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Un pays qui met 10 ans pour instruire une affaire aussi grave ayant conduit à des milliers de morts et malades graves n’est pas un pays digne de ce nom ! C’est plutôt un cirque, un carnaval… On devine maintenant, par ce genre d’affaires, la puissance que peut avoir le lobby pharmaceutique criminel.


Ce médicament retiré du marché en 2009 est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable à long terme de 2100 décès. Les deux patients réclament 125 000 et 900 000 euros aux laboratoires Servier.

Des années que le scandale du Mediator a éclaté. Et c’est la première fois ce jeudi que la responsabilité des laboratoires Servier va être examinée par la justice française. Ce médicament coupe-faim a été prescrit pendant plus de 30 ans, d’abord contre l’excès de graisses dans le sang, puis comme traitement adjuvant pour les diabétiques en surpoids. Utilisé par cinq millions de personnes et retiré du marché français en novembre 2009, le Mediator est à l’origine de graves lésions des valves cardiaques et pourrait être responsable à long terme de 2100 décès, selon une expertise judiciaire. La 2e chambre du tribunal de grande instance de Nanterre (Hauts-de-Seine) examine deux demandes d’indemnisation. Dans l’une, une patiente de 67 ans réclame 125 000 euros à Servier; dans l’autre, un homme de 72 ans demande 900 000 euros en réparation de son préjudice, « un coeur très abîmé » qui porte les séquelles d’une valvulopathie, selon son avocat Me Charles Joseph-Oudin.

La question des indemnisations

Mais, sept ans après le début du combat d’Irène Frachon, pneumologue à Brest, qui va inspirer prochainement un film, « aucune juridiction ne s’est encore prononcée sur la question de savoir si Servier était responsable ou pas », regrette Me Joseph-Oudin. Jusqu’ici, aucune victime présumée du Mediator n’a été indemnisée de manière définitive par la voie de la justice. Les juges des référés, saisis de demandes d’expertise par des victimes, ont déjà accordé des provisions sur indemnisation dans une vingtaine de dossiers, dans l’attente d’un procès civil au fond. Défectuosité du produit, réalité de la pathologie et lien de causalité: c’est la triple question qui arrive jeudi entre les mains du TGI de Nanterre lors de ce procès qui pourrait faire jurisprudence. Le premier d’une longue série: environ 60 dossiers sont ou doivent être audiencés devant les juges du fond à Nanterre, sans compter les audiences pendantes en province.

Servier « savait dès 1993 »

« Nous disons que dès 1999, les informations sur sa toxicité étaient disponibles, que la balance bénéfices-risques devenait défavorable et que ce produit aurait dû être retiré à cette date », comme l’a indiqué un rapport accablant de l’Inspection générale des affaires sociales de janvier 2011, résume Me Joseph-Oudin, un des avocats de la défense. Sa confrère, Me Verdier, enfonce le clou : Servier « savait dès 1993 ». De leur côté, les laboratoires Servier vont demander l’exonération de leur responsabilité: « Jusqu’à fin 2008-2009, il n’y avait pas eu de signal d’alerte en pharmacovigilance. Au moment où le produit est prescrit aux plaignants, les connaissances scientifiques sur les effets indésirables n’étaient pas suffisantes, tant du point de vue des autorités sanitaires que de la littérature médicale », souligne Me Nathalie Carrère. « C’est un mauvais procès », balaie Me Carrère. « Depuis le premier jour, la position a été de dire que Servier indemniserait. » Selon un dernier bilan, sur 8800 demandes d’indemnisations de patients, l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) a bouclé l’examen de 5701 dossiers et la responsabilité de Servier a été mise en cause pour 1942 d’entre eux. Jusqu’à présent le laboratoire a proposé 1282 offres d’indemnisation.

L’Express.fr / AFP