Au crépuscule des mourants, les vivants entonneront la prosodie des dernières luttes. Des carnages d’illusions, des hécatombes de simulacres joncheront la chaume des espoirs sur le chemins des oubliés. Le cortège sanguinolent dégueulant de douleurs suspendu à l’âme humiliée se détachera bientôt et tournoiera dans le gouffre sans fond. Mourir en homme pour vivre en Dieu. La mort est le grand secret de la vie, une goutte de mort pour un océan de vie. Arrive le temps de la reddition des âmes. De la rémission des voiles. Du retour de la lumière d’amour après une longue absence. Des nuées de démons sortiront des entrailles pestilentielles du crime. « Aie pitié de nous ! », implorera une femme en levant les yeux au Ciel. « Tout doit s’accomplir », lui répondra un homme sans âge en jetant un bidon d’essence sur un bûcher. Les serpents en col blanc bruleront longtemps d’un feu en col blond, répandant telle une bonne nouvelle cette odeur acre des chairs calcinées. Les humiliés ne dialogueront plus avec les humiliants. « Abolissons la propriété, mes frères », lancera un humilié. « Le problème n’est pas la propriété, le problème est l’accaparement », répondra un autre. « Dehors les marxistes ! », criera un troisième. « Je ne suis pas marxiste ! Et je redis qu’il faut abolir l’accaparement ! », insistera-t-il. « Protégeons d’abord nos frontières ! », lancera un autre. « En commençant par les frontières morales », répliquera un vieil homme. Sur les pavés, les forces de l’ordre rouge consumeront la trahison dans des rivières de sang. Un torrent jaune de détermination balaiera la vermine incrustée dans les écrans de fumée devenue noire. Les humiliés enfonceront dans un ultime effort la dernière porte, la porte de la Bête. Encerclée par les assaillants, celle-ci essaiera encore de mentir mais elle balbutiera, bégaiera, ses propos seront incompréhensibles, elle tentera dans une dernière ruse de se faire passer pour idiote, folle, innocente… puis ouvrira une fenêtre pour fuir… et s’effondrera, frappée par la foudre.