les frontières entre bien/mal, saint/impur, sacré/profane, telles que fixées dans la Torah, considérant que la vie messianique dans la chair transcende ces frontières. Rejoignant ainsi les conceptions des premières sectes gnostiques, Caïnites, Ophites, Naashenes ( « naash » voulant dire « serpent » en hébreu), qui voyaient dans la morale du Démiurge faite d’oppositions – bien/mal, saint/impur, sacré/profane – des limites à transgresser pour atteindre la connaissance spirituelle libératrice du Serpent, connaissance interdite par le tyrannique Démiurge (fruit défendu) pour maintenir les hommes sous son emprise, et les empêcher d’être libres d’esprit, libres au-delà de toutes normes morales, libres jusqu’à atteindre la plénitude souveraine, souveraineté dont le Démiurge affirme détenir l’exclusivité. Mais avec Jacob Franck, cette souveraineté veut se faire chair ici-bas. Ainsi, le Tikkun Olam selon Jacob Franck est une assomption totale de Caïn dans la chair ici-bas, assomption qui signe l’abolition de toutes les frontières morales… avec toutes les dérives et chaos que cela entraîne… Selon toutes apparences, cette version du Tikkun Olam est l’idéologie sous-tendant la doctrine du Grand Reset, qui n’est rien d’autre que du Jacob Franck sécularisé. La transgression de toutes les limites dans la chair au service d’un marché mondial libre et sans entraves morales en vue de transformer l’homme jusqu’à transgresser la limite de la mort elle-même (promesse du Serpent biblique).
Jacob Franck envisageait le dépassement de la morale par la transformation de l’homme jusqu’à l’immortalité terrestre ; il répétait « ce qui est de l’esprit doit devenir chair ». Le Grand Reset soutient lui aussi cette immortalité terrestre en soutenant le transhumanisme. Mais en réduisant le sujet humain à un objet réparable, fonctionnel, performant, augmentable, un objet immortel, on annihile la subjectivité humaine, le doute, les erreurs, les errements, qui sont le propre du sujet, et finalement on éradique le sujet. Le messianisme mondialiste, d’inspiration franckiste, donc caïnite, promettant l’immortalité, conduit plutôt à la mort de l’humanité (comme la promesse d’immortalité par la science du Serpent à Ève la fait tomber dans la mortalité) ; c’est un messianisme du salut par la science pour assumer Caïn en réparant le monde, au lieu de réparer moralement Caïn. Un messianisme qui entraîne la mort de l’humanité. Il n’est pas étonnant qu’Israël soutienne particulièrement la recherche dans les sciences transhumanistes. Pour résumer, les héritiers de Caïn choisissent de ne pas réparer moralement l’esprit transgressif de Caïn mais de l’assumer plutôt en poursuivant une transformation messianique du monde et de l’homme, qui brisera toutes les frontières morales, toutes les filiations, et qui entraînera la destruction des nations et la mort de l’humanité. Voilà où mène la folie des héritiers de Caïn. Ce messianisme s’exprime à travers le troisième Esaie (texte qui n’a pas été écrit par le grand prophète juif Esaïe), où Jérusalem centre du monde soumet les nations et les détruit en cas d’insoumission… messianisme reprit par certains israélites influents aujourd’hui, comme Jacques Attali, qui verraient bien Jérusalem comme capitale d’un gouvernement mondial… la folie aveugle des héritiers de Caïn semble inarrêtable… Jésus – prophétisé par Esaïe – était venu pour amender et rédimer ces héritiers mais ils le firent crucifier… Détruire le monde, détruire l’humanité, pour assumer Caïn jusqu’au bout… voilà contre qui l’humanité lutte… le monde contre Caïn, l’humanité contre Caïn…
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