Chroniques-Dortiguier


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La Suède est un pays charmant


Et de fait, sans ironie, elle l’est, d’une verdure qui émeut le visiteur, en réalité une dépendance ancienne du royaume de Danemark et qui, après sa séparation fort regrettable pour la force des pays nordiques, eut un souverain, Charles XII, célébré par Voltaire, qui voulut reconstituer le royaume polonais allant jusqu’à l’Ukraine et à la Mer Noire, puis, vaincu, trouva refuge chez les Turcs. La Suède est accueillante et elle permit ainsi à un certain Gerhart d’Allemagne, un ancêtre juif du magnat de la presse, Bonnier – dont le nom est partout prononcé, comme le marquis de Carabas du conte de Perrault – d’immigrer, tout comme à l’ancêtre de l’illustrissime Sven Hedin ayant parcouru le Tibet et soutenu l’Allemagne pendant les deux guerres, dont le premier du nom accompagna en rabbin la sœur de Frédéric le Grand, roi en Prusse, devenue reine de Suède par son mariage. Le rabbin se fondit aussi, comme elle, dans la nation par mariage avec une luthérienne – le luthérianisme étant religion du royaume et de la famille régnante – ce qui n’empêche pas un jeune juif d’épouser l’actuelle princesse héritière, bref tout est simple en Suède occupée de travailler et non de médire.

Mais le Diable que le livre de l’Apocalypse représente comme un Dragon assis sur du sable, au fond de l’eau, élément figurant la fécondité des peuples, ne peut s’habituer au calme suédois, et les victimes de l’alcoolisme contre lequel ses pasteurs ont lutté au début du 19e siècle, en développant et popularisant la gymnastique, améliorant ainsi la race, qui est solide, devant résister à des températures insupportables aux gens du Sud européen et plus bas, que seul un été chaud rachète, a suscité, comme d’habitude un querelle montant au Parlement. Une jolie ou, le terme convient mieux, saine suédoise, Anna Hagwall, du Parti démocrate, qui veut non pas interdire, mais limiter l’immigration, tout comme la législation iranienne, depuis Reza Shah, avant guerre, interdit la possession de biens immobiliers à des étrangers – ce qui n’a rien de raciste, et relève du protectionnisme (pas sionisme !) – a déposé un projet limitant la subvention de la presse à un groupe aussi puissant que celui de Bonnier, lequel, en vrai dragon, possesseur de 25% de la production de papier, en fait absorbe les journaux locaux et diffuse donc sa propagande, surtout sur des questions sensibles, traduisez sur ce qui rend insensible au sort des Palestiniens nombreux, du reste, à vivre en Suède.


« quatre-vingts pour cent des médias sont possédés et contrôlés par le même propriétaire. Ce n’est pas acceptable. Par conséquent la propriété des médias doit être répartie sur des compagnies et des gens indépendants« 


Or la Suède, comme Ahmed Rami le prouve par les soutiens nombreux qu’il a constamment reçus de tous les milieux, et y compris du directeur de la prison où il était enfermé sur pression sioniste, au siècle dernier, et converti à sa cause, est, plus que les élites ou cadres prétendus catholiques ou islamistes français qui s’en désintéressent par peur de déplaire à leur loge maçonnique ou apparentée, n’a pas admis le traitement infligé à un peuple spolié ; elle sait que son illustre aristocrate, le comte Bernadotte a été assassiné par les hommes de celui qui se faisait nommer Menahem Begin et venait de Pologne, dans le quartier arménien de Jérusalem, pour avoir défendu aux Nations Unies la cause palestinienne et, en qualité de délégué extraordinaire, fait accorder le statut de réfugié, autre nom juridique du droit au retour dans ses foyers, selon la législation internationale. De nombreux soldats, policiers suédois connaissent les misères de la frontière du Sud Liban, et donc l’opinion encore lucide d’un peuple habitué à penser par lui-même, répugne à la propagande de haine sournoisement distillée par le groupe Bonnier.

La parlementaire Anna Hagwall a été critiquée par une autre femme, ce qui n’aurait pas étonné notre fabuliste, La Fontaine, laquelle dirige son parti, tant la peur de froisser le magnat de la presse est grand. Anna disait seulement que « quatre-vingts pour cent des médias sont possédés et contrôlés par le même propriétaire. Ce n’est pas acceptable. Par conséquent la propriété des media doit être répartie sur des compagnies et des gens indépendants« . Tel était le texte de la motion parlementaire, mais d’envoyer un mail au journal connu Aftonbladet qu’aucune famille, groupe ethnique ou compagnie ne devraient être autorisés à contrôler directement ou indirectement plus de cinq pour cent des médias.

Le tintamarre a aussitôt  commencé dans la presse, et l’orchestre avait un chef, le rejeton d’un immigré ancien Gerard Bonnier, d’Allemagne. Si M. Bonnier de Stockholm se sent visé, qu’il pense peut-être « pulvériser » cette honnête et courageuse Suédoise comme on l’a – ce qui est rapporté par le Libre Penseur – entendu dire à la télévision française, à la riche libanaise et animatrice, d’un homme à qui je ne confierais pas une mineure, mais l’exaspération créée en Suède ne s’éteindra pas. La Libanaise journaliste a du reste dit, ce qu’elle répondrait à ce Suédois, qu’il en a l’habitude.

Au fait, une question précisément ethnique, imaginez-vous une parlementaire déposer au Palais-Bourbon pareille motion et envoyer au Figaro un mail de cette franchise ? Vraiment la Suède est digne de la courageuse reine Christine qui séduisit Descartes !

Pierre Dortiguier