Le courrier d’Emmanuel Macron en réponse aux accusations britanniques de jouer le jeu de l’extrême droite concernant l’islam et les musulmans est loufoque. Alors qu’il continue de stigmatiser les éléments en faisant croire que l’extrémisme islamiste a tué 300 français en oubliant que parmi ces 300 victimes il y a de nombreux musulmans qui ont été tués. De plus, parmi les héros qui se sont illustrés lors de ces attaques et ont permis de sauver de nombreuses vies, il y a également des musulmans. Mais là n’est pas la question, il y a plus grave, car Macron affirme qu’il respecte la démocratie et l’État de droit. Pourtant il ne respecte rien de tout ça et tout le monde a pu le constater depuis la crise sanitaire puisqu’il n’y a plus de démocratie en France !

C’est un conseil de défense qui n’a absolument aucun compte à rendre à personne – et certainement pas devant la justice – qui gère aussi bien la crise sanitaire que sécuritaire ! L’Assemblée nationale est devenu obsolète et n’a plus aucun mot à dire concernant les choix politiques de l’exécutif. En d’autres termes, il n’y a pas que les musulmans qui sont victimes de l’autoritarisme de Macron mais bien tous les Français, toutes confessions et origines confondues.

Comment est-il possible de mettre en garde à vue pendant plus de 10 heures des gamins de 10 ans après les avoir récupéré chez eux très tôt le matin en ayant pratiqué une perquisition avec de nombreux policiers cagoulés ! C’est le même comportement que l’on réserve au grand banditisme ou au véritable terrorisme ! Ce n’est même plus une dérive autoritaire, c’est de la pure folie, une hystérie mise en place par un exécutif incapable de gérer la situation sans en faire des tonnes et plonger du coup dans le ridicule.


Depuis son discours sur le « séparatisme islamiste », qui devait être d’abord un discours (non stigmatisant) sur les séparatismes, le président de la République Emmanuel Macron a surpris un certain nombre de musulmans au niveau international, notamment en prétendant que « l’islam vit une crise partout dans le monde ».

Alors qu’aucune loi n’est encore entrée en vigueur, et que le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin admet volontiers qu’en l’espèce, le droit ne lui permet pas d’agir comme il le fait (par exemple sur les fermetures administratives), tout démontre que la lutte contre ce que le gouvernement appelle « l’islam radical » sème une nouvelle fois la confusion entre ce qui relève de l’extrémisme violent et ce qui relève d’une pratique, basique ou rigoureuse, de l’islam. En cela, et nous l’avons démontré à plusieurs reprises, c’est un grand nombre de musulmans pratiquants qui se sentent stigmatisés par ce discours.

Ce reproche, que le CCIF a plusieurs fois adressé à l’égard de l’État, est très précisément ce qui a été formulé par la journaliste Mehreen Khan, correspondante au Financial Times, célèbre quotidien britannique sur l’économie. Dans un article, retiré du site Financial Times depuis (parce qu’il contiendrait des erreurs factuelles), la journaliste accuse le président de « servir l’extrême droite et ses ambitions électorales » et pointe du doigt un véritable problème de fond :

« M. Macron a également souligné la nécessité de créer un « Islam français » des « Lumières » pour aider à réformer la « crise » mondiale de la religion. Tout laïque devrait se méfier de cet objectif prétentieux. Si un « islam français » signifie des imams approuvés par le gouvernement et des restrictions strictes sur les écoles religieuses privées, il trahit une volonté d’utiliser l’État pour prescrire une religion « correcte » – ce qui a plus de points communs avec les dirigeants musulmans autoritaires qu’avec les valeurs des Lumières, à savoir la séparation des églises et de l’État ».

Nous avons pu lire cet article, et s’il contient dans son titre une mauvaise traduction de « séparatisme islamiste » (traduit par ‘Islamic separatism’), cette confusion n’est qu’un révélateur de la confusion évoquée plus haut. Au lieu de corriger cette erreur de traduction, le Financial Times a tout bonnement retiré l’article, dans lequel il y avait pourtant de sérieuses questions. Peu importe si l’article a été retiré sous pression ou pas : la démarche de suppression est contraire au principe de liberté d’expression si chèrement brandie par le président.

