1re Partie

nsa_spyAprès Hollande qui s’est tiré d’embarras dans la grotesque affaire Léonarda, en dénonçant les mauvaises manières de l’american Big Brother, Merkel à son tour tape du pied. Ces Américains se croient certes tout permis, entre autres d’écouter aux portes et de se glisser grâce aux grandes oneilles1 de la National Security Agency dans l’intimité de ses chers alliés. Dame Merkel aurait ainsi été espionnée pendant près de dix ans ayant constitué depuis 2002 une cible prioritaire pour les Agences américaines. Bien sûr Obama s’est fendu d’un appel personnel pour mettre du baume sur les plaies morales de la chancelière, chacun ayant tout intérêt à sauver les apparences et à laisser croire à ces benêts d’Européens que le viol de leur souveraineté en matière de communication n’aurait été somme toute qu’accidentel au pire circonstanciel. Une bavure en quelque sorte, un excès de zèle sans lendemain alors qu’il s’agit d’un comportement structurel de la part des dieux jaloux qui règnent outre-Atlantique.

Allemagne : une longue histoire de sujétion et de soumission

L’Allemagne à cette occasion semble découvrir ex abrupto quel est son véritable statut politique au sein du dispositif atlantique. Aurait-elle oubliée qu’elle n’est plus – officiellement – un pays occupé que depuis le Traité de Paris signé le 23 octobre 1954 ? Une émancipation qui ne sera vraiment effective que le 5 mai suivant 1955 avec la fin du « statut des zones d’occupation » lorsque Washington – nécessités de la Guerre froide faisant loi – reçoit la République fédérale comme membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord [Otan] à égalité de droit avec les quatorze autres États qui alors la composent.Dans les faits les choses sont moins simples. Après 1955, des troupes alliées restent stationnées sur le territoire de la République fédérale, dans des bases dont le démantèlement définitif n’interviendra pas avant la fin des guerres balkaniques, au bout de la décennie 90 et la guerre du Kossovo. Berlin – Bonn étant la capitale de l’Allemagne fédérale jusqu’à la réunification – continuera pour sa part à rester divisée entre les quatre secteurs attribués à ses vainqueurs. Il faudra attendre jusqu’au Traité de Moscou – dit “Quatre plus deux” – signé le 12 sept. 1990 entre les représentants des deux Allemagne, Est et Ouest, et les puissances alliées de la Seconde Guerre mondiale, États-Unis, Union soviétique, Royaume-Uni et France, pour que l’émancipation de l’Allemagne s’achève… Acte qui amorce la réunification allemande et dont l’intitulé exact est « Traité portant règlement définitif concernant l’Allemagne », fixant le statut final d’une Allemagne neutralisée pour mille ans, réunie au cœur de l’Europe mais toujours “morcelée” en Länder.

Car il s’agit d’une Allemagne de l’Ouest à laquelle les Alliés – ceux du Monde libre – “ont refusé un État unitaire et lui ont imposé un système fédéral. Les américains jouent un rôle moteur dans cette décision” qui va dans le sens “d’un fédéralisme mondialisé, contre les États Nations”. Mais “depuis, l’Allemagne utilise ce fédéralisme, qui était censé l’affaiblir, pour construire méthodiquement sa domination sur l’Europe fédérale des Länder [une Europe landérisée] atlantiste et néolibérale, qu’elle entend imposer aux peuples de notre continent. Dans cette démarche historique, liée à la mondialisation, elle est aussi secondairement, rivale des États-Unis”2. Ajoutons encore que, contrairement aux apparences, l’Allemagne est une nation dépourvue de Constitution, une Loi Fondamentale en tenant lieu, ce qui n’est pas sans conséquences du point de vue juridique et institutionnel… mais ce fait constitue un aspect pour l’heure extérieur à notre propos.

Germania garde-manger technologique

Reste que l’important n’est pas d’examiner ici les myopes idéologies régionalistes qui ont prospéré en France, à gauche comme à l’extrême droite, et qui allaient dans le sens voulu par the Mighty America, celle de la destruction des nations, de leur morcellement. Un processus que nous voyons à l’heure actuelle, sous nos yeux, à l’œuvre en Europe et au Levant. Retenons seulement dans la citation de Claude Beaulieu l’avant-dernier mot « rivale »… là se trouve l’une des clefs de la question qui nous occupe à l’instant présent. À ce sujet, il resterait également à savoir si, de ce point de vue, la Bundesrepublik très tôt « rivale des États-Unis » – car longtemps troisième puissance économique planétaire, l’Allemagne réunifiée se situant depuis 2008 au quatrième rang derrière les É-U, le Japon et la Chine – accède avec le traité de 1990, à une totale souveraineté ? En un mot, redevient-elle à cette date un “État comme les autres” ou demeure-t-elle placée sous une discrète mais ferme tutelle exercée par le “parrain” américain, de sorte que l’Allemagne vaincue continue à payer tribut, volontairement ou non ? Poser la question n’est-ce pas déjà y répondre ?

Ceci expliquant cela, il est en effet permis de douter de la pleine autonomie allemande comme tendraient à le montrer les procédés qu’utilisent aujourd’hui les États-Unis avec leur bon ami allemand. Un nain politique – mais un géant économique – que les écoutes nous montre réduit à l’état de garde-manger technologique… Parce que c’est bien de cela dont il s’agit : le pillage des ressources techniques et d’innovations germaniques au profit des industries américaines dans le cadre d’une guerre économique impitoyable qui ne connaît ni ami, ni allié, ni ennemi…Volontairement, en construisant des sous-marins d’attaque, vendus à prix cassés à l’État hébreu qui les a aussitôt équipés de missiles de croisière à ogive nucléaire [Der Spiegel/Afp3juin12]. Involontairement, mais sciemment, en laissant espionner ses universités, ses centres de recherches et ses industriels. Car qui nous fera croire, que Dame Merkel, remarquablement à l’aise dans son rôle de vierge effarouchée, ignorait tout à fait les conduites vicieuses de nos grands amis et libérateurs désintéressés ?

Une guerre qui ne dit pas son nom

« La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort »… dixit Mitterrand, fin connaisseur, peu avant son décès3.

L’Amérique, c’est indubitable, s’entend à maintenir ses alliés européens sous sa coupe, et pire nous fait la guerre. Chronos dévore ses enfants. Or que faisons-nous ? Quelles conséquences tirons-nous d’un état de fait documenté de longue date et bien connu de politiques et de nos industriels ? Aucune ou presque, à part nous être mis nous aussi au renseignement civil au milieu des années quatre-vingt et avoir multiplié les officines dites d’Intelligence économique.

Le 17 mars 2000, bien avant que les classes dirigeantes européennes ne commencent à sortir de leur léthargie, R. James Woolsey, ancien directeur de la CIA, expliquait doctement et tout à fait sereinement, dans les colonnes du Wall Street Journal, les raisons « morales » justifiant l’espionnage des Alliés européens. À ce titre, la tribune « Why we spy on our Allies » nous apprenait que l’écoute des amis étaient nécessaires pour leur apprendre les bonnes manières du politiquement correct anti-corruption ! À cette époque certains esprits chagrins commençaient à s’interroger sur la reconversion du projet Echelon – associant les États-Unis, le Royaume-Uni, le Canada, l’Australie et la Nouvelle Zélande – à d’autres fins que l’interceptions des télécommunications militaires et politiques au-delà du Rideau de fer, et ce, à des fins d’espionnage économique tous azimuts. Question qui fit tardivement l’objet d’un rapport rsté lettre morte du Parlement européen, en juillet 20014.

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FMM_3edition_Index  11_Septembre_2001_Mini