Ce texte est tiré du livre de Monsieur Mark R. Cohen, « Sous le Croissant et sous la Croix » !



Claude Cahen dit « L’islam médiéval n’a rien que l’on puisse appeler spécifiquement antisémitisme. »

Gobineau écrit « Si l’on sépare la doctrine religieuse de la nécessité politique qui a souvent parlé et agi en son nom, il n’est pas de religion plus tolérante que l’islam…

Qu’on ne s’arrête pas aux violences, aux cruautés commises dans une occasion ou dans une autre.

Si on y regarde de près on ne tardera pas à y découvrir des causes toutes politiques ou toutes de passion humaine et de tempérament chez le souverain ou dans les populations. Le fait religieux n’y est invoqué que comme prétexte.

Haïm Hillel Ben Sasson, spécialiste de l’histoire des Juifs du moyen âge écrit « La situation juridique et la sécurité des juifs dans les pays musulmans étaient en général meilleures que dans la chrétienté parce que les juifs n’y étaient pas les seuls « infidèles », parce que par rapport aux chrétiens, les juifs étaient moins dangereux et témoignaient d’une plus grand loyauté à l’égard du régime musulman et parce que la rapidité et l’étendue des conquêtes musulmanes imposaient aux musulmans de relâcher leurs poursuites et de développer les possibilités de survie des membres d’autres confessions. »

Pour Bernard Lewis, les juifs constituaient en terre d’Islam une minorité parmi d’autres, alors qu’en Europe ils étaient la seule minorité.

Persécutés en Espagne, certains juifs avaient fui en Turquie, l’un d’eux, Isaac Sarfati écrivit à ses frères : « Je vous proclame que la Turquie est un pays ou rien ne manque et ou, si vous le voulez, tout se passera bien pour vous. La route vers la Terre Sainte vous est ouverte via la Turquie. N’est-il pas préférable pour vous de vivre sous la domination de musulmans, plutôt que de chrétiens ? »

« Le sultan Bayezid , roi de Turquie, ayant appris tout le mal que le roi d’Espagne fit aux juifs qui cherchaient un lieu de refuge, écrit Capsali, eut pitié d’eux et ordonna à son pays de les accueillir [les juifs] avec bienveillance »

Une série de chroniques de l’époque, pour la plupart écrites en Hébreu, après le traumatisme de l’expulsion d’Espagne en 1492 répandirent l’idée que le monde musulman était bienveillant envers eux.

Les historiens juifs appellent la période de l’Espagne musulmane du moyen âge « âge d’or », celle ci s’opposant à l’oppression dans laquelle ils vivaient dans la chrétienté.

Rudolf Kayser écrit « On peut considérer comme une sorte de miracle historique le fait qu’au moment même où le peuple d’Israël subissait ces terribles persécutions (les croisades) il ait connu en Europe méridionale un âge d’or sans équivalent depuis les temps bibliques. »

Heinrich Graetz écrit « La situation douloureuse des juifs en Palestine et dans divers états européens était très satisfaisante dans la presqu’île arabique. Là ils n’étaient pas contraints de vivre comme leurs coreligionnaires européens, dans la crainte perpétuelle de s’attirer la colère du clergé ou le châtiment du souverain. Là ils n’étaient pas exclus de toutes les fonctions et de toutes les dignités. Libres et estimés au milieu d’un peuple jeune, actif et intelligent. »

En Espagne musulmane ils jouissaient d’une grande liberté, possédant leurs propres écoles et développant de nombreuses sciences, alors que dans le reste de l’Europe, les actes de violence délibérément dirigés contre les juifs se multiplièrent. Accusées de tous les maux les communautés juives furent expulsées de certains états au moyen âge, ce qui n’eut jamais d’équivalent en terre d’Islam.


« Les juifs furent en définitive plus heureux en terre d’Islam que dans la plupart des pays d’Europe où ils furent là bas réellement en butte à une haine implacable. »


Les musulmans du moyen âge avaient permis au juif Samuel ibn Nagrela de devenir le vizir de Grenade par exemple. Chose inimaginable dans le reste de l’Europe et que même l’Europe moderne ne put accorder aux juifs, alors que cela leur avait été promis après la révolution française.