Qu’est-ce qui dérange dans cet article au point que le président prenne la peine d’adresser une lettre de droit de réponse au Financial Times ? Comme le révèle le début de cette lettre, ce qui dérange Emmanuel Macron, ce ne sont pas les arguments évoqués, mais plutôt le fait que ces arguments aient pu paraître dans un « quotidien de référence » (qu’on ne peut soupçonner « d’islamisme »), auquel le président accorde manifestement une importance ; bien plus qu’aux régulières interpellations de la société civile et des organisations antiracistes mondiales, qui ont été jusqu’à créer un site pour adresser leur lettre restée sans réponse. Il aura fallu à peine une petite journée pour que le président réagisse à l’article du Financial Times, comme s’il paniquait et craignait que l’image de la France ne se dégrade auprès de ses partenaires financiers. C’est une triste confirmation de la caricature d’un président qui se soucie davantage des enjeux économiques que des questions sociales.

Dans ce droit de réponse qui ressemble étrangement à une lettre de justification qui ne cache pas son agacement, nous pouvons repérer un certain nombre de contre-vérités qui ne font que confirmer le propos de l’article de Mehreen Khan : l’exclusion des musulmans dans la lutte contre le terrorisme, alors qu’ils sont les premiers alliés contre une violence dont ils sont également victimes.

À l’accusation de stigmatisation, Macron répond en énumérant les victimes du terrorisme sur le sol français. Cet argumentaire, directement inspiré du groupe identitaire Printemps Républicain, consiste à instrumentaliser les morts pour semer la confusion entre islam et terrorisme, et suit la démonstration d’une idéologue si chère à Gérald Darmanin : « l’islam appliqué, c’est l’islamisme. Et l’islamisme appliqué, c’est le terrorisme ». Comment s’étonner d’être accusé de se battre contre l’islam et les musulmans quand ce type d’amalgame non seulement n’est pas dénoncé par l’État, mais est également entretenu par les commissions d’enquête et les prises de position politique. Cet argumentaire honteux conduit, comme cela a été mis en place depuis l’état d’urgence en 2015, à justifier la brutalisation tous azimuts (touchant en très grande majorité des musulmans qui ont une pratique basique de la religion musulmane) afin de camoufler son incapacité à régler réellement le problème du terrorisme (ce qui nécessiterait de s’interroger sur sa politique extérieure et intérieure).

  • Emmanuel Macron : « Si la France est attaquée prioritairement par les terroristes islamistes, c’est parce qu’elle incarne la liberté d’expression, le droit de croire ou de ne pas croire, un certain art de vivre aussi. »

Cela est faux, et camoufle une seconde fois les raisons géopolitiques qui ont mené à la naissance de Daesh. À cela, ajoutons le fait que la place de la France dans le classement de la liberté de la presse est relativement peu enviable, et que la liberté d’expression est surtout défendue dans un sens (au point qu’Emmanuel Macron ait du se justifier sur… Al Jazeera, pour expliquer aux populations qui boycottent la France que la liberté d’expression ne se résume pas à la liberté de caricaturer le prophète de l’islam). Sur le « droit de croire ou de ne pas croire », nous voyons comment la laïcité censée préserver ce droit est non seulement instrumentalisée, mais fait l’objet d’un projet de renforcement qui concerne uniquement les musulmans. Emmanuel Macron l’a montré, en évoquant une religion qui n’était pas « si présente dans notre pays » en 1905 ; ce qui omet à la fois l’héritage de la pensée musulmane et l’histoire de la colonisation, mais surtout insinue que le problème, comme le disait Brice Hortefeux, serait un problème de nombre. Gérald Darmanin a également, de manière totalement décomplexée, stigmatisé les musulmans, au cœur même de l’historique et Grande Mosquée de Paris : « Il faut faire attention à ce que d’autres religions ne soient pas les victimes des modifications souhaitées pour vous [les musulmans, ndlr] ».

  • Emmanuel Macron : « Plus de 300 femmes et hommes, des policiers, des militaires, des enseignants, des journalistes, des dessinateurs, des Juifs, un prêtre, des jeunes assistant à un concert ou prenant un verre en terrasse, des enfants devant une école, de simples citoyens, ont été lâchement assassinés sur notre sol. »

Il aurait été utile, surtout dans un texte destiné à montrer qu’il ne stigmatise pas les musulmans à cause du terrorisme, que le président rappelle que parmi ces victimes, il y avait des musulmans. Et parmi les personnes qui ont contribué à sauver les rescapés, il y avait des musulmans. Et pourtant, jusqu’à aujourd’hui, aucun président français, au lendemain d’attentats, n’a eu l’intelligence politique de refuser la hiérarchisation des victimes et de montrer qu’il est capable de travailler avec les personnes de confession musulmane pour lutter contre la terreur. C’est le contraire qui se passe, car à chaque fois les musulmans sont sommés de s’expliquer, de se dédouaner, de s’excuser d’appartenir à une religion présentée comme intrinsèquement violente.

