Chroniques-Dortiguier


Guillaume-II-Dortiguier-2


Guillaume II admire les musulmans de Jérusalem


Cette lettre devrait être lue et commentée dans les lycées, y compris du haut des chaires universitaires et ecclésiastiques, affichée dans Al Qods et aux portes des lieux de culte si occupés superficiellement du stérile et bavard « dialogue inter-religieux », distribuée par les Arabes syro-palestiniens chrétiens et musulmans, mais ce sera dans un autre monde, quand il y aura, selon les mots de l’Apocalypse, un nouveau ciel et une nouvelle terre, à savoir pour des âmes et des corps enfin régénérés et non pas ballottés entre les illusions du Vouloir-Vivre ! Le lecteur soupçonnera avec raison dans les sentiments de l’Empereur d’Allemagne et Roi en Prusse, par ailleurs radicalement hostile à la Maçonnerie, à la différence de certains prédécesseurs de sa Maison Royale, et critique envers les cruautés de l’Ancien Testament, la répugnance que lui causait la fausse modernité ; il  était le chef des églises protestantes communes luthéro-calvinistes. Il visita le pape ouvertement germanophile et d’esprit social, Léon XIII à Rome, qui le reçut avec enthousiasme, et  à l’automne 1898, alla à Jérusalem — ancien village d’Al Qods, La Sainte —  donner une terre de l’église allemande à l’ordre des Franciscains. Il prononça, sur le chemin du retour, un discours à Damas, à l’invitation de la municipalité, dans une ville électrifiée par le concours allemand, avant Istanbul. Notons qu’aux portes de Jérusalem, il refusa de recevoir, sur les conseils du Sultan, le dénommé Herzl venu lui soumettre son projet de colonisation sioniste.
La lettre est adressée à son cousin Nicolas II qui n’écoutera point ses conseils et participera à la coalition franco-anglaise contre les deux Empires du centre de l’Europe et la Turquie, et, vrai martyr de sa foi religieuse et patriotique, abandonné par la dynastie ploutocrate d’Angleterre au profit des Bolchevistes, le paiera d’une exécution barbare et talmudique, au sens propre, puisque de nombreuses inscriptions injurieuses de ce style badigeonnèrent les murs tachés du sang de sa famille sadiquement, daéchiquement massacrée par des terroristes sélectionnés, si l’on peut dire !


« Mon cher Nikki,  Damas , le 9 novembre 1898.
Ton aimable télégramme envoyé à Jérusalem prouve que tu suis avec intérêt mon voyage, ce qui m’incite, en le terminant, à t’envoyer quelques lignes pour te donner mes impressions. Elles sont si diverses, qu’il est difficile de les mettre en ordre.
Jérusalem a naturellement fixé notre attention tout d’abord à cause des multiples endroits où se retrouve le souvenir de notre Sauveur. La pensée que son regard se posait sur ces mêmes collines, que son pied foulait cette même terre, émeut le cœur et l’oblige à battre plus fort et plus ardemment. Mais je dois avouer sincèrement que parmi les choses vues ici et se rapportant à la foi chrétienne, toutes sont loin de faire naître ces sentiments. Un grand nombre de confessions et de sectes diverses de notre commune religion chrétienne ont construit ici beaucoup trop d’églises, de monastères, de chapelles, etc., sur les « lieux saints traditionnels » comme on les appelle. Une certaine rivalité s’est créée, une lutte à qui édifiera les clochers les plus hauts, les églises les plus belles, qui ne conviennent pas du tout aux lieux où ces monuments sont élevés. En vérité, on peut croire à une exposition de modèles d’églises ! Le fait a influencé aussi le clergé des différents  temples. Les prêtres se plaisent à intriguer et à ourdir des combinaisons politiques, excitant à la haine au lieu de l’amour, et provoquant dans les églises des querelles et des conflits qui remplacent le chant des psaumes et la bonne entente de naguère. Mais ce qui est pis encore, ils ont favorisé l’adoration des pierres et des arbres qui est défendue par le second des dix commandements et qui, chez eux, remplace l’adoration de la Divinité. Un Français m’a dit : « Il s’agit de l’adoration de la pierre dans les lieux prétendus saints mais dont il est impossible (souligne l’Empereur et Roi) de garantir la Sainteté. Quant à la Divinité, elle n’y est pour rien ». Ces paroles sont absolument vraies, bien que fort pénibles pour nos sentiments chrétiens. Il est naturel que cette idolâtrie — excuse cette expression —  provoque chez les Musulmans le mépris le plus grand à l’égard des Chrétiens. Lorsque je quittais les lieux saints, j’éprouvais une honte profonde devant les Musulmans et vivais dans la conscience que si je n’avais appartenu à aucune religion en arrivant à Jérusalem, je me serais certainement fait mahométan ! La religion, telle qu’on la comprend à Jérusalem, ne contribuera à convertir aucun musulman, n’aidera à pousser aucun arbre ni à creuser un seul nouveau puits. Je crains que, souvent, le clergé, à Jérusalem, ne se serve de la religion pour voiler les intrigues et les machinations politiques. Certes, pareil état de choses est peu compatible avec nos désirs et fait beaucoup de mal au christianisme, car les Musulmans l’ont depuis longtemps remarqué, et leurs rapports avec nous se sont établis d’après les impressions qu’ils ont ressenties. Je reviens chez moi avec un sentiment de déception intense et la conviction profonde que le tombeau de notre Sauveur ne se trouve certainement pas sous l’église de la tombe du Seigneur (Guillaume désigne ce que nous traduisons par l’église du Saint Sépulcre). Celle-ci, par son extérieur et son ornementation, perd beaucoup quand on la compare à la mosquée d’Omar qui,dans sa grandeur simple, inspire la vénération. Hélas ! Damas est la ville qui, au point de vue du coloris oriental, se trouve être incontestablement la plus belle et la plus intéressante. Beyrouth, avec ses merveilleuses villas, ses beaux jardins, ses allées, rappelle plus les villes de l’Italie du Sud et de la Sicile. La terre sainte épouvante presque par sa sécheresse stérile, l’absolue pénurie d’arbres et d’eau. Ici tout change comme par enchantement ! La grande rivière Barader donne la vie et la fraîcheur et assure le développement d’une flore enchanteresse… L’accueil qu’on nous a réservé est absolument étonnant. Aucun monarque chrétien — giaour — n’a été aussi honoré et reçu avec cet enthousiasme débordant. C’est justement parce que je suis l’ami de leur sultan et calife et que j’ai toujours eu une politique ouverte et honnête à leur égard, ce que je t’ai si souvent conseillé. La haine contre les Anglais est forte et même ne va qu’en augmentant… »
(Correspondance entre Guillaume II et Nicolas II, 1894-1914, publiée par le gouvernement des Soviets d’après les archives centrales etc. Paris, Plon, 1924, 296 pp, lettre 25, pp. 50-52).

La défaite et la chute de l’Empereur Guillaume ne pouvait être que celle d’un défenseur des Musulmans de Palestine ! C’est de l’Histoire et pas du roman !

Pierre Dortiguier