André Chouraqui dit « Les juifs furent en définitive plus heureux en terre d’Islam que dans la plupart des pays d’Europe où ils furent là bas réellement en butte à une haine implacable. »

Carl J.Friedrich écrit « On peut établir un contraste intéressant entre l’intolérance religieuse de la culture chrétienne occidentale à cette époque et la relative tolérance de la culture musulmane. Lorsque de nombreux juifs partirent pour le Levant à la suite des persécutions violentes dont ils avaient été victimes en Espagne, la tolérance avec laquelle furent traités ces juifs persécutés ainsi que la tolérance dont bénéficiaient les chrétiens suscitèrent la curiosité des auteurs s’intéressant à la politique. Dans ses satires politiques, Boccalini auteur postérieur à Machiavel fait punir Bodin pour son éloge de la tolérance des Turcs. »

« Juifs et arabes ont cohabité dans la paix et l’harmonie sous l’autorité musulmane alors même que les juifs de la chrétienté étaient persécutés. L’hostilité moderne à l’égard d’Israël date seulement du moment où les juifs mirent fin à cette ancienne harmonie en défendant les prétentions sionistes contre les droits des musulmans et des arabes sur la Palestine. Par conséquent la haine des arabes disparaîtrait et l’harmonie ancienne serait restaurée si le sionisme renonçait à son entreprise « colonialiste » et à sa « nouvelle croisade. »

George Antonius, un arabe chrétien auteur de l’ouvrage pionnier sur le nationalisme arabe écrit « Tant au moyen âge qu’à l’époque moderne et grâce essentiellement à l’influence civilisatrice de l’islam, les exemples de persécution délibérée ont été remarquablement rares dans l’histoire arabe, quelques-unes des plus grandes réussites de la race juive datent de l’époque de la puissance arabe où ils ont bénéficié de leur protection éclairée. Aujourd’hui encore malgré l’animosité suscitée par le conflit palestinien le traitement des minorités juives installés dans les pays arabes continue à être aussi cordial et humain qu’en Angleterre et aux États Unis ; à certains égards, il témoigne d’une bien plus grande tolérance. »

Salwa Ali Milad écrit « L’islam s’est répandu grâce à ses caractères propres et ses enseignements éclairés, de la même façon que la tolérance arabe fut un des facteurs qui contribuèrent à sa diffusion. Les Arabes accordèrent aux peuples conquis la liberté religieuse, de même que les musulmans joignirent au souci de leur religion un esprit de tolérance à l’égard des fidèles des autres religions. »

Sallam S.M Sallam écrit « En Égypte les dhimmis connurent un âge d’or dans tous les aspects de la vie, dans une société baignant dans un esprit de tolérance et d’harmonie et ils bénéficièrent du merveilleux principe de la tolérance religieuse sous la protection des califes et des sultans. »

Heskel M.Haddad écrit « Les exécutions sur les bûchers qui eurent lieu dans de nombreuses parties de l’Europe n’eurent pas d’équivalent dans le monde musulman. Alors que les juifs d’Europe furent expulsés à plusieurs reprises de chez eux, on ne connaît qu’un exemple comparable dans l’histoire musulmane : en 1678, les juifs du Yémen reçurent l’ordre de se convertir à l’Islam ou de quitter le pays. Ils partirent en masse et s’installèrent à Mauza, au bord de la mer rouge. En 1681 ils furent autorisés à retourner au Yémen. »

Mark Cohen écrit « Paul le juif, devenu apôtre, approfondit le fossé doctrinal entre judaïsme et christianisme pour gagner des non juifs au christianisme. Sa principale innovation semble avoir été d’affirmer que la loi juive avait perdu sa validité, du moins pour les Gentils qui se convertissaient au christianisme. Alors que Jésus avait lui affirmé suivre la Loi et enjoint son suivi à ses disciples.

Les premiers penseurs chrétiens furent catégoriques, la loi juive était devenue inutile. Ils répandirent l’idée d’une opposition entre la lettre (la loi) et l’esprit (la foi). La loi finit par être considérée comme bonne en principe mais néfaste dans ses effets. Le christianisme s’éloigna profondément du judaïsme.

D’abord marginale, la Communauté chrétienne mit 3 siècles à s’élever en religion officielle d’état.

Avant cela ils furent persécutés. L’empereur Dioclétien mena contre eux une véritable répression et de grandes persécutions. Les chrétiens gardent envers les juifs une rancœur de ces violences de l’empereur les accusant d’avoir collaboré avec lui et de lui avoir fourni les informations nécessaires pour qu’il mène à bien cette répression violente. Par la suite, les théologiens chrétiens se chargèrent de nettoyer le christianisme de ce qui restait de pratique héritée du judaïsme et d’attiser la haine des chrétiens et des autres peuples à l’égard des juifs.

Tertullien père de l’église s’adresse aux païens attirés par le judaïsme « vous vous écartez, vous aussi, de vos croyances pour des coutumes étrangères : c’est aux fêtes juives qu’appartient le sabbat, le banquet et aux rites juifs l’allumage des lampes, les jeûnes avec les pains azymes, les prières sur le rivage, coutumes absolument étrangères à vos dieux. »

Chrysostome dans son homélie contre les juifs écrit « La synagogue n’est pas seulement un lieu où se rassemblent les voleurs et les écrous mais aussi les démons, et ce ne sont pas seulement les synagogues mais les âmes qui sont les sièges des démons… »

« Des hommes possédés par les démons dont les esprits sont impurs. »

L’anti-judaïsme exerça une influence très importante sur la pensée chrétienne.

L’islam et le judaïsme

Dans la constitution de Médine, qui lie les tribus juives et arabes par un pacte, le prophète précisa que les juifs ont leur religion et les musulmans la leur. Le christianisme s’était écarté du monothéisme pur, l’islam le ressuscita.

James Kritzeck dit « L’islam qui veut dire soumission à la volonté de Dieu était considéré non pas comme une nouvelle alliance mais comme un renouvellement urgent de l’ancienne. Le Coran avait été envoyé pour rétablir une religion pure qui avait été profanée. »

Rudi Paret dit « Étant donné que l’histoire d’Abraham établissait l’antériorité de l’islam à la fois par rapport au judaïsme et par rapport au christianisme, la relation de l’islam au judaïsme et a l’écriture juive fut sensiblement différente de celle du christianisme. »

L’opposition de l’islam aux pratiques juives n’avaient pour but que de préserver la pureté de la foi musulmane et parallèlement à ça, ils n’hésitaient pas à citer des récits israélites et rappeler la continuité du message islamique par rapport au message révélé aux prophètes des enfants d’Israël, alors que celle des chrétiens était liée à l’hostilité envers eux, de par leur culpabilité dans la mise à mort du Christ.

L’église : le droit canon et les juifs

D’après les canons, le mariage entre juifs et chrétiens est interdit (concile d’Elvira)

Les chrétiens ne peuvent participer aux fêtes religieuses juives (concile de Laodicée)

Les juifs n’ont pas droit de travailler le dimanche (concile de Narbonne)

Les juifs n’ont pas droit d’être juges ou collecteurs d’impôts (concile de Mâcon)

Les chrétiens n’ont pas le droit de consulter des médecins juifs ni de se laver dans les mêmes bains (concile In trullo)

Grégoire le Grand dit « On ne doit accorder aux juifs aucune liberté dans leurs synagogues au delà de ce qui leur est permis par la loi. »

Le quatrième concile du Latran en 1215 adopta des lois visant à empêcher que des chrétiens ne se trouvent dans une position de subordination par rapport à des juifs.

Par exemple il est dit dans le canon 69 : « Puisqu’il est absurde que toute personne qui blasphème contre le Christ ait un pouvoir sur les chrétiens nous interdisons que préférence soit donnée aux juifs dans les charges publiques puisque cela leur donne le prétexte de laisser libre cours à leur colère contre les chrétiens. »

Le canon 68 établit que les signes extérieurs normaux ne suffisaient à différencier les chrétiens des juifs et des musulmans, ceux ci devaient désormais se distinguer par un costume spécifique.

Ce canon interdit également aux juifs d’apparaître en public pendant la période de Pâques.

Le Pape Grégoire IX reprit le canon du concile du Latran et imposa que les juifs portent un vêtement distinctif, il remit en question pour la première fois la liberté de pratiquer le judaïsme et mis une offensive contre le Talmud exigeant sa destruction.

En application du concile du Latran le roi Henri III imposa en Angleterre qu’ils portent un signe composé de deux tablettes blanches faites de tissu blanc porté sur le devant de la partie supérieure de leur habit. En s’étendant au haut moyen âge, ce signe distinctif de couleur jaune prit différente formes.

Le saint empire romain germanique n’applique ce canon qu’à partir du XVe siècle, probablement car les juifs portaient déjà un chapeau conique les distinguant des chrétiens. Au XVe siècle, ils durent porter un signe de la forme d’une roue jaune cousue sur le vêtement.

Quand débuta la première croisade, elle fut accompagnée du massacre des populations juives européennes. Les juifs n’étaient plus autorisés à porter les armes, la législation devint de plus en plus restrictive.

De lourdes taxes leur furent imposées, des extorsions arbitraires puis les mesures d’expulsion les frappèrent.

Le statut juridique des juifs dans l’islam

En ce qui concerne le statut juridique des juifs, deux différences fondamentales entre la chrétienté et l’islam doivent être établies dès le départ.

La première, c’est que pour l’islam les juifs sont soumis à la loi musulmane tout en jouissant d’une autonomie interne pour les questions religieuses et civiles alors que pour l’église médiévale le juif est hors juridiction, il est situé en dehors du champ d’application du droit public, il fait partie de sa propriété royale, il est tel du bétail alors que l’islam ne donne pas droit aux autorités d’avoir un droit de propriété sur les juifs, ils sont certes des citoyens de seconde zone (dhimmis) mais ils sont des sujets et ne constituent pas un bétail.

La deuxième différence est que, dans la chrétienté, les juifs étaient les seuls infidèles à être installés à l’intérieur de la société chrétienne, d’où l’attention particulière de l’état et de l’église à leur égard. Quant à la terre d’islam, les juifs se fondaient dans une catégorie plus large, celle des gens du livre où tous bénéficiaient de la même législation.

Le Coran proclame « pas de contrainte en religion » et le pacte de Médine établit un contrat basé sur la tolérance.

Les expéditions qu’il put y avoir du temps du Prophète contre certaines tribus juives ne représentent pas la manière de traiter les non musulmans, car celles-ci étaient motivées pour des raisons autres que la religion de ces tribus, à savoir le non-respect des pactes en vigueur.

Après sa mort, les califes donnèrent aux dhimmis le droit de protection que leur garantit la shari’a.

Les exégètes firent même preuve de souplesse vis à vis des gens du Livre dans l’incapacité de payer la jizya, l’imam As San’ani écrit « On doit être patient avec lui jusqu’à ce qu’il trouve le moyen de payer et pendant ce temps rien ne doit être retenu contre lui. S’il devient riche, l’argent devra lui être pris quand il l’aura. S’il est incapable de se conformer à l’accord de paix qu’il a conclu, la charge devra lui être enlevée si cette incapacité est confirmée et l’imam assumera cette charge à sa place. »

Avant l’islam l’impôt de capitation était existant dans tous les territoires annexés par les différents empires Byzantins, Perse… ainsi la jizya imposée lors de l’expansion musulmane ne reçut pas d’opposition des populations, plus encore cet impôt était inférieur à ce qu’exigeaient les autres conquérants ; il était facilement admis des populations locales.

Quant au verset qui demande que la capitation soit versée « wa hum saghirun » que certains ont traduit par humiliés, les exégètes ont dit qu’il signifie « selon ses capacités financières ».

Quand, durant le califat d’Al Mu’tadid certains juifs tentèrent de faire annuler la jizya, les juifs s’opposèrent et argumentèrent que cette capitation est la garantie de leur sécurité et ils refusèrent qu’elle fût abolie, de peur des conséquences que cela pourrait entraîner et de leur perte de droit.

En Europe, les juifs payaient des taxes nombreuses, excessives et arbitraires mais leur sécurité n’était pas pour autant assurée, ni même leurs droits, ils devaient pour acheter leur protection verser des pots de vin.

Quant au pacte de Omar, nombreux chercheurs doutent de son authenticité. Il semblerait qu’il fût rédigé par des juristes soucieux de donner un cadre juridique au statut des juifs, néanmoins ce pacte ne fut que rarement appliqué dans l’histoire musulmane.

Les gens du Livre eurent à subir des humiliations de la part des autorités surtout pendant le règne chiite des fatimides, ce qui fut critiqué par les musulmans eux-mêmes.


À noter également que les Juifs comme les chrétiens interdisaient le mariage avec des membres d’une autre religion, l’islam se distingua en autorisant l’homme à épouser une femme juive ou chrétienne.


Alors que durant les règnes des différents califes ou sultans les gens du Livre eurent la sécurité et leurs droits assurés et respectés de par l’application des lois concernant les dhimmis qui n’autorisaient aucune ingérence dans les affaires internes à ces minorités.

À noter également que les juifs comme les chrétiens interdisaient le mariage avec des membres d’une autre religion, l’islam se distingua en autorisant l’homme à épouser une femme juive ou chrétienne.

L’attitude à l’égard des écritures juives et chrétiennes

Le Coran informe que les juifs ont falsifié le livre révélé original, l’imam Ibn Hazm releva des erreurs chronologiques et géographiques ainsi que des affirmations impossibles sur le plan théologique et des comportements ridicules comme l’épisode des deux filles de Lot. De plus le Coran considère le Livre abrogé.

Également, les musulmans accusent le judaïsme d’anthropomorphisme dans la représentation de Dieu ce qui remet en cause le monothéisme juif.

Quant aux chrétiens, ils considèrent l’ancien testament comme authentique, le point de désaccord entre chrétiens et juifs est l’interprétation du texte révélé. Ainsi les chrétiens veulent défendre leur propre interprétation contre celle des juifs.

La polémique religieuse entre christianisme et judaïsme déborda dans la société et ne fut pas cantonné aux lieux de cultes ou aux spécialistes de la loi, ces polémiques entraînèrent préjugés populaires et violences.

Quant aux musulmans et aux juifs, les polémiques furent plus rares du fait de leur accord sur le monothéisme, ces polémiques étant rares, il n’y eut pas de réaction vigoureuse, ni de propagande anti-juive comme en Europe.


Source :
« Sous le croissant et sous la Croix » de Mark R. Cohen.