Il ne faut pas trop accabler la Saoudie maudite car on se demande ce qu’aurait pu faire le procureur dans cette affaire qui a très bien saisi d’ailleurs le message délivré à la suite de la boucherie Khashoggi. Il faut également ajouter qu’il est inconcevable en France d’accuser des présidents, des premiers ministres quelles que soient les affaires dans lesquelles ils trempent, c’est une constante historique. D’ailleurs, nous constatons que la diplomatie française trouve que l’enquête saoudienne est très bonne et qu’elle arrivera donc à dénouer le vrai du faux et à trouver le véritable coupable ! Sans parler de l’administration Trump qui ne veut surtout pas se fâcher avec sa poule aux œufs d’or !

Les excuses que le procureur saoudien ose balancer au monde entier sont encore plus graves que l’assassinat lui-même ! Oser dire que tout ceci était accidentel alors que le pouvoir a envoyé deux avions avec 15 agents avant même que le journaliste ne rentre dans le consulat, relève de la bêtise profonde et de l’insulte à la raison.

Il reste néanmoins un point très positif dans toute cette affaire. Le monde entier a pu voir le vrai visage hideux et criminel de la Saoudie maudite. Il a compris que MBS était un barbare assoiffé de sang et que ses amis occidentaux sont là pour le protéger et le soutenir dans toutes ses actions.


Alors que la France se félicite de cette avancée, la Turquie la juge « insuffisante », car elle ne répond pas à la question centrale : qui a donné l’ordre de tuer le journaliste dissident ?

Alors que les soupçons continuent de peser sur le prince héritier Mohammed Bin Salman (MBS), le procureur général saoudien, sheikh Saud al-Mojeb, a mis jeudi totalement hors de cause MBS dans l’assassinat du journaliste dissident Jamal Khashoggi, le 2 octobre au sein du consulat de son pays à Istanbul.

Le tout-puissant prince n’avait aucune connaissance du dossier, a dit Shaalan al-Shaalan, le porte-parole du procureur général, en réponse à une question d’un journaliste. Le chef adjoint des services saoudiens, le général Ahmad al-Assiri, a ordonné de ramener de gré ou de force Khashoggi, a-t-il ajouté. Mais le chef de l’équipe de «négociateurs» (Maher Abdelaziz Mutreb, NDLR) dépêché sur place, a donné l’ordre de le tuer, selon lui.

M. Shaalan, qui est également procureur général adjoint, a reconnu que le journaliste avait été drogué et démembré au consulat saoudien d’Istanbul. Ses restes ont ensuite été remis à un agent à l’extérieur du consulat, a-t-il ajouté. Ils restent introuvables. Le journal turc Sabah a rapporté que les meurtriers de Khashoggi se sont débarrassés de son corps en le jetant dans des canalisations, après l’avoir dissous dans de l’acide.

Le procureur général a également requis la peine de mort contre cinq accusés de cet assassinat au retentissement mondial, qui place l’Arabie saoudite dans l’embarras. Sur un total de 21 suspects, le procureur a inculpé à ce jour 11 personnes, qui seront déférées devant la justice. Riyad a, par ailleurs, demandé à Ankara de signer un accord «spécial» de coopération sur l’enquête, mais l’Arabie refuse une enquête internationale, réclamée par la Turquie.

La principale question reste sans réponse

Dans une première réaction, la France a estimé que l’enquête saoudienne allait «dans le bon sens ». « L’annonce (…) du défèrement devant la justice des dix-huit personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête saoudienne va dans le bon sens », a déclaré Agnès von der Mühll, porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Formé à Saint-Cyr, le général Al-Assiri, celui qui aurait donné l’ordre de ramener Khashoggi en Arabie, est considéré généralement comme proche des intérêts français à Riyad.

 


« Le dépeçage du corps n’était pas spontané. »

Mevlüt Cavusoglu, chef de la diplomatie turque.


La Turquie, en revanche, a jugé « insuffisantes » les explications fournies par Riyad. « On nous dit que (Khashoggi) a été tué parce qu’il se serait opposé à ce qu’on le ramène dans son pays. Mais en réalité, ce meurtre, comme nous l’avons déjà dit, a été planifié à l’avance », a déclaré le chef de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu. « Le dépeçage du corps n’était pas spontané. Ils avaient d’abord ramené les personnes et les outils nécessaires pour le faire », a-t-il ajouté, appelant à révéler « les vrais commanditaires »…

En début de semaine, John Bolton, conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, a dédouané MBS de toute responsabilité dans l’assassinat, après que des experts américains ont écouté un enregistrement audio du crime, remis par les services de renseignements turcs à Washington, et à d’autres pays occidentaux. Jeudi, les États-Unis ont annoncé des sanctions financières ciblées contre 17 responsables saoudiens impliqués dans le meurtre du journaliste, dont des proches du prince héritier. Parmi elles, des membres de la garde rapprochée de MBS, Saoud al-Qahtani et son subordonné Maher Mutreb ainsi que le consul général d’Arabie saoudite à Istanbul, a déclaré le Trésor américain dans un communiqué.


Georges MalbrunotGeorges Malbrunot