  • Emmanuel Macron : « (…) Car nous ne renonçons pas non plus à la démocratie et à l’Etat de droit. Mais dès 2015 est apparu, et je l’ai dit avant même de devenir président de la République, que les vocations terroristes prospéraient sur un terreau. Dans certains quartiers autant que sur Internet, des groupes liés à l’Islam radical enseignent aux enfants de France la haine de la République, appellent à ne pas respecter les lois. C’est cela que j’ai appelé dans un discours le « séparatisme ». Vous ne me croyez pas ? Relisez les échanges, les appels à la haine diffusés au nom d’un Islam dévoyé, sur les réseaux sociaux qui ont finalement abouti à la mort du professeur Samuel PATY il y a quelques jours. Allez visiter les quartiers où des petites filles de trois ou quatre ans portent le voile intégral, sont séparées des garçons et, dès le plus jeune âge, sont mises à part du reste de la société, élevées dans un projet de haine des valeurs de la France. »

Le « mais » écrit par le président, et que nous soulignons à dessein, est un révélateur de toute la situation que nous vivons aujourd’hui en France : la justification de la remise en question de l’État de droit et de la démocratie à des fins de sécurité. Mais ce « terreau » dont parle M. Macron est nourri par la discrimination institutionnelle et la surdité quant aux revendications de liberté et d’égalité. Si les personnes qui sont dans le « repli communautaire » (dont le lien avec l’extrémisme violent n’est pas prouvé) ne voient des « valeurs de la France » que le rejet et la violence, comment peuvent-elles nourrir de l’amour pour ces valeurs ? En ce sens, la prétendue lutte contre le séparatisme ne fait que nourrir davantage de séparation, comme nous le disions dès février 2020. Pour étayer son argumentaire, M. Macron n’hésite pas à utiliser des fake news : l’assertion selon laquelle dans certains quartiers, des petites filles porteraient le voile intégral (la burqa ou le niqâb, interdits en France depuis 2010) et seraient séparées des garçons n’est confirmée par aucun fait, aucun article, aucun rapport. Il s’agit, comme pour les pains au chocolat de Jean-François Copé, de lancer une idée qui peut choquer l’opinion pour couper court à toute objection. Pour un président qui commence sa lettre en vantant le journalisme qui se fonde sur des « faits robustes, des analyses nourries », voici une méthode populiste déplorable. Si ce dont il parle concerne l’affaire récente de l’association de Bobigny (pour l’apprentissage du Coran aux enfants) il est important de noter que d’une part les cours de Coran dans cette association étaient mixtes, et d’autre part, s’il y a voile ou foulard, en aucun cas il ne s’agit de voile intégral.

  • Emmanuel Macron : « Je ne laisserai donc personne affirmer que la France, son État, cultive le racisme vis-à-vis des musulmans. »

Cette phrase est la négation même de la liberté d’expression, qui n’est d’ailleurs en principe pas l’arme du fort et de l’influent, mais plutôt celle du faible face au fort. Un gouvernement qui n’a rien à se reprocher devrait pouvoir laisser dire ce type de phrase au nom de la liberté d’expression et démontrer au monde entier qu’elle est fausse. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui en France. Cette phrase mise entre les mains d’un ministre de l’intérieur qui bafoue les libertés fondamentales depuis sa nomination donne lieu à des pratiques autoritaires : comme par exemple la dissolution d’une association qui dénonce l’islamophobie d’État. Et dénoncer l’islamophobie d’État ne signifie pas être « ennemi de la République », mais exactement le contraire : c’est vouloir pour la République un gouvernement qui respecte la Constitution, les droits humains et les libertés fondamentales.

La meilleure conclusion à ce sujet est donnée par la journaliste du Financial Times en personne :

« Lors des élections présidentielles de 2022, M. Macron dira probablement aux musulmans qu’ils devraient voter pour lui pour sauver la République du parti d’extrême droite de Marine Le Pen. Cette menace risque de sonner creux pour les musulmans s’ils sont soumis à un environnement hostile de la part d’un président libéral. »


CCIF

Islamophobie.net

6 novembre 